‹ Les derniers corsaires DunkerqueChapitre 18 sur 58 · EUR LE TE · texte numérisé non relu

EUR LE TE

… affamés, ne songent qu'à manger et à boire. Les An- . glais reconnaissent la parfaite politesse des soldats ;

en vue revenaient des Indes. Les trois quarts de la garnison, forte de deux cents hommes, faisaient l’exercice sur le champ de manœuvres! Lorsque l’attaque se dessme, cheminant en deux colonnes, le maire demande au lieutenant-colonel Jennings, qui commandelæplace, quelles instructions il donne en vue de la défense. Le colonel lui offre froidement une prise de tabac et répond laconiquement : « Fiddle-de-dee », qui équivaut à notre : « Turlututu ». Le maire réclame une réponse plus catégorique ; le colonel explique qu’avec deux cents hommes il lui paraît plutôt inutile de résister à huit cents. Le château ne dispose pas d’un seul canon monté, son flanc offre une brèche, et chaque soldat a quatre cartouches à tirer. Cependant, Jennings organise la résistance au mieux de ses ressources : la double attaque des Français se dirige sur la porte Nord et la porte d'Eau; il place à chacune douze hommes et un caporal, et retranche le reste dans le … château. Lorsque les Français débouchent, les hommes dela porte d'Eau tirent une salve ; Flobert marchait en tête : une balle lui traverse la Pots et lé met hors de combat. On se fusille quelque peu de part et d’autre, et la garnison se rend après nous avoir tué trois officiers des gardes françaises et dix-sept hommes, et blessé trois officiers et trente hommes. Le colonel Jennings et le colonel Dusoulier signent la capitulation (1).

Le pilliâge se borne à peu de chose. Les Français,

lun d’eux prie une dame de lui confier ses boucles

(1) Elle porte sur 201 hommes. Elle stipule que Flobert et 17 blessés,

impossibles à rembarquer, ne seront pas considérés comme prisonniers

si les Français s’en vont.

d'oreilles, et présente sa requête avec une série de révérences parfaitement correctes et dignes d’un petitmaître. Le château pris, Thurot veut persuader Flobert d'envoyer ses troupes contre Belfast : en cas de refus, il parle de les abandonner : vaine menace ; chacun ne songe qu’à se procurer des vivres et à se rembarquer. Les habitants avant pillé les approwisionnements commandés à Belfast, on se contentera des ressources qu'offre Carrickfergus, où on lève une contribution de 1.000 livres sterling. Le rembarquement des troupes s'effectue le 25 et l’escadre appareille le 28, entre minuit et une heure du matin.

Quatre régiments d'infanterie anglaise, trois de cavalerie, entraient dans la ville comme les Français l’évacuaient.

À la première nouvelle de la descente, le duc de Bedford, vice-roi d'Irlande, a mis les troupes en mouvement ; des exprès portent dans les principaux ports l’ordre aux capitaines des vaisseaux de guerre qui s’y trouveront de prendre aussitôt la mer pour jomdre l’escadre française. à Carrickfergus.

L’avis du vice-roi touche, le 24, à Kingsale, le capitaine Georges Elliott, commandant une division de trois frégates prêtes à appareiller : lŒolus, qu'il monte, la Pallas, capitaine Michel Clements, la Brilliant, capitaine James Loggie. De force égale, chacune compte à son bord vingt-six canons de douze, dix de six, et deux cent quarante hommes.

Le vent contraire empêche Ellhott d'approcher Carrickfergus le 26 et le 27. Le 28, à trois heures du matn et à deux milles sud-sud-est [1/2 est de la pointe d’Aire (île de Man), il découvre les frégates françaises, débarrasse son pont, et donne chasse. Le BPelle-Isle

FRANÇOIS TIHUROT 95

ne dispose plus que de vingt-six canons de douze et six de six, le reste jeté à la mer ou logé à fond de cale ; la Blonde, de vingt-deux canons de huit et deux de quatre ; la Terpsichore, de vingt-deux canons de six et six de trois. Marins et soldats sont exténués par six semaines de rationnement.

À six heures, les Anglais, venus à portée, tirent les deux premiers coups de leurs canons de chasse ; à six heures 1/4, le capitaine Elliott ordonne le combat. Thurot a signalé à la Blonde et à la T'erpsichore de rallier le Belle- Isle : elles continuent à courir de l’avant, sans türer. Voyant fuir Larreguy, Thurot s’écrie € Voilà cet homme sur lequel je comptais, il m’abandonne !.. Ah !le malheureux !.. Ah ! l’indigne homme ! » Il prescrit de tirer bas, pour tâcher de couler l’un des anglais, et, à six heures et demie, le combat s'engage. L’abordage du Belle-Isle et de l'ŒÆolus manque, mäis les deux navires restent enchevêtrés. Après une heure et demie d’un feu extrêmement vif, le Belle-Isle offre un aspect lamentable, démâté de son artimon, sa grande vergue et ses mâts de hune coupés, un boulet sous l’eau qui cause une voie à la Sainte-Barbe, cinq pieds d’eau dans la cale, toutes les manœuvres hachées, plus de canonniers, et quatre-vingt-dix hommes hors de combat.

Au dire de ses officiers, Thurot, cédant à leurs instances, annonce qu'il va tirer une dernière bordée, et amener : au même instant, un biscaïen le frappe en pleine poitrine, et le tue net. Son sang jaillit Jusque

…. sur un sergent des gardes suisses, François-Joseph

Rouedi, « qui par sa bravoure et son courage s’étoit attiré l’estime et l’amitié du capitaine Thurot ». Conformément aux ordres reçus de leur commandant avant

le combat, Rouedi et ses camarades jettent son corps à la mer.

Aussitôt le chevalier de La Tourandais amène le pavillon. À ce moment seulement la Blonde et la Terpsichore s’approchent : elles se rendent, Cérop tôt», consigne sur son journal de bord le capitaine Elhott.

Les Anglais se réparent au plus près, à la baie de. Ramsey : l’'ŒÆolus a beaucoup souffert ; un boulet traversa le grand mât de la Pallas. Quant au Belle-fsle, on a toutes les peines du monde à l’empêcher de sombrer. Il compte deux cent vingt-cinq tués et blessés, tandis que sur leurs trois frégates les Anglais n’ont que cinq tués et vingt-cinq blessés. L’oflicier anglais chargé du Pelle-Isle n’y met aucun ordre et laisse les blessés sans secours et sans eau ; il abandonne à la discrétion des matelots anglais la cambuse qu'ils envahissent : beaucoup sont ivres, à côté de gens qui n’ont ni bu ni mangé depuis vingt-quatre heures ; ils pillent les hardes des officiers et des hommes, frappent les blessés qui résistent quand ils les dépouillent, et plusieurs matelots français les imitent.

Le capitaine Elliott expédie la Pallas à Carrickfergus avec un lot de prisonniers français ; elle doit ramener des navires pour transporter le reste. Deux navires de guerre surviennent à la baie de Ramsey, à point pour fournir les matelots anglais nécessaires à la garde des prises. Le 9 mars, Elliott appareille, et mouille à Kingsale le lendemain. La Chambre des Communes d’Irlande lui vote des remercîments, qu’elle étend aux capitaines sous ses ordres, et même au colonel Jennings « qui donna aux nmuhces le temps d'arriver ».

Les prisonniers français sont répartis sur Kingsale,

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