LA PAIX HONTEUSE
Après l’esssai avorté de constitution d’une escadre légère pour Pierre Bart, après la destruction de celle de Thurot, le gouvernement royal se dispense de tout autre effort. Un projet d'expédition sous Chevert et d’Aiguillon reçoit à peine un commencement d’exécution. Combien l’opinion, cependant, ne demande qu’à le soutenir! En quelques semaines (1762), le public lui a offert 13.000.000 de livres pour réparer les pertes causées par le désastre de Conflans, de quoi mettre en mer quinze vaisseaux de ligne de quatrevinot-dix à quarante-quatre canons. Pour la construction du vaisseau de cinquante canons le Flamand, la Flandre offre 325.000 livres; dans cette somme, la Flandre maritime entre pour 108.333 livres.
Privés de l’appui de l’escadre royale, les corsaires croisent individuellement. La déclaration de guerre au Portugal (31 mai 1762), dont là marine est désignée à leurs coups, ne leur procure qu'une assez maigre proie. Et, le 8 novembre, on leur annonce limminence de la paix, pour qu'ils cessent les armements et n'engagent pas de dépenses inutiles. Le 22, une ordonnance règle la restitution des prises faites en mer depuis la signature des préliminaires (3 novembre) arrêtés à Fontainebleau (1). :
(1) Arch. Mar. Dunk., Reg. de corresp.,' 1, 5 juin, 31 juillet 1762. — Chambre de commerce, Reg. des délib., 81 f. 132, 162, 181. — A. de Saint- Léger, La Flandre maritime..., pp. 245, 331. — Lacour-Gayet, La marine miliaire. sous Louis XV, pp. 415, 416.
CE der nr ae ET DC LOUE,
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Le 15 janvier 1763, le greflier de l’Amirauté dresse un premier bilan : soixante-deux capitaines ayant commandé quatre-vingt-sept navires en cent-vinottrois armements, ont rapporté six cent quatre-vingthuit prises et rançons valant net 13.806,842 livres ; 1l estime les prises perdues à 1.468.500 livres. Une
prise revient aux batteries de terre. Quelques se-
maines plus tard, le compte du greffier monte à sept cent trois prises et rançons, produisant 15.363.062 l:vres. Mais il ne tient compte ni des prises conduites par les corsaires de Dunkerque dans d’autres ports, ni de celles qu’il ignore par suite de la capture subséquente du corsaire, ni de celles envoyées par les frégates du rot ou les corsaires étrangers au port (1). En réalité, le chiffre des capitaines pendant cette guerre s'élève à plus de cent dix, et les Anglais portent à la colonne de leurs pertes, du fait des seuls corsaires de Dunkerque, 45.000.000 de livres de dommages. Les corsaires de la société Coppens, Cailliez et Bénard rapportent 4.891.416 livres; ceux de Briansiaux, 2.004.394 livres; : ceux de Philippe Ducrocq, 1.516.332 livres ; ceux de Taverne de Montd’hiver, 834.437 livres. Quant aux capitaines, Adrien Delille a ramené pour 3.871.937 livres de prises et rançons (2), René Brisson pour 1.202.908 livres en trois croisières, Jean Duchesne pour 1.079.042 livres en deux croisières. J.-B. De Cock, Ch.-François Robert Brier- Artus dépassent le chiffre de 500.000 livres. Encore
(1) Ainsi il ne fait pas entrer dans son compte les 200.000 livres des prises ramenées par Pierre Bart et Antoine Juin, ni les cinq coulées, échouées ou reprises pendant leur croisière. Il ne compte pas davantage les prises de Kanon, de Thurot, de Sauvage, de Gavoty, etc...
(2) Une prise faite par Adrien Delille et Libert, commandant la Fulvie et le Chevert, produit à elle seule 2.400.000 livres. Ils ne l’enlèvent qu'après trois heures de combat,
toutes les liquidations ne sont-elles pas achevées quand on établit ces chiffres (1).
Dès lors, rien de surprenant aux dispositions du traité de Paris (10 février 1763) qui visent Dunkerque : le bassin du roi comblé, son écluse détruite ainsi que le canal de la Cunette, des coupures pratiquées dans les jetées, les fortifications du front de mer rasées, en somme, le port encore une fois ruiné de fond en comble.
Ce n’est pas tout : aux frais du roi, un commissaire anglais s’installe à demeure à Dunkerque pour surveiller les démolitions et s'opposer aux reconstructions éventuelles.
Le traité de Paris arrache par ailleurs à la France un magnifique domaine colonial. Louws XV a bien signé la ( paix honteuse (2). »
(1) Arch. Nat, Marine, B4 95 f. 1-27, 96 f. 30. — Arch. Mar. Dunk. cart. 16. — ha bec de Commerce, Reb, des délib., 89 f. 125 ; ms. Diot l’Aïîné, p. 69. — Guerre, Arch. hist. 3568 n. 205, 295,
(2) ve de Saint-Léver, La Flandre maritime, pp. 333-336. — - Lacour- Gayet, La marine De … sous Louis XV, p. 411.