‹ Les derniers corsaires DunkerqueChapitre 27 sur 58 · LIANT SR · texte numérisé non relu

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tifia sans peine. Ces traits n’auraient d’ailleurs rien de particuher à Dunkerque ni à la France, et Plucket raconte avec verve la visite d’un navire marchand qu'il montait, par des officiers anglais qui en emportèrent de « palpables souvenirs » (1).

Nouveauté inattendue : la littérature et la sensibihté à la mode se frayent un chemin jusqu’au cœur des corsaires. On a vu Royer réclamant de l’Amirauté, en faveur de ses prisonnières, les égards dus «au sexe ». Le chevalier de La Laune, commandant l’un des cotres du roi, se rend maître d’un paquebot où la duchesse de Leicester a pris passage : pour le remercier des prévenances dont 1l l’entoura, la duchesse lui adresse, par l'intermédiaire du commissaire d’Anglemont, une épée d’acier d'Angleterre. Le pathos révolutionnaire s’annonce dans un passage d’un rapport de Maccatter ; 1l eut deux officiers tués dans un combat contre un vaisseau fortement armé dont il s’empara, et dépose : € Il fit appeler tout le monde sur le pont pour assister aux funérailles des sieurs J. Haynes et J. Daley.. Après avoir mis le pavillon en berne et tiré vingt et un coups de canon, il les fit commettre aux flots de la mer, après avoir par le rapport de ces instruments terribles de la mort autant que par leurs larmes, témoigné la douleur de perdre deux si braves officiers universellement chéris et regrettés de tout l'équipage ».

Et que penser de ce sauvetage émouvant opéré par Christophe Codner : « Il vit des débris de navire flotter,

(1) Greffe du Trib. de Commerte, Reg. d'arréts, 1 Î. 116, 124, 137; Rapports de Guerre, 1779-1782, f. 1, 213, 218 ; liasses, 1778-1782. — Arch. Com. Dunk., 189, 212. 8.— Arch. Mar. Dunk., cart. 16 ; Reg. de corresp., 9. — P.-E, Plucket, Mémoires, pp. 29, 33, 44,

sur quoi et pour estre prest à rendre service à l’humanité en cas qu'il eust découvert quelqu'un flottant sur iceux, 1l fit mettre son canot à la mer, et sur les six heures du matin 1l sauva un baril de poorter que son équipage consomma, après que la bonde avoit sauté »,

Cette maladie du siècle n’atteint pas les Anglais. Ceux qui entrent dans la caïche le Printemps, après l’avoir criblée de boulets, y trouvent un mousse dangereusement blessé et hurlant de douleur : ils le jettent par-dessus bord (21 avril 1780 (1).

Une transformation d’un autre ordre s'opère parmi

les officiers : Le roi leur accorde plus facilement que par le passé des brevets de capitaine de flûte, de hieutenant de frégate ou de sous-lieutenant de vaisseau, mais il s’en tient là. Au lieu de les assimiler comme Louis XIV aux officiers de ses vaisseaux, il en fait un corps à part, qu'il dote d’un uniforme spécial ; encore ne peuvent-ils le porter que pendant la campagne si

leur brevet ne va pas au delà. Ce système déplorable,

auquel Choiseul se montre déhbérément hostile, donne, on l’a vu, les pires résultats, aussi bien socialement qu’au point de vue du succès des armes du ro1.

Un mémoire anonyme (1780) s'exprime à ce sujet en un style peu châtié, mais reflète exactement l’opinion publique : « Que le ministre du roi ne soit pas dans les fers de la Marine royale ! Qu'il ne eraigne pas de lui déplaire et de faire quelque chose sans son attache ! Nos officiers sont pleins de valeur et d’au-

(1) Arch. Mar. Dunk., Reg. de corresp. 9, — — Bib, Nat, ms. n. acq: fr. 10, 577 f. 72. — Greffe du Trib. de commerce, Rapports de mt 1779-1782, f. 63, 166.

, kb, ( .

dace, ils en ont donné mille preuves depuis le commencement des hostilités, mais la plupart ne sont pas des hommes-de mer. Qu'on s’en rapporte à euxmêmes. Les grands hommes de mer sont très rares, Louis XIV les recherchoit et les prenoit dans tous les états. Que n’ont pas fait les Duquesne, les Barth, les Forbin, les Duguay-Trouin, etc..? Nous avons refusé la commission de capitaine de vaisseau à M. Fabre : il s’est retiré. Pourquoy ne chercherions-nous pas les Cottin, les Royer, et ceux qui comme eux se distinguent journellement dans la course? Allons au-devant de ces hommes comme Paul Jones; cherchons-les dans toutes les nations : nous avons appelé à notre service de terre les Lowendall, les Wurmser, les Luckner. Pourquoy ne s’en trouve-t-1l pas dans notre Marine? Au lieu de cela, nous cédons à l'intrigue et aux sollicitations(1). » Le mérite n’est plus reconnu, ni la valeur exactement récompensée. Et l’on se demande en effet quelle préparation recevaient les futurs officiers du roi, lorsqu'on voit le ministre envoyer les gardes de la Marine et du pavillon sur les navires marchands et sur les corsaires, pour leur procurer « l’occasion de naviguer » (2).

- En temps de paix, on n’emprisonne pas, par mesure d'économie, les matelots dégradés qui courent (1) Arch. Nat. Marine, B1 93 f. 315.

(2) Arch. Mar. Dunk., cart. 18; Reg. de corresp., 11, 23 décembre 1761. — Chambre de commerce, Reg. des délib., 81 f. 78.

le pays; des vagabonds s’y joignent, qui évitent soigneusement toute occasion de s’embarquer. Sitôt la guerre ouverte, l’habituel peuple de chercheurs d'aventures s’installe à Dunkerque : en vain l’impératrice Marie-Thérèse rappelle ses sujets flamands engagés sur les corsaires, en vain le roi de Danemark et Le roi d’Espagne réclament-ils les leurs. Le roi de France lui-même ne peut empêcher ses soldats cantonnés le long de la côte de déserter pour en faire autant. Et c’est sur les corsaires qu'il tâche de découvrir des bandits de marque, comme ce Talbot, chef d’une bande de brigands qui longtemps pilla et désola la région de Saintes, et qui s’est évadé de prison (1781). :

Les levées cependant restent difficiles pour les vaisseaux du roi, et, au début des guerres, pour les corsaires. Le Soleil (18 canons), le plus gros vaisseau du port, ne peut partir faute d’équipage (mai 1744) tandis que les pêcheurs de Boulogne préfèrent mendier et ne rien faire plutôt que s’embarquer. Poùr se pro-. curer des hommes, les armateurs augmentent les avances dans la proportion de trente-cinq à quarante pour cent pendant la Guerre de la Succession d’Autriche : on n’osera les limiter qu’en 1780, non plus que le nombre des officiers-mariniers (1). Mais en 1781, il faut doubler la paie pour équiper deux cotres du roi, arrêter les hommes qui se présentent pour s’engager sur les navires de commerce ou les corsaires, et les. prisonniers qui rentrent après échange. Le Magistrat proteste en faveur de ses privilèges lorsque des capi-

1) Arrèt du Conseil du 16 janvier 1780 : de 300 livres par mois aux 1) Arrét du Co ivres par n capitaines à 80 livres aux mousses.

taines sont d’autorité envoyés à Brest pour servir comme seconds pilotes : on lui répond que ses privilèges portent sur les marins, et non sur les capitaines. Et en vérité le roi ne touche pas aux matelots flamands et étrangers ; il est donc fondé à punir de prison six capitaines de corsaires qui ont engagé des inscrits maritimes, et à mettre en cause la responsabilité des armateurs et des intéressés.

Engagement ne veut pas dire embarquement : les désertions se multiplient. Les autorités maritimes n’osent appliquer les ordonnances, crainte d’éloigner définitivement les déserteurs, et chaque guerre donne au roi l’occasion de les amnistier, pour les inciter à revenir. Ils s’y décident assez volontiers, comme les mutins qui ne se révoltent le plus souvent que pour abréger les croisières, ou éviter quelque vaisseau de guerre ennemi (1).

Le caractère fruste des gens de mer, et l'ivresse, provoquent à bord des scènes de violence où parfois le sang coule. Voici une histoire typique : J.-B. Pierre, désœuvré sur le pavé de Paris, a suivi l’exemple de plusieurs camarades qui s’embarquent, Cflatté d’ailleurs par l’espérance de pouvoir s’avancer dans la Marine et de plusieurs autres récompenses du Roy ». Volontaire d'honneur sur l’Amaranthe, puis congédié, il passe sur le Machault de Mathieu Dumont, qui attend à Flessingue, en Juillet 1757, l’arrivée d’une prise. Un jour, à terre, ses ofliciers composent (une

(1) Arch. Nat., Marine, B1 40, f. 262 ; B° 421. 202, 497 f.9, 138. — Arch. Mar. Dunk., cart. 9-17; Reg. de corresp., 10, 11; Reg. d’arréts, (classes) f. 2, 15, 22, 27, 30. — Chambre de commerce, Reg. des délib., 14 f. 155, 42 f. 42-77, 44 f. 53, 45 Î. 36-43. — Greffe du Trib. de commerce, liasse, janvier 1778. — Arch. Com. Dunk., 190. — Placcaet Boek, Gand, 1763, 13 juillet et 29 décembre 1744, 8 février 1745.

forte boisson anglaise » que l'habitude leur permet …

de supporter, et lui en font boire deux coups. Elle lui monte à la tête; jusqu’au soir 1l ne sait ce quil fait. Dans la chaloupe qui le mène au navire, il assène des coups de sabre sur le plat-bord. Arrivé au Machault, 11 menace ses camarades. On se moque de lu. Le maître d'équipage, Cornil Bocquet, qui fume sa pipe accoté au grand mât, veut le calmer : d’un coup de sabre, Pierre fait sauter la pipe ; il cherche à attemdre un homme, qui pare avec une pelle. On essaie doucement de le désarmer, mais on n’y arrive que par la force. Il descend dans la chambre, remonte sur le gaillard d’arrière armé d’un sabre à deux tranchants, et recommence son tapage. Les autres

s’énervent ; le maîtm d’équipage prêche le calme : w

le volontaire, furieux, lui plante son sabre dans le ventre (1). Descendu dans la chambre pour être pansé, étendu sur une table, le blessé succombe. Quatre fusiliers arrêtent le meurtrier. Dégrisé, Pierre dans sa prison déclare n’avoir jamais reçu de sa vic-

time que des honnêtetés, alors que les autres le mal-.

traitaient. Il n’attend ‘pas l’heure du jugement, et: ;

s’évade.

Les dispositions anciennes qui protègent contre les

(1) Examen chirurgical : « Raport du chirurgie du cadave du nomée Boqu(e)t. Raportée par moy, chirurgiens sur le navire nommée le Machaux an vertu de l’ordre que ma donné Monsieur de Lorgerie major de la marine. Je me suis transportée sur le port à un cabaret ou pan pour ansaignela Canette à l’effet de faire Ilouverture du cadavre du nomée Cornille Boquet maitre d'équipage qui y est décédé à cosse d’un coup de sabbre qu'il a reçu à la partie moyenne de la région épigastric gauche penetrant dans la

capacité du bas vantre avec issue de lépiploon après avoir levé les muscle.

et le peritoine jé trouvé lépiploon anflamé et une division à la partie moyenne des tégumans de la largeur d’un demi pousse avec épanchement dans le vantre de sang et de chille ce que jestime luy avoir causé la mort.

An foy de quoy jay donné le presant raport pour servir et valoir ce qué «

de raison. » S. Maullefert. -

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matelots eux-mêmes leurs parts et leurs gages sont confirmées et renouvelées (1).

Les préambules des cartels pour l’échange des prisonniers prodiguent les déclarations humanitaires et philosophiques; des tables d’avitaillement dressent soigneusement les menus de la prison. En pratique, les malheureux n’en profitent guère. Des rapports d’officiers confirment les détails contés par Plucket sur leur condition misérable en Angleterre. Les geûliers s’adjugent une partie de la nourriture qui leur est due, ne souffrent pas les achats au dehors, et ne leur vendent rien qu’à des prix excessifs. Beaucoup périssent par suite de la mauvaise qualité des vivres. Ils. rentrent si dénués de vêtements que le comnussaire de là Marine leur en fournit. Le Magistrat s’émeut, fait des collectes à leur intention, sollicite l’aide de l’intendant car les fonds disponibles lui manquent. Des évadés passent le détroit sur de simples barques ; la Chambre de commerce insiste pour qu’on ne rende pas ceux qui ont rompu leur ban : la course en a besoin, et si les pauvres diables sont repris, «les Anglois les maltraitent assés ». Le roi refuse toujours de reconnaître comme prisonniers légitimes et d’échanger les hommes que les Anglais Lui avaient pris avant la déclaration de guerre de 1757.

À Dunkerque, on répare la prison « tant :1l estoit dangereux à tous égards de s’en servir ». Les prisonniers s’entassent dans trois petites chambres ; on loue une maison particulière pour dégager la prison, et on évacue une partie des captifs sur Calais. Les femmes

(1) Arch. Com. Dunk., 189 f. 1, 202, 211. — Arch. Mar. Dunk., Reg. de corresp., 93 Reg. d'arrêéts, ?. 130, 12 juin 1781, — Chambre de commerce,

Reg. des délib., 42 f 99, 44 f. 23,

logent dans des maisons bourgeoises. Les capitaines et officiers-majors sont gardés dans des villes de l’intérieur, et pendant la guerre de Sept ans on ne relâche pas les capitaines corsaires. Les neutres reçoivent la liberté dès qu'ils s'engagent sur les vaisseaux du roi ou sur les corsaires. |

En mer, les capitaines surchargés de prisonniers s’en débarrassent sur des neutres, ou les débarquent à l’étranger après leur avoir fait signer des billets de reconnaissance pour hbérer un nombre égal de Français prisonniers ': billets trop souvent assimilables à celui dont La Châtre était nanti. Sauf en cas de nécessité absolue, le roi interdit ces procédés qui nuisent à sa marine. è

Les interdictions répétées de rançonner, les amendes et les pénalités contre les armateurs et les capitaines coupables ne produisent aucun effet ; et les autorisations exceptionnelles se multiplient et s’étendent tellement qu’il ne reste rien des interdictions. « Le premier soin qu’un armateur prend est de recommander à son capitaine de s’emparer de tout ce qu’il trouve, d’éviter l’occasion de se battre, de ne pas consommer son temps en relâches dispendieuses, etc. Le capitaine a le même intérêt que l’armateur : 1l arrête un navire, l’ennemi exhibe ses papiers qui sont souvent des connaissements falsifiés ; sommé de donner une somme de... pour la rançon, il marchande, offre le sixième de la valeur de son chargement (Bachelier, commandant le Prince-de-Robecq, refuse 10.000 livres d’un capitaine anglais : la prise produit plus de 280.000 hvres). Le capitaine accepte l’offre, convient du temps dans lequel l'ennemi devra atteindre sa destination, fait le difficile sur ce terme; pour l’adoucir on lui

lisse des présents et de l'argent. » Les rançons n’affaiblissent guère l’ennemi, et les Anglais ont découvert un moyen infaillible de ne pas les payer : 1ls laissent l’otage en prison ; comme l’armateur en supporte les frais, l’otage finit par être renvoyé. Le syndic de la faillite de Louis Roy demande le 8 février 1788 lélar- gissement de l’otage d’une rançon de 100 guinées faite en juin 1782 : cet otage absorbe le peu qui reste à l’actif-de la faillite (1).

Pendant ces guerres du dix-huitième siècle, la situation des pêcheurs demeure incertaine. Le gouververnement français engage à plusieurs reprises, sans succès, des négociations en faveur de la hberté réciproque de la pêche, qui lui serait avantageuse. Si les grands corsaires anglais paient un bon prix le poisson qu'ils demandent aux pêcheurs rencontrés en mer, les petits corsaires, surtout ceux de Douvres, les arrêtent. En France, on use de bons procédés pour adoucir l'ennemi : Jean Torris est félicité pour avoir renvoyé sans exiger de rançon l’otage d’un pêcheur anglais ramené par son navire la Princesse-Noire. Une barque anglaise s’échoue à la côte : les pêcheurs de Dunkerque sauvent les sept hommes de l’équipage, les nourrissent, et rachètent la barque pour la leur rendre; réciproquement, un petit corsaire anglais ayant pris trois pêcheurs dunkerquois, le commissaire

(1) Arch. Nat., Marine, B° 491 6f. 211-230, 298, 327, 499 f. 21, 96, 440 £. 294, 547 f. 7, 695 f. 153 ; B4 97 f£. 184-189, 188 f. 68 ; C4 288 f. 178; F? 71, 72. — Arch. Mar. Dunk., cart. 9, 10, 14,17-19. Reg. de corresp., 1, 8, 9; Reg. d’arrêts (classes), f. 120 ; Rapports de guerre, 1744, f. 100. — Arch. Com. Dunk., 37 f. 113 ; 192, 202, 208; 312, XII, 124. — Greffe du Trib. de Commerce, Rapports de Guerre, 1779-1782, 1782-1783; Reg. d'arrêts, 1779, f. 70. — Chambre de commerce, Reg. des délib., 27 ?. 165, 28 f. 49, 81 f. 103, 44 f. 1, 45 f. 108, 47 £. 13. — Bib. Nat., ms. n. acq. fr, 10.577 Î. 73.

des échanges les renvoie indemnes. Mais l’irrégula-

rité de traitement est constante, malgré la belle lettre w

de Louis XVI à l’Amiral de France (5 juin 1779). La

Chambre de commerce ne s’illusionne pas moins : sous

Louis XIV, on dotait les barques dé pêche d’un éperon, et on les armait en course ; la Chambre estime

plus avantageux qu’elles se livrent à leur industrie, et demande l’abandon de ce procédé. Mais la navigation masquée sous pavillon autrichien tranche la dif-

ficulté : soixante-dix pêcheurs en profitent en 1778, «

quatre-vingt-dix en 1782.

Dernier trait à ce tableau de la vie maritime à Dunkerque à cette époque : l’espionnage est parfaitement organisé des deux côtés. Les espions le plus grassement payés sont à Versailles, dans l'entourage du roi ; les smoggleurs opèrent activement de leur côté ; de plus, les Anglais réfugiés à Dunkerque subissent l’étroite surveillance de traîtres, dont l’un est démasqué par le maréchal de Castries. Choiseul donne (octobre 1764) l’ordre d'arrêter « deux particuliers allemands que l’on croit prussiens » qui visitent les ports de France après un séjour à Paris où ils ont étudié les fabriques et les manufactures. En décembre 1759, peu après le départ de Thurot, une lettre de Cobentzel, interceptée, apprend qu'à Dunkerque un commissaire anglo-prussien s’est installé ; 1l régale chaque semaine un groupe de sept à huit officiers, surtout ceux qui reviennent de la Cour ou de l’armée, leur verse le vin « à profusion » et leur fait sabler copieusement le champagne. On sait déjà par Casanova combien il était facile de faire Jaser les officiers du roi. On arrête fréquemment des individus suspects, venus d'Angleterre soit par la Hollande, soit direc-

Un

tement sur une barque, et qui se donnent pour des prisonniers français évadés. Enfin il arrive qu’à bord des prises on fasse des découvertes curieuses : telle, en octobre 1745, celle d’un paquet de lettres émanant d’un juif prussien nommé Jacob Bacharach, qui, ayant Su la mise à prix de la tête du Prétendant Charles-Édouard, s’efforçait à le trahir par le moyen de son frère installé auprès du Prétendant, ou à soutürer de l’argent du roi d’Angleterre, on ne put le déterminer au juste. Quoi qu'il en soit, ce juif prussien, installé à Paris, fut relégué hors du royaume ; son domestique, également Prussien, passa huit mois à la Bastille, et quatre femmes, un limonadier et un fruitier, connurent également, mais pendant peu de temps, les charmes de la vieille prison d'État.

Quant à la manière de procéder des ministres de Louis XV, qui dépensent des sommes élevées pour ce chapitre de l’espionnage, les Notes concernant le “Mémoire envoyé d'Amsterdam par une personne qui offre de retourner à Londres et d'y entretenir correspondance avec Paris, et le Mémoire pour le ministre anglican qui se charge de correspondre sur les affaires d’Angleterre, fournissent des renseignements détaillés sur les modes de correspondance et les instructions données aux espions. (1)

(1) Arch. Nat., Marine, B° 451 f. 35-42, 715 f. 64. — Arch. Mar. Dunk., cart. 9, 10, 14, 16, 17 ; Reg. de corresp., 2, 9,12; Reg. d'arréts (classes) f.96. = Chambre de commerce, Reg. des délib., 20 f. 160-177, 21 £. 2, 25, 22 Ê: 36, 28 f. 50, 48 f. 82, 44 f. 5-47, 140. — Arch. Com. Dunk., 201, 208. — Bib. Nat., ms. nouv. acq. franç., 9411 f. 177, 260. — A. de Saint-Léger, La Flandre maritime…., p. 376. — Arch. Préfecture de Police, Aa 7, p.495.

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