PAS TA
fs +" ch
Qand aux neutres, le Conseil exécutif ne voulait pas les déranger dans leur navigation (avril 1793) : disposition « juste au premier aspect », remarque le tribunal de Commerce, mais si l’on considère que les Anglais n’ont jamais respecté les propriétés fran- Caises à bord des navires neutres, de toute évidence la
“France sera dupe. Elle n’y manque pas. Le 14 messidor, an IV, le Directoire, «lassé des nombreuses infrac- “tions portées par les Anglais au droit des gens en arrèêtant et capturant à bord des neutres tout ce qui était à destination des ports français ou de ceux de nos alliés », enjoint aux corsaires d’agir « à l’exemple des Anglais ». L'année d’après, les corsaires français visitent dans les rades les bâtiments neutres, et les Anglais coulent en rade neutre (1) un corsaire français. Les 8 et 24 brumaire an VII le Directoire fixe un délai aux neutres, amis ou alliés, pour rappeler “leurs nationaux eñ service sur les navires de guerre énnemis ou munis de commissions ennemies, à peine d’être déclarés pirates et traités en conséquence. Le 29 frimaire an IX, les Consuls ordonnent Papplication stricte aux neutres du règlement du 26 juillet 1778. * [es mesures humanitaires ont donc échouë sur toute la ligne, faute de tenir compte des réalités. “Entre temps, elles ont énervé l’action en France, au “moment précis où l'Angleterre déployait le plus d’habileté politique, d'énergie et de tenacité. La pre- - embarquer un, puis deux volontaires (12 pluviôse, 9 et 21 ventôse, 22 fruc- …tidor an II, mesures renouvelées en l'an IV).— Arch.Com. Dunk., 828.— “Arch. Dép. du Nord, L. 6144 — Greffe du Trib. de commerce, Lettres originales et Copies de lettres, 1 et 2 — Arch. Mar. Dunk., Correspondance. — Arch. de famille Ad. Torris. — Chambre de commerce, ms. Diot l'aîné, p. 294. — Plucket, Mémoires, p. 237. — De Zuttere, Enquête sur la pêche
maritime en Belgique, Bruxelles, 1909, in-8, p. 69. (1) A Gôtheborg.
mière, annulée sur l'Océan, allait perdre la primauté sur le continent. La onde récoltait après un effort ininterrompu de deux cents ans ce fruit magnifique» la domination des mers, c’est-à-dire la maîtrise dw monde. | LT
On lit dans le Mémoire de Laurent Coppens adressé + NApolsn en 1806 : « N’est-il pas évident que l& France n’a pas eu de plus mortels ennemis que ces philosophes fanatiques et philantropes, séduits par les principes de ces écrivains étrangers salariés par un Gouvernement qui voulait s’attribuer le commerce. exclusif de toutes les parties du monde? » Moreau de Saint-Méry aboutissait à des conclusions identique ; avec preuves à l’appui, en matière esclavagiste (1).
IT
Les capitaines de mer sont au nombre de cent-seizé au début de la Révolution, anciens corsaires de la guerre d'Amérique pour les deu tiers, Nicolas Delille, qui les représente aux assemblées préparatoires des. États en 1789 et à la Fête de la Fédération en 1790, est un de leurs doyens. L’écho de cette solennité est malheureusement troublé par des bruits fâcheux : en Angleterre, il paraît que les marins sont vigoureuse ment ( pressés »; on arme activement vaisseaux de
(1) Mémoire cité, p. 88. — Considérations présentées aux vrais amis du repos et du bonheur de la France, à l’occasion des nouveaux mouvements. de quelques soi-disant Amis-des- Noirs par M. L.-E. Morceau de Saint- -Méry, $ Hepile de la Martinique à l'Assémblée Nationale, Paris, 1791, in-8.
guerre et corsaires ; des nouvelles identiques arrivent de Jersey, de Guernesey, d’Espagne. Les marchands de Nantes font chorus avec ceux de Dunkerque pour réclamer des convois au ministre de la Marine. Ils rappellent les souvenirs de 1756, et ne veulent pas se laisser surprendre (mai-Juin 1790).
La déclaration de guerre à l’Autriche (20 avril 1792) provoque une démarche immédiate d’Emmery, député à la Législative, pour obtenir du gouvernement une protection contre les corsaires prêts à sortir des ports autrichiens : le ministre Lacoste répond qu'il a @ provisoirement » armé les navires nécessaires ; le lieutenant-vcénéral Delbecq n'attend que les ordres du maréchal de Rochambeau pour s'emparer de Nieuport “et d’Ostende, meilleur moyen d’en arrêter les corsaires en les prenant au nid.
Après Jemmapes, Dumouriez réclame de lor- “donnateur Najac l’armement urgent de corsaires “pour arrêter les navires des ports autrichiens chargés de munitions et d'artillerie. Najac demande à la municipalité d’user de tous les moyens en son pouvoir pour décider les Dunkerquois à armer, et promet les Secours de la Marime, « qui acceptera tous les bâti- “ments armés et propres à la course qui se présenteront ». Mais l'autorisation de courir ne part que du 81 janvier 1793, veille de la déclaration de guerre à l'Angleterre et à la Hollande; celle à l'Espagne est “du 7 février : la conflagration est générale. Depuis “six semaines, deux frégates anglaises surveillent les côtes de Flandre.
4 Le courrier des administrateurs du département “qui porte au ministre Monge la demande des lettres de marque pour les « braves Dunkerquois » croise
A 4 de g \ +
celui de Monge qui les apportait. Le consul de France à Ostende recevait en même temps l’ordre de s’entendre avec les administrateurs du district de Bergues pour en expédier aux armateurs d’Ostende et de Nieuport désireux d’en profiter. |
Les lettres de marque partent de Paris le 3 trie ; le 5, un corsaire prend la mer à Dunkerque, et deux le Ô Le 9, la prison contient déjà cinquante prison: niers anglais (1). Il importe «à la Justice ét à l'Humanité du peuple français» que l’on traite différemment ceux pris les armes à la main et ceux trouvés sur les navires de commerce, mais l’exiguité des locaux rend cette distinction di Hbies |
Les vingt premières commissions épuisées d’emblée, d’autres envois suivent. Les armateurs de Nieuport et d’Ostende n’en profitent guère, en dépit des eftorts du président du directoire de district Marescaux, (pour engager les citoyens belges à unir leurs efforts à ceux des Français pour courir sur les ennemis de là liberté ». Les citoyens belges, « parce qu’ils n’envisagent que leurs intérêts particuliers, » préféreraient. de beaucoup rester neutres, pour attirer dans leurs
Fr
ports tout le commerce du pays. .
À Dunkerque, quarante corsaires ont été armés à la date du 19 février. Tous ne sont pas partis, faute de poudre : les commissaires de la Convention aux places fortes du Nord les autorisent à en prélever cinq milliers dans les magasins militaires, sur réquisition
de la municipalité (2). Les demandes de lettres de
(1) « Le début des corsaires de Dunkerque ne peut que nous donner de belles espérances. » — Monge à Najac, 13 février 1798.
(2] Le ministre des contributions publiques a mis 900.000 livres de poudre dite de chasse à la disposition des seuls armateurs dont les navires.
marque se multiplient : prise de méfiance, la Convention exige des destinataires un certificat de civisme éprouvé. Monge recommande aux directeurs de district de ne les délivrer qu’à bon escient, à des armateurs qui prennent les mesutes de sûreté nécessaires et n’exposent pas inutilement les équipages sur des “bâtiments trop faibles. Il défend l’embarquement de plus d’un cinquième de matelots étrangers (1).
Les corsaires recrutent sans trop de peine leurs équipages ; la marine de la République n’y parvient que par des embargos répétés. En juin 1790, la municipalité s’oppose à la levée prescrite pour équiper les vaisseaux de Brest : elle la fait réduire de trois cent soixante et un hommes à trois cent un. L’équipage d’un bateau-pêcheur qui s’y est soumis de bonne volonté est menacé par les autres. La Chambre de commerce se plaint de capitaines bretons qui refusent de recevoir en paiement des assignats. En septembre 1792, l'équipage de la frégate la Bellone est en insurrection ; les pilotes, par crainte d’appareiller quel que soit le temps, refusent de se rendre à bord. L’ordonnateur Najac échauffe le zèle de la municipalité « Citoyens maire et officiers municipaux. Les secours sur lesquels j’avois cru pouvoir compter sont nuls ; les invitations que j'ai fait faire au nom de la Patrie ont
vont combattre les ennemis de la République. On la leur délivre à raison d’un tiers de la pesanteur «totale des boulets embarqués, plus un quinzième pour les amorces, signaux, réjouissances, et la consommation des menues armes.
(1) Sous l'Empire, cette proportion sera portée aux deux cinquièmes. Le certificat de civisme est remplacé par un certificat de moralité délivré “par les Chambres et tribunaux de commerce. — Sources citées aux Arch. Mar. Dunk., et Greffe du Trib. de commerce. — Chambre de commerce, Reg. des délib., 50 f. 61, 65, 89. — Arch. Com. Dunk., 828. — Arch. Dép. du Nord, L 6.167. — Lt-colonel Lévi, Les Français à Furnes (1792-1794), dans Mém. Soc. dunkerquoise, t. LILI, p. 164.
206 LES DERNIERS CORSAIRES P
été vaines : six matelots seuls de Dunkerque se sont présentés au bureau des classes. Citoyens, le service de la République est en souffrance, les projets du général Dumouriez sont au moment de manquer par la non bonne volonté des marins nos compatriotes: Dans quelles circonstances peuvent-ils plus que dans celle-ci donner des preuves de leur civisme et de leur dévouement à la cause commune? Je vous demande donc avec instances, citoyens, de joindre vos efforts aux miens, à ceux de tous les amis de la République, pour que la ville de Dunkerque n’essuye point le reproche de n’avoir point aujourd’hui rempli ses obligations envers la Patrie. » (14 novembre 1792.) Le lendemain, le chef des classes Toustain, cons tatant Pinutilité des publications au son du tambour, emploie «Ia voye d’autorité.. Les besoins de la Ré publique sont pressants ». Pourtant on ne parvient. pas à remplacer, depuis un an qu’il a donné sa démus* sion, le syndic élu par les gens de mer conformément à la loi du 7 janvier 1791, pour désigner ceux Fes eux qui doivent « td pour le service ». | Nouvelle levée de cent sept hommes le 11 janvier, de quatre cent soixante trois hommes le 28. Dans sa séance-du 13, la Convention a décidé l’armement dé 30 vaisseaux et 20 frégates. Monge demande à la So” ciété des Amis de la Liberté et de l’Égalité de Dun” kèrque d'indiquer un capitaine ayant cinq ans de commandement en course ou au long cours, sans dis: tinetion d’âge, avec certificat de civisme, marin con sommé et bon patriote : la Société désigne Henn Morel. La pénurie d’officiers est complète : les ariss tocrales ont émigré, quelques-uns même, commé d’Aché, après avoir vendu à l'étranger le vaisseaw
qu'ils commandaient. C’est l’heure des promotions fantastiques. Les meilleurs capitaines corsaires de la guerre d'Amérique en profitent : Vanstabel, Lhermite, Meyne, Castagmier, Moultson, passent capitaines de Vaisseaux; par crainte des responsabilités, Plucket refuse ce grade et se contente de servir en sous-ordre comme heutenant de vaisseau : 1l manque sa carrière. Vanstabel et Lhermite seront amiraux avant peu. Pour encourager les hommes, la Convention augmente leur paie de 9 livres par mois. « Il était temps, écrit Monge (1), de mettre à l’abri du besoin les famulles de ces intrépides marins qui font la gloire et Ja force de la République... J’attends de votre ardeur patriotique que vous échaufferez du saint amour de Ja Liberté tous les habitants de vos côtes. À votre voix, nos vaisseaux se rempliront de matelots, nos régi- “ments {de soldats de la Marine] se compléteront, et tous d’un commun accord s’élanceront dans nos vais- “eaux à la défense du pavillon tricolore... J’espère de tous nos soins réunis que les tyrans ne tarderont pas à se repentir d’avoir essayé de troubler notre tranquillité.» … Il faut des marins pour Brest, et aussi pour Dunkerque. Najac voudrait assurer la défense du port “avec quatre canonnières de deux canons de vingt- “quatre : 1l n’en a que deux. Pour répondre à l’appel “de Dumouriez, 1l a constitué une division d’une corvette, -lAriel (20 canons), de trois avisos, l’Éveillé, capitaine Mallon, le Fanfaron, capitaine Bellet, l'En- “ireprise, et deux chaloupes-canonnières, portant au total six cent vingt-cinq hommes. John Moultson en (1) 26 janvier 1793, aux Sociétés populaires, aux officiers militaires et
» d'administration civile de la Marine, à la municipalité, aux corps administratifs des Départements maritimes de la République française.
reçoit le commandement (1) Dumouriez le prévient le 12 novembre que les Impériaux ont transporté leur artillerie de Tournai à Bruxelles, d’où ils doivent la diriger sur Anvers avant le 25 novembre: il lui demande de « happer» cette artillerie. Le 16, Moultson s’est mis en route. Il s’arrête à Ostende tombée aux mains des Français ; il y reçoit un chaleureux accueil de la population. Sur l’ordre de Dumouriez qui demande pour lui le grade de capitaine de vais: seau, 1] gagne rapidement Anvers où Dumouriez lui donne l’ordre d’hiverner (2). En mars, il est bloqué par une escadre anglo-hollandaise: la canonnière Sainte-Lucie est surprise et enlevée sous le fort de Lilo qui ne la défend pas : son commandant, le sous: lieutenant de vaisseau Castagnier, était en mIssion auprès du commandant en chef de l’armée de terre. | 1 Bientôt les troupes françaises reculent, et évacuent Anvers. L’Ariel et le Fanfaron sont coulés dans l’'Escaut. Un effort vigoureux permet de sauver et de mettre en sûreté à Dunkerque une vingtaine de prises ou de navires soumis à l’embaroco à Ostende et Bruges : la lenteur suspecte du général Pascal-Kerenveyer cause la perte des chaloupes canonnières et de plusieurs bâtiments de transport. Personnellement, Moultson n'a mérité que des éloges; Monge assure qu'il a
(1) Né le 21 mars 1752 à Urbana, en Virginie. Il épousa une Française. (Arthur Chuquet, Jemmapes, p. 116, note d’ap. Mémoire justificatif de Lequesne, beau-frère de Moultson.) Sous-lieutenant de vaisseau lé 1° mai 1786, officier de port le 1€ octobre 1787, désigné le 18 juin 1790, à cause de sa connaissance de la langue anglaise, pour passer en Angleterre et contrôler l'exactitude souvent relative des bruits rapportés par les. smoggleurs ou les correspondants des négociants.
(2) Ses officiers manquent de tout. Monge presse Najac de lui expédier. des vivres.
Mae. EE»