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Pendant ce temps, les Anglais débarquent des troupes, des vivres et des munitions à Ostende où les alhés sont entrés. L’ordonnateur Toustain répare les redoutes, corps de garde et batteries de la côte. Sans navire pour observer les mouvements de l’ennemi, il est autorisé, par une mesure générale, à acheter aux “particuliers les bâtiments susceptibles d’être convertis en corvettes et en avisos. Un système de si- “snaux permet au tourrier de prévenir en temps utile les pêcheurs de la présence de l’ennemi. Il est bon, aussi, qu'il puisse surveiller leurs accointances possibles. On a vu les mesures qu'il fallut prendre contre eux. Maintenant, ils favorisent les évasions d’émigrés, “et ce n’est pas sur eux que l’on peut compter pour arrêter éventuellement le commandant dela partie Sud de Saint-Domingue, « Montesquioufezenzac », qui à (âchement abandonné son poste ». Ils «se permettent de sacrifier à un sordide intérêt le patriotisme qui doit les animer ». Ils exportent du numéraire. Ils refusent formellement de se présenter au bureau des classes.
Toustain fait faire la publication pour une nouvelle levée le 30 juillet : il se présente deux inscrits. Avec répugnance parce qu'il craint de commettre un excès de pouvoir, le tribunal de Commerce prononce jourmellement des contraintes par corps. Armateurs et Capitaines poussent les inscrits à déserter le service de la République, insoucieux des frais et de l’amende de 60 livres qui les menace. On leur a cependant permis d’engager les Anglais prisonniers qui le désirent, et gémissent de «la cruelle tiranie qu’excitent contre eux leur despote et ses ministres ». Ces appels à la désertion se répètent jusqu’à la fin de l’Empire ; ils Sont entendus. Castagnier vient d'Anvers, en fé-
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vrier 1793, rechercher plus de cent cinquante marins. qui ont déserté la division Moultson.
Les proclamations ne leur communiquent pas lei thousiasme qu’elles soufflent avec ardeur : « Le mo ment est venu de rendre à la Marine française son ancienne gloire. Il faut que l’enthousiasme guerrier. qui embrase nos phalanges républicaines anime nos“ frères les marins. Sans doute eux aussi se souviendront” qu'ils sont Français; sans doute à la voix de le” Patrie ils voleront sur nos vaisseaux où la Victoire et la République les appellent. » Vanstabel lui-même lance de Brest un appel à ses concitoyens. |
Toute cette éloquence est vaine : on doit rechercher les inscrits qui ont grossi les rangs de la garde natio nale ; on réintègre dans la Marine ceux qui, formés em Bataillon des Descendants de Jean Bart, ont été incorporés dans la soixante-huitième demi-brigade” En compensation, 1l faut récupérer sur la Marine des volontaires équipés pour le service de terre, et enrôlés. par les commissaires aux classes. « Nous avons besoin de tous nos frères qui sont en état de naviguer », pro” teste le chef des bureaux civils de la Marine, Pigeon, Et il découvre que beaucoup de bons marins se sonks introduits dans «les cy-devant corps de métiers », el que les fabricants de tabac en occupent un grand nombre. ñ
Depuis les temps de la monarchie espagnole jusqu'à la fin du règne de Napoléon, les bonnes paroles se. montrent impuissantes à décider les marins à embar= quer sur les navires de l’État. Les embargos rigoureu sement appliqués y réussissent mieux, secondés aux jourd’hui par les réquisitions aux municipalités. Après. le 30 juin 1793, le gouvernement prend une mesure
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radicale : 1l interrompt la délivrance des lettres de marque, et n’en donnera de nouvelles que plus de deux ans après, à l’automne de 1795 (1).
La démolition ou la possession de Dunkerque n’a pas cessé d’être l’idée fixe des Anglais. Au congrès d'Anvers (7 avril 1793), ils se font promettre formellement la ville par leurs alliés. Leur désir de s’en emparer est si vif, que le duc d’York commet la faute stratégique de se séparer de Cobourg pour en entreprendre le siège (2).
L’escadre du commodore John Clément, sept frégates et un brick, est déjà devant le port. Le com-
modore remet à un pêcheur, Charles Keiser, une som-
mation pour le commandant de la place, général "Pascal-Kerenveyer, et la municipalité, d’avoir à lui ivrer Dunkerque. La réponse est un refus formel. Conscient de ne rien pouvoir tenter de sérieux, Clé- “ment s’éloigne (avril).
Mais l’avertissement est compris. Toustain prend les mesures les plus urgentes. Il retient un approvi- Sionnement de blé prêt à partir pour Brest; quatre (1) Arch. Com. Dunk., 828; 54, p. 46 (autorisation ou refus de séjour aux Anglais résidant à Dunkerque). — Arch. Dép. du Nord, L 6.164, 6.165, 6.167 — Chambre de commerce, Reg, des délib., 50 f, 54. — Arch.
Mar. Dunk., Correspondance ; Extraits des reg. de délib. du Directoire exé- “cutif. — Greffe du Trib. de commerce, Æxtr. des reg. de délib. du Conseil
“Crécutif provisoire ; lettres orig. et Copies de lettres, 1 £. 73, 74, 78.
(2) Foucart et l'inot, La Défense Nationale dans le Nord... I, 402, 403,
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prises entrent opportunément avec mille deux cents rasières d’avoine (8 juillet). Castagnier procède à des expériences : il a inventé un four à rougir les boulets, que l’on installera prochainement sur tous les vais seaux de la République (1). Il reçoit le commande-. ment de quatre batteries flottantes et deux petrts« bâtiments armés et équipés par Toustain pour dé fendre la rade. Ce sont 48 canons et 297 hommes, avec Larmet, Lhermite, Godefroid, Cryex et D. Morel pour capitaines. 3
Les bouées qui. repèrent les passes sont enlevées « Le 21 août, Castagnier s’embosse en rade. Le 22, le tourrier signale l’arrivée de l’armée anglaise au camp de Ghyvelde : le siège de Dunkerque est commencé Les gens de mer vont combattre dans les rangs des. soldats de terre ; 1l les étonneront par leur audacess on les verra Don l'ennemi dans les dunes, armés simplement d’un in. et d’un pistolet (2). Grâce à l’habileté et à l’énergie de Castagmier, les batteries. flottantes rendront les plus grands services. +
Le 24%, avant le jour, 1l prend position à l’est de læ& ! rade le plus près possible de terre sous le fort de Leffrin” koucke. Son feu force une colonne de quatre- mille, cavaliers à rétrograder, et empêche les partis qui s'en détachent de couper la retraite aux tirailleurs fran”
(1) Plus tard, on en reconnaît le danger, et ontle supprime. Un arrêté du Comité de Salut public du 29 messidor an II, accorde à Castagnier 4.000 livres pour l’indemniser de ses frais d’ expériences.
(2) Un matelot rentre en ‘ville avec deux prisonniers hollandais. Le® Conseil de guerre lui demande comment il a fait pour les prendre tous deux en même temps : « J'ai tourné autour de ces deux bougres en les somman de déposer leurs armes, ce qu’ils ont fait, et ensuite ils ont été forcés de marcher devant moi à environ trois mètres de distance. » « Le comman=… dant du 8° bataillon a dit que le nommé.…., marin, demeurant à la Citadelle, a joué toutes sortes de stratagèmes pour nuire aux ennemis, qu 1e en a tué plusieurs. » — Journal du Siège, 25 août 1793. à
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çais. Par deux fois le lendemain il arrête les corps de cavalerie qui cherchent à se frayer un passage le long de l’estran ; 1l éteint le feu de deux batteries élevées dans les dunes et qui lui envoient des boulets. Le 27, il bombarde le camp ennemi ; il voit passer une frégate et neuf caïches ennemies convoyant dix-sept transports pour Nieuport et Ostende, mais la flotte de l'amiral Mackleridge et du due de: Richmond qui aurait dû intervenir ne paraît pas : les deux chefs seront destitués.
Pendant huit jours, les équipages de Castagnier ne quittent pas le pont, et la cavalerie ennemie ne réussit pas à se faufiler par l’estran. Le 29, les boulets sont constamment tenus rouges dans les fours : vingt-trois corvettes se montrent devant Gravelines, et une fré-
- gate de trente-six canons se Joint à celle vue le 27, Ces forces ne prononcent aucune attaque (1).
Les équipages surmenés n’ont pas reçu les gages » qui leur sont dus depuis le 26. Ils portent plainte à » leur commandant ; sans attendre les 12.000 livres que Toustain emprunte pour les payer, effrayés par la menace de deux frégates et de nombreuses corvettes, “par celle d’une nouvelle batterie établie contre eux à l’abri des dunes, enfin par l’ordre inhabituel donné à la chaloupe des pilotes de rentrer au port, ils mouillent les batteries flottantes à l’ouest et à l’abri du Risban, la nuit du 30 au 31. Castagnier n’a pu que les détourner de ne pas rentrer au port.
Le général commandant la place envoie aussitôt La bord son adjudant-général, Lazare Hoche, qui
adresse aux marins une proclamation enflammée :
(1) Castagnier recoit le commandement du brick le Pandour, radoubé ‘par Toustain, mais qui ne participera pas à la défense,
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deux mutins sont emprisonnés. À force de volonté, et après avoir été retardé par un vent contraire, Castagnier fait exécuter l’ordre à sa flottille de reprendre sa première position (1% septembre). Les hommes, « rentrés dans le devoir, ont témoigné tous leurs regrets de la fausse allure qu'ils avaient prise sur les apparences d’une attaque prochaine ». Les corvettes anglaises ont placé des bouées qu’il faut enlever. | En prévision d’une attaque par mer, Toustan appelle au secours de Castagnier les chasse-marées canonnières actuellement à Boulogne, Calais et Gravelines, la Méchante, la Surprise et l’Ardente, capitaines Robert Cornu, Robert Cary, et Godefroid.… Mais la victoire d’Hondschoote délivre Dunkerque. L’ennemi plie bagage (8 septembre); les batteries flottantes appuient vigoureusement une sortie des assiégés, immobilisent une colonne de cavalerie,“ empêchent les fantassins ennemis de sortir de leurs retranchements, et font taire deux nouvelles batteries établies dans les dunes. Castagnier reçoit pour sa. conduite les félicitations du ministre (1).
Le danger passé, une chaloupe canonnière demeure“ en faction dans la rade. à
(1) Après son départ, Larmet, commandant de la station et des côtes, signale aux représentants les braves qu'il a distingués (30 frimaire an II) Guillaume Divoort, commandant l’aviso l’Argus, J.-J. Austruy, Pierre Divoort, Louis Paulmier, J.-L. Baron, B.-R. Cany, officiers sur les bat teries flottantes Egalité, Liberté et République. Larmet rappelle les sers vices devant Anvers de P.-F, Berthelot et D. Buddaert, et demande pour eux le grade d’enseigne non entretenu. — Arch. Mar. Dunk,, Lettres de Dalbarade et Truguet, arrêté du Comité de Salut public du 21 messi=… dor an IT.— Arch. Dép. du Nord, L 2.194 n. 21, 6.167.— Le Siège de Dun=« kerque (1793), documents officiels inédits, introduction par le général Yung,… Dunkerque, 1893, in-8, cf. notamment la:correspondance de Toustain avec Dalbarade, et le Procès-verbal rédigé parle conseil général de la com“ mune pendant le siège. — Foucart et Finot, La Défense nationale.., IL p. 40 et seq. — A. Chuquet, Hondschoote, Paris, s. d., in-18, p. 248.
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LEVSIÈGE DE 1793 ET LA TERREUR Ho |
On est alors en pleine fièvre révolutionnaire.
Le chenal est agrandi, le bassin recreusé de manière à recevoir les vaisseaux du dernier rang et les plus fortes frégates. Sur Les chantiers nouvellement aménacés, on met en construction deux frégates de vingtquatre canons ; d’autres suivront. L’Arsenal est l’objet de sévères mesures de sécurité et de police. Les blessés
-etles malades débarqués des navires ou envoyés par
l’armée de terre encombrent les hôpitaux ; on transforme en hôpitalmihitaire la maison des Dames anglaises. Certains approvisionnements manquent : les prises de charbon, d’eau-de-vie et d’avoine arrivées avant le siège n’ont pas comblé les lacunes. Les chevaux du service de la Marine meurent faute de foin. Les
-réquisitions sont autorisées par un.arrêté du Comité
de Salut publie ; elles se succèdent sans interruption :
“cuirs, fers, chanvres, bois, voiles et toiles à voiles, “creusets de l’ancienne manufacture de Blandecq pour “fondre les pentures en cuivre des gouvernails, potasse, “savon, petits bâtiments, chevaux ét chariots pour
les transports, et aussi les ouvriers, forgerons, calfats, scieurs de long, poulieurs, charpentiers de navires. Les forts et les batteries sont démunis de lunettes :
“une proclamation demande aux marins de céder les
leurs. On verse à la Marine les cordes servant aux sonneries des cloches. La Société populaire de Dun-
kerque est invitée à ouvrir une souscription pour
construire un vaisseau, par la Société des Jacobins
de Melun qui donne l’exemple. La Société des Amis de la Liberté et de FÉgalité arme le corsaire l’Égalité qu’elle confie au capitaine Hartel. Des capitaines de vaisseaux font de même.
Les marins de Dunkerque, aujourd’hui Dunes-
Libres, transmettent aux représentants les mémoires où ils formulent griefs et réclamations. Ils se cons tituent en Comité. Ils affirment que ce sont les enne-. mis qui ont fait mettre l’embargo sur les corsaires par l'entremise des brissottins : que la Convention «daigne) le lever, et ils ruineront le commerce ennemi dans le« Nord. (Les marins en général sont peu fortunés ; ils : ne peuvent exister sans emploi, et ils voient avec douleur passer sous leurs veux et journellement des. riches captures. Il est déchirant pour des Français habitués de combattre et de vaincre, de voir les es-. claves du tyran Georges venir ins le le pavillon tricolore impunément, » ta effet, les corvettes ennemies ». leurs sabords masqués, inspectent les navires en rade et lâchent leur volée avant de regagner le large. Les marins réclament instamment des stationnaires. Leurs «soi-disant Comité » est dissous par arrêté du Comité de Salut public (6 germinal an IT). 4
À la Société populaire, les marins ont dénoncé l'or donnateur Toustain, qui € a été un despote sous 1 l’ancien régime », et qui est (un tyran sous le règne de” la Libertéet del Dali ». [ls accusent sa Lo dans les armements, l’exagération des prix qu'il porte sur les mémoires, ete. Toustain demande à être mis ei état d’arrestation pour qu’une accusation motivée lun permette de se justifier. Le 14 frimaire an LE, il profite. de la présence du FOpTÉSCRAUS Isoré à la séance de. la Société populaire pour s’y rendre. Il prouve qu'il. a assuré les subsistances de l’armée navale, et a réuni : en Magasin pour un mois de vivres. Patins n'ose. Poele, mais 1l sera destitué le 14 janvier sui
vant.
On arrête alors nobles et suspects : le commandant
et les ofliciers du fort Rouge, Gamba, Taverne, les Coppens, Brier-Artus, P. A.-M. Bart, Moultson qui est détenu à Arras. Arrêté le 3 frimaire, an IL, incarcéré à la prison de Port-Royal, transféré à la Force et de là à Port-lüibre, mis en liberté par ordre du Comité de Sûreté générale le 8 vendémiaire, an IE, il est à Paris en brumaire, et réclame ses armes qu’on a saisies : une épée montée en’ argent, un sabre de dragon, une paire de pistolets de dragon anglais (1). Bernard Coppens sollicite de Florent Guyot son élaroissement : il a, au moment de son arrestation, deux navires en armement pour la République (2) ; son père sa reçu la noblesse en 1769, mais y a implicitement renoncé en refusant d’acquitter en 1771 la taxe sur les nouveaux anoblis. Chef d’une compagnie de canon- “niers pendant le siège, il a vendu son patrimoine en 1792 pour acheter des biens du clergé. Il n’a cessé de fournir aux dons patriotiques. Ses commis sont aux “armées : 1] reste seul pour correspondre avec ses capitaines et surveiller ses armements. Le motif de son “arrestation n’est autre que sa présence à l’assemblée de Bailleul en 1789.
On ne peut arrêter Poterin, capitaine de vaisseau vet chel des classes, ni Kerguclen (3) : ils ont émigré. Le Comité révolutionnaire de Dunkerque ordonne Varrestation de plusieurs pêcheurs qu’ilaccuse du même crime : 1ls expliquent « que leur profession les oblige à : aller à l’étranger ». D’autres, « les temps étant fort
(1) Arch. Préf. de Police, Aa 184, 77 et Ab 802, 6. (2) Les Sœurs, 500 tonneaux, cap. Sueur, et les Frères, 300 tonneaux, “ap. Luce.
… (3) En nivôse an VII, le directeur de l'enregistrement écrit à l’adminisration centrale que sa maison est abandonnée et en parfait état de dégra- Mation. Il faudrait la vendre ou la réparer d'urgence,
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durs », se sont installés à Ostende, où au retour de. leur pêche, ils trouvent les Français au lieu des Autri” chiens : la pénurie de matelots engage à l’indulgence» et on concilie la Justice et l’intérêt de la Marine en les embarquant sur les vaisseaux de la République. Quelques matelots anglais, arrêtés, sont élargis quand" on s’est assuré qu'ils ont toujours navigué avec les. Américains pêcheurs de baleines.
Neuf capitaines américains demandent au con général de la Commune à prouver leur loyalisme, en promenant dans les rues « effigie du roi d'Angleterre. et de son vil ministre Pitt, d’une manière avilissante et ensuite de les hvrer aux flammes ». Le conseil délègues six commissaires pour assister à cette fête civique, précédés de la musique mulitaire (1). Huit enseignes, non entretenus et officiers du commerce adressent aux représentants cette déclaration convaincue, avec. un Mémoire : (Le pur amour de la patrie et l’expérience ont dicté ces réflexions aux marins dunkers quois ; leurs célèbres ancêtres, les Bart, les Jacopsen, ; et tant d’autres qui ont He ce port, ont connu ces moyens. Brülant de marcher sur leurs traces, nous, désirons tous être utiles au service de la République.
(1) On trouve parmi les Américains corsaires de cette HO plusieurs Nantuckois. Parmi les anciens, Dowlin a été compromis dans les affaires de baraterie de 1784-1785 qui eurent tant de retentissement ; n ‘obtenant pas le commandement qu’il a demandé d’un des vaisseaux de la Répu= ‘ blique, il donne sa démission qui est acceptée le 5 Juillet 1793; arrêté.
comme Anglais, il obtient de Florent Guyot son élargissement, recoit de la Municipalité un certificat d’hospitalité, et meurt en 1801 (communi= cation du docteur Louis Lemaire). Bailey, devenu tenancier de cabaretà Ostende, fut emprisonné en 1785 pour avoir embauché des matelots à. Dunkerque. Fernald a repris du service en Amérique ; coupable d’un actè. de trahison envers les pilotes du Havre (fructidor an IV), Truguet donne. l’ordre de l’arrêter s'il se présente dans un port de France. On a vule rôle. de Moultson. Ripner, lieutenant de vaisseau, fait partie de la division de Ç astagnier en germinal, an VIII, 1
PE CENTRES 2), D: MU Le
LE SIÈGE DE 1793 ET LA TERREUR ÿ
et verser jusqu’à la dernière goutte de notre sang en la défendant contre nos ennemis naturels les Anglois,
qui n'ayant Jamais pu parvenir à nous vaincre, ont réussi sous le règne des tirans à faire démolir notre port ; mais sous celui de la hberté et de l’égalité, 1l se rétablit ; 1l en est sorti et 1l en sortira encore des
hommes qui les vaincront sur toutes les mers. » Les
signataires se nomment Frechon, Vandomber, Cardon, Dorr, Boyenval, Pierre Mille, Lemoyne, Artus (25 ventôse, an IT).
Florent Guyot peut s’en convaincre en lisant les lettres du commissaire civil Pigeon. Étant à Dun-
- kerque, 1il est allé en rade avec « son épouse » sur le
Jean-Bart, de dix-sept tonneaux et huit pierriers d’une livre de balle, que commande Mathieu-Antoine Janssen, « brave marin qui ne sait pas parler, me ditil, Mais qui sait sé battre ». Le représentant lit un exploit accompli par Janssen, et ce post-scriptum : « La citoyenne Guiot apprendra sans doute (déchi-
-rure dans le papier) que si elle a eu peur sur le Jean-
Part, les Anglais ont éprouvé aujourd’hui une plus crande frayeur, car le bâtiment s’est battu avant d'aborder. » En effet, l'ennemi portait quatre canons (1) contre lesquels les pierriers de Janssen ne pouvaient rien : deux, montés sur des pitons cassés, étaient hors d'usage ; un troisième a éclaté et déchiré les voiles du Jean-Bart. Janssen crie alors à ses hommes : « Mes amis, suivez-moi à l’abordage, le bâtiment est à nous !» Dès qu’il a pris pied sur le pont, les Anglais jettent leurs fusils à la mer, en disant : « Verigoute Frensceman »,
(1) La lettre de Pigeon dit 6, et le rapport de Janssen dit 4.
Et Pigeon demande que Janssen, enseigne non entretenu, soit promu enseigne entretenu (1). É
Les flottilles, les « coquilles de noix », vont jouir « d’une faveur singulière dans l’opinion des gouver-« nants. Les difficultés et l’inégalité de la lutte en haute : mer, le désir de frapper directement l’ennemi au « cœur, expliquent cet A dont la faillite sera retentissante (2).
Au début de 1794, le Comité de Salut public veut à qu’un cordon de canonnières, ininterrompu du Havre
Dunkerque, assure la garde des côtes, et surtout … empêche la communication des ennemis de linté-« rieur avec ceux de l’extérieur. Le résultat ne répond pas à son attente. Les mouvements de petits bâti ments ne vont plus guère cesser le long de cette côte, «
() Arcb. Dép. du Nord, L 776, 19 ; 998, 14 ; 1,000, 15 ; 1.008,2 ; 1.022,” 10 ; 1.028, 4 ; 1.080, 11 ; 1.088, 2 ; 1.173, 44 ; 1.174, 19, 23 ; 2.108, 3 ; 2.104, 21, 30, 33 ; 2.105, 10 ; 2.106, 1, 5 ; 2.107,1, 3, 4 ; 2.108, 17, 18, 23 ; 2,109, 3, ;
5, 6, 7, 28; 8.499; 5.889,23; 6.164; 6.165; 6.166; 10.169, 11 ; 10.306; Q 1.045,35.— Arch. Com. Dunk., 3828; Reg. des délib., 13 prairial an IL. —"«
Arch. Mar. Dunk., Correspondance. — Greffe du Tribunal de commerce,
Copie de lettres, 1 f. 131. — Bibl. Com. Dunk., ms. Coppens, F1, cart. 12, n. 5. — Correspondance de Carnot, Impr. nation., II, 344. — Plucket, Mémoires, p. 313. — La prise de Janssen, une autre du lendemain (23°
*24 nivôse an IT), apportent un précieux approvisionnement de charbon ; #
500 rasières restent à Dunkerque, 1.500 vont au Havre, le reste à Brest.
(2) Envisageant la guerre de course, Surcouf affirmait que de petits … . . bâtiments montés par des équipages sûrs et entraînés, pouvaient faire plus |
de tort au commerce anglais que de gros navires. I] arma quantité de petits « corsaires, qui s’attaquèrent même à des navires de guerre. — Brongnises
Op. Cil., p. 76.
mais 1ls sont insuffisament protégés : le 30 messidor, an Îl, l’apparition d’une frégate anglaise suffit pour que dix-huit bateaux-pêcheurs expédiés de Dieppe à Dunkerque doivent s’abriter au Tréport (1). L’année suivante, la Fraternité (12 canons de dix-huit) et le Subtil (14 canons de six et de quatre), sous les lieutenants de vaisseau Joseph-Pierre Allemès, qui commande et Jean Meulenaer, ont ordre de doubler les bancs de Flandre, et d’aller croiser à sept ou huit lieues au nord de Buchan-Ness, de coulerles bâtiments de peu de valeur, de conduire leurs prises dans les ports de Hollande ou de France, d’éviter les bâtiments de force, et de revenir souvent à Dunkerque, sans se séparer autant que possible. Ils remplissent parfaitement leur mission, du 22 ventôse au 1 cernmunal an [IL Après eux, trois autres divisions de trois unités sont de même envoyées au Nord (2).
Pour soulever la Hollande, le Comité a conçu le projet d’un débarquement dans l’île de Walcheren. Vanstabel vient de ramener d'Amérique un convoi de cent-soixante dix navires de grains dont la France avait un besoin urgent : 1l est chargé de l'opération, dont la base sera Dunkerque. On y concentre les troupes et le matériel, après l’occupation d’Ostende
(1) «Sans délai il sera choisi et armé de petits canons, pierriers ou espingoles, fusils, pistolets et sabres, le plus grand nombre possible de bateaux ou chaloupes ayant le moins de tirant d’eau et allant à la voile et à la rame, s’il est possible ; ils seront destinés et uniquement employés le long des côtes et à les parcourir jour.et nuit pour empêcher toute communication des ennemis de l’intérieur avec ceux de l'extérieur, soit par le moyen de signaux ou autrement. Ils empêcheront également qu'aucun bateaupècheur ou toute autre embarcation ne communiquent avec les ennemis, et ne s’éloignent pas au-delà des distances fixées par les arrêtés du Comité en date des 9, 18, 25 ventôse et 14 germinal. » — Arrêté du Comité de Salut public, 2 fructidor an II.
(2) Arch. Nat., Marine, BB 14, 103, 65, 2-15, 163 et suiv. (Journal de Meulenaer).
par Pichegru et de Bruges par Moreau. Vanstabel a recours aux corsaires, à Janssen, Meulenaer, Defraye, D. Morel. À la fin de thermidor, l’expédition est prête à partir d’Ostende : l’ennemi surveille Les ports flamands avec des forces tellement imposantes, qu’il y faut renoncer. Les chaloupes canonnières regagnent Dunkerque, Calais et Boulogne (1).
Tous ces projets se ressemblent dans la conception, la préparation, et l’insuccès. Celui de Napoléon ne se distingue des autres que par son ampleur. .
En mars 1796, un Flamand d'Anvers, nommé Mus-… keyn, actuellement lieutenant de vaisseau dans la marine suédoise et qui auparavant servit sur les na- 4 vires de la Compagnie anversoise des Indes, présente « au Directoire des propositions qui,sont agréées. II compte utiliser des chaloupes canonnières semblables à celles dont les Suédois se servirent contre les Russes. Nommé capitaine de frégate, Muskeyn visite … au mois de juin Boulogne et Calais pour se rendre compte des ressources qu’il en peut tirer ; il fait encore appel à celles de Cherbourg et de Dunkerque, et il dispose bientôt dans ce dernier port de dix grandes” canonnières, douze chaloupes-canonnières, et huit transports. Il va recruter des hommes à Lille et à An vers. Le général Quantin lui amène cinq mulle hommes (deux bataillons et une légion franche formant deux demi-brigades), pour la plupart des déserteurs et des étrangers : beaucoup Sont des compatriotes des Muskeyn, levés malgré l’hostilité active du clergé” local. Mais les militaires français refusent de servir sous les ordres et en compagnie d’étrangers : une cons.
(1) Foucart et Finot, La Défense Nationale…., pp. 681-689. — G. Lebas, à Hist, d'un port.normand.…., p. 97. A
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LE CARNAVAL D (Voir l'explicatà
DUNKERQUOIS # planches),
piration à laquelle se mêlent les adjudants-généraux
Devaux et Battencourt éclate, et Quantin l’apaise à grand’peine. On commence l’embarquement des troupes le 20 octobre ; la flottille appareille le 10 novembre.
D’après ses instructions (du 19 septembre 1796, signées Truguet), Muskeyn laisse soupçonnér que son attaque vise les îles Marcouf ou Jersey et Guernesey ; 1l devra piquer droit sur Yarmouth, remonter là côte jusqu’à l’embouchure de la Tyne, et débarquer ses troupes qui ruineront les mines de Newcastle par . le feu, détruiront les pompes et autres machines, brûiront et couleront tous les navires dans la Yael A défaut de pouvoir le faire, il les débarquera à l’embouchure de la rivière de Boston ou de l’Humber.
C’est identiquement le plan de Thurot.
L’exécution en est arrêtée dès la sortie du port, au printemps de 1797. Les journaux annoncent qu’un coup de vent a dispersé la flottille et que l’un des principaux bâtiments a péri corps et biens, tandis que plusieurs autres seraient tombés au pouvoir de l’ennemi. Le ministre dément ces nouvelles. La flottille comprenait vingt-quatre grandes canonnières, quarante-huit petites, quatre corvettes et huit avisos ou bâtiments légers, partagés en quatre divisions. C’est par ordre que ces divisions ont porté les unes à PEst et les autres à l'Ouest. « L’ennemi a dû abandonner le champ de bataille ». Aucune de nos unités n’est prise, et une seule s’est échouée que l’on a pu renflouer sans perte d’hommes. En dépit d’opérations concertées avec la division de Flessingue que commande le contre-amiral Vanstabel, la flottille de Muskeyn n’a pu sortir. L’échec est flagrant, et le mi-
nistre se garde de l’avouer. Il s’en console en affirmant que la flottille «continue à favoriser le cabotage et à surveiller les côtes. » Vanstabel mourait à ce moment; son commandement passe à Castagnier. Les équipages de Muskeyn, sans argent et mal nourris, témoignent d’un extrême mécontentement ; ils crient : € De l’argent ou point de main », et désertent en masse. Muskeyn a hâte de quitter ce pays «où on a tout fait pour me perdre », dit-il. Il conserve la la confiance du Directoire, qui le nomme capitaine de vaisseau, et l’envoie recommencer ses expériences dans les ports normands (1).
Lorsque Bonaparte est nommé commandant en chef de l’armée d’Angleterre, les bateaux et chaloupes « construits ou en construction dans tous les ports, de « Bayonne à Ostende, les corsaires de cent tonneaux” susceptibles de servir de transports, doivent sur son ordre se rassembler au Havre et à Dunkerque, où il passe le 12 février et le 13 mars 1798, lorsque les, troupes commencent à arriver. Mais le futur empereur a d’autres projets en tête : 1l va s’embarquer pour l'Égypte. :
(1) Arch. Nat. BB4 99 f. 21,118 f. 16, 41, 91, 112 f. 19, 22, 36. — Ed. Des brière, Projets et tentatives de débarquement en Angleterre (1792-1805), 4 vol. in-8, Paris, 1900, I, 71-90. I] se fait l'écho des bruits démentis par le ministre au sujet du sort de la flottille. — Voici la lettre flatteuse que 1ew ministre écrit au commissaire David après la mort de Vanstabel : « Paris, … 17 germinal, an V. — J'ai appris avec beaucoup de peine, citoyen, law mort du contre-amiral Vanstabel ; la conduite que cet officier général a tenue en Hollande, la fermeté qu'il a déployée toutes fois qu'il a été question de soutenir les intérêts de la République, lui avaient acquis des droits à mon estime, et j'étais parfaitement convaincu qu’il opposerait une bar rière insurmontable aux usurpations que quelques agents du gouvernement batave pourraient tenter. Un homme de ce caractère n’est pas facile à remplacer dans un tel lieu que Flessingue, où des intérêts mixtes excitent sans cesse des discussions, et où la liberté naissante de l'Escaut est à la fois un motif d’envie et un prétexte continuel de plaintes et de dénon cialions. »
Ees tentatives des Anglais sur Ostende, menace indirecte contre Dunkerque, donnent une vive alerte aux Dunkerquois ; mais quand «deux mille hommes ont été faits prisonniers par deux cents républicains», le reste se rembarque, et une tranquilité relative renaît, coupée d'incidents : un navire anglais déguisé en hollandais approche la nuit et enlève la corvette des prlotes ; la corvette est renvoyée et cet attentat contre le droit des gens n’a pas d’autre suite, mais il il s’en produit un autre : la râfle des pêcheurs français de Dieppe, Boulogne, Calais et Dunkerque. En 1799, on s'inquiète des énormes préparatifs en cours à Deal et Portsmouth : l’orage va fondre sur la Hollande (1).
En prévision d’une attaque toujours possible (on parle de quarante à cinquante bâtiments chargés de pierres que les Anglais lanceraient contre Dunkerque ou Walcheren), la Malicieuse (18 canons de 24), la Foudroyÿante (18 canons de 24), la Torche (18 canons de 18), deux bricks, un lougre et une canonnière gardent la rade; le Fanfaron surveille les pêcheurs. Le 30 août, une division de sept navires ennemis, dont quatre frégates de quarante à quarante-quatre canons, paraît hors de portée du canon des batteries. Au soir, l’une des frégates s’échoue ; elle jette son artillerie à la mer, et se renfloue, Le lendemain, les Anglais ont disparu. En octobre, quinze navires de guerre reviennent croiser devant Dunkerque, toujours hors de portée; seule, une corvette essuie la. volée de la Torche.
(1) Arch. Dép. du Nord, L 2.077, 2.110, 21. — Arch. Com. Dunk., 828. Arch. Mar. Dunk. Correspondance de l'an VI. — feuille d'annonces, août 1797, février 1798,
En avril 1800, Castagnier commande la division devant Dunkerque (1): la Poursuivante (24 canons de 24, 10 de 8, 303 hommes d’équipage), capitaine Oreille ; la Désirée (24 canons de 24, 10 de 8, 4 caronades de 36, 265 hommes d’équipage), capitaine Lefebvre- Plancy ; l’Incorruptible (24 canons de 24, 10 de 8, 271 hommes d’équipage), capitaine Leduc; la Car: magnole (28 canons de 18, 8 de 12, 307 hommes d'équipage), capitaine Hubert; le brick la Rosine (12 canons de 4), capitaine Georges ; les canonnières République et Joncker Lewis (chacune 4 canons de 24, 0 4 canons de 8), capitaines Guéroult et Collens. Il reçoit l’ordre de rallier Flessingue, mais est bloqué par une division anglaise de deux frégates, l’Andromeda (40 ca-« nons), la Némésis (34 canons) une corvette, le Dart (30 canons), les bricks Biter et Boxer (14 canons), les # cotres Kent (14 canons) et Ann (13 canons), une bombarde, onze canonnières, et des brûlots. | ‘4
La nuit du 7 juillet, Castamiios est malade à terre. » : Voyant l’ennemi mouillé depuis la veille dans la grande rade, 1l a prévu une attaque, et demandé deux canonnières au commissaire principal David, qui n'a pu les lui fournir. Vers minuit, les gens de la Rosine distinguent des voiles qui entrent en rade. Ils leshèlent :« elles répondent en hollandais venir de Bordeaux. Comme elles n’obéissent pas à la sommation d’avoir à mouiller leur ancre, la Rosine, pour donner l'éveil, üure deux coups de fusil, puis un coup de canon. Le“ Joncker-Lewis hèle à son tour les arrivants, et leur tire un coup de pierrier. En l’absence de Castagnier, Oreille signale à la division de parer au combat,
(1) Sa cornette sur la Poursuivante qui, avec la Désiré en de sortir à
des chantiers de Dunkerque.
mais déjà une frégate ennemie est par son travers, suivie de deux bricks. Deux brûlots s’allument, puis deux autres, dirigés par des péniches armées, et appuyés par des cutters et des lougres. Ils veulent profiter du courant, à ce moment en pleine force, qui les porte sur les frégates françaises. À la Poursuivante et à la Carmagnole, le Dart, le Biter et le Boxer, entrés par la passe de l’Est, ont répondu en flamand qu'ils vont à Ostende. Pour éviter les brüûlots, les trois premières frégates coupent leurs câbles, et tirent sur le Dard, le Biter et le Boxer, que l’Incorruptible éloigne en leur envoyant une dizaine de coups de canon. Les batteries du Risban et du fort Blanc grondent à leur tour. Lhermite, chef des mouvements du port, et le commissaire David, rangent en bataille sur l’estran les troupes de la Marine, prêtes à repousser un débarquement éventuel. Plusieurs embarcations parties des frégates accrochent courageusement les brûlots, et les font échouer à la côte qu'ils 1lluminent le reste de la nuit. Castagnier n’a pu rejoindre son bord que trois quarts d’heure après.
Chassé par le feu de l’Incorruptible, le Dart revient au vent sur la Désirée et l’accroche, engageant son beaupré sur l’avant de la misaine de la frégate. La corvette anglaise et une péniche lui jettent alors quatre cents hommes, parmi lesquels des Marseillais et des Toulonnais, ivres de rhum et furieux au, point que tout à l’heure ils s’entre-tueront. La Désirée est complètement surprise. Son capitaine donne trop tard le signal du branle-bas, qu’on ne pourra pas exécuter. Pas de fusils prêts, ni de menues armes, et l’équipage dort dans l’entrepont. Cinq hommes, sur le gaillard d’arrière, s'opposent aux premiers assaillants, Le
maître d'équipage tue le premier oflicier qui se présente : 1l est littéralement haché, et perd les deux bras. Le lieutenant de quart, Langlois, se précipite dans la batterie pour donner l’alarme. Le capitaine Lefebvre-Plancy a complètement perdu la tête. Il refuse de faire couper le câble, et répète : « Que faire! Que faire ! » sans prendre de disons Enfin la’cloche sonne et donne l’alarme. Chacun s’arme de ce qui lui tombe sous la main. Un matelot dieppois tue un Anglais avec son couteau de poche. Un officier se défend avec un fanal. Les enseignes Michel et Démillères sont tués sur le gaillard d’arrière et dans la batterie, le lieutenant Langlois également. Seul de tous les officiers, le lieutenant d’artillerie de marine Bousquet, chef d’un détachement de cinquante hommes, s’en tire avec cinq blessures. Les assaillants massacrent trente hommes et en blessent pgrièvement vingt-huit à peu près sans défense. Le capitaine Lefebvre-Plancy, une balle dans la poitrine, frappé de sept coups de lance, de sabre et de Stylet, meurt dans le bateau parlementaire qui transporte les blessés à terre, pendant que les Anglais appareïllent vivement, et gagnent le large en enlevant la Désirée.
Le Premier Consul fait ouvrir une instruction contre Lhermite, David et Castagnier, qui sont arrêtés et conduits à Paris. Il ordonne de ne pas mettre en jugemenñt les deux premiers, que leurs explications justifient suflisamment. Castagnier attend à Sainte- Pélagie le jugement qui, d’ailleurs, lui sera favorable : les vrais coupables sont morts (1).
(1) Au moment de l'attaque, l'effectif de la division comptait 1.254 hommes, dont 108 malades. — Rapport de Le Coat de Saint-I1aouen au jury militaire maritime; Rapport de Hubert, capitaine de frégate, com;
À partir de 1801, Boulogne est le centre vers lequel tous les mouvements maritimes convergent. (1) De Dunkerque partent les divisions de la Flottille qui s’y sont formées ou qui y ont relâché. Le 29 thermidor, an IX, le capitaine de vaisseau Meyne emmène 35 canonnières, qui passent entre la côte et la division anglaise stationnée à une lieue de Gravelines, et atteignent heureusement Calais (2). La paix d'Amiens n’est qu'une courte trêve (25 mars 1802 - 16 mai 1803) et les préparatifs sont repris avec activité. Les chanüers de Dunkerque contruisent quatre vingt-six bâtiments, et on én achète soixante ‘et un pour servir de transports. Après une nouvelle visite du Premier Consul (2 juillet), le capitaine de vaisseau Le Coat de Saint-Haouen sort avec vingt-sept bateaux plats, une canonmière et une péniche (14 septembre), relâche à Calais, en repart, livre un combat assez vif à trois bricks, deux bombardes et deux cotres, et mouille avant la nuit devant Boulogne. D’autres divisions suivent en octobre et novembre 1803, en février 1804. Du 2 au 12 mars, le contre-amiral Verhuell arrive
mandant la Carmagnole; Interrogatoires des aspirants Rouzé, Perrée, Ch.-Ant. Bulle, Louis-Ed. Darras, J.-D. Butel, du lieutenant Lambert- Bousquet, du chef de timonerie Joseph Paon. — Arch. Nat., Marine, BB 142. — Rapport officiel de l’interrogatoire qu'on a fait subir par ordre du gouvernement au citoyen David…., dans Bullet. Union Faulconnier, 1899, IT, 101. — Publiciste du 4 thermidor an VIII, lettres de Dunkerque des 19 et 26 messidor. — Mancel, L'Arsenal de la Marine.…., p- 322.
(1) Au mois d'août, on compte à Boulogne 20 corsaires, à Calais 9, à Dunkerque 10 qui sont : la Bellone, 90 hommes, 16 canons ;le Voltigeur, 70 hommes, 14 canons ; la Victoire, 60 hommes, 14 canons ; le Dunkerque, 90 hommes, 16 canons ; l'Espoir, 90 hommes, 16 canons ; la Mouche, 60 hommes, 14 canons ; la Société, 60 hommes, 14 canons ; le Lion, 45 hommes 10 canons ; deux sans nom de 45 hommes et 10 canons. — Arch. Nat. Marine, BB 153 f. 147.
(2) Lettre du contre-amiral Nielly, préfet maritime du 1®% arrondissement, au Journal de Dunkerque, pour réfuter les journaux anglais, citée par Mancel, L’Arsenal de la Marine…., p. 329.
avec quatre divisions de la flottlle batave : 1l à dûs se frayer un chemin à coups de canon depuis Blanckenberghe jusqu’à Ostende. Il revient avec une « cinquième division en mai, et sa défense contre les croiseurs anglais lui vaut la promotion au grade de vice-amiral,
Après la proclamation de l’Empire, nouveaux départs pour Boulogne en juillet et septembre 1804 sous le contre-amiral Magon, en mars et avril 1805; trois nouvelles divisions bataves sont arrivées en septembre 1804. En juillet 1805, cent quarante bâtiments hollandais partent de Dunkerque, où il en reste encore cent-cinquante-sept qui se mettent en route le 30 juillet et le 20 août.
Napoléon ayant renoncé au grand projet contre. l'Angleterre, ces immenses préparatifs, laissés à l’abandon, se dissolvent lentement. Pour affamer sa. rivale, l’empereur imagine le blocus continental. Crai« gnant que les smoggleurs ne pratiquent la contre bande et l’espionnage en France, il les soumet à une « surveillance plus étroite, et pendant un temps leur fixe Gravelines pour port d'attache (1). En 1811, cinq péniches et un brick tiennent constamment la mer pour empêcher leur navigation (2). Des navires
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(1) Décret de Saint-Cloud, 15 juin 1810 : les smoggleurs sont admis à Dunkerque. Ils sortiront avec des eaux-de-vie de France et des marchandises de l’Empire, et moins du triple en eau-de-vie où genièvre de Hollande. Ils paieront un droit de 3 francs par ancre (environ 40 litres) à là sortie. Ils doivent faire leur retour uniquement au port de départ, sans chargement. Le total du prix de leurs exportations sera rapporté en lingots d’or, guinées, piastres ou traites. Un emplacement leur est réservé.
‘état de leurs équipages sera vérifié. Ils remettront leurs lettres et paquets au commissaire de police, qui fera suivre lès gazettes anglaises à L. Paris. Ils ne prendront de passagers qu’autorisés par le ministre de la po lice. Le genièvre de Hollande sera tenu en entrepôt réel à Dunkerque.
(2) Arch. Nat., Marine, BB* 385, f. 86.
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de police surveillent la côte : rien ne doit laisser soupconner leur mission n1 leur emploi aux corsaires, auxquels on communique leurs signaux et la défense de les visiter.
Devant la nécessité de se relâcher de la sévérité du blocus, et pour éviter la contrebande, l’empereur crée le système des bâtiments à licences, autorisés à trafiquer avec l’ennemi sous les conditions les plus strictes. Malgré tout, malgré cette sorte de soupape comme malgré les mesures répressives, combien de fissures au blocus ! L'attribution au dénonciateur du tiers du produit brut de la vente des navires désignés, à leur arrivée en un port de France, comme venant d'Angleterre ou des colonies anglaises (décret du
11 janvier 1808), est également sans portée. Il serait
vain de s’illusionner : tous ces caboteurs qui rentrent après des absences plus ou moins longues, provoquées par les vents contraires et la variété infinie des accidents de mer, sont simplement allés en Angleterre porter des correspondances ou des marchandises de contrebande, et en rapportent (1),
L'ensemble des conditions de fait est au moins aussi défavorable à la course que les nouvelles conditions
(1) Arch. Dép. du Nord, S 7061, Réal au préfet du Nord. — Greffe du Trib. de commerce, Copies de lettres, 2 f. 70 ; Ordres du préfet du 1°7 arrondissement maritime. — Arch. Com. Dunk.,, 828, — Arch. de famille communiquées par M, Ad. Torris, — Mancel, L’Arsenal de la Marine.., p. 327 et seq.
juridiques et administratives. Si l’on compte cinquante armements de février à juin 1793, l’embargo arrête ce mouvement jusqu'en fructidor an LIL où cinq corsaires prennent la mer. Viennent ensuite dix-«… neuf armements pour l’an [V, vingt-sept pour lan V, quarante-trois pour l’an VI, vingt-quatre pour lan VI, huit pour lan VIII, dix-sept pour Pan IX: La paix d'Amiens les suspend durant un an. A la reprise des hostilités, presque tous les capitaines et les équipages des. corsaires sont employés sur les bâtiments de la Flotulle (1); un seul corsaire est armé en l'an XI, deux-en l’an XIT, trois en 1806. Le chiffre remonte à neuf en 1807, de à trois en 1808; il est de huit en 1809, quinze en 1810, sept en 1811, cinq “1 1812, un en 1813 et un en 1814. 7
Le total des armements est de 233 pour vingt ans de guerre : pour les cinq années de la guerre d’ Amé- | rique, 1l montait à 160. La différence s’accroît si lon considère le tonnage : il n’est plus question de frégates de 250 à 500 tonneaux qui courent les mers en escadres volantes ; rares sont désormais les bâtiments de plus de 100 tonneaux ; la majorité ne comprend que des petits lougres de 20 à 50 tonneaux. De 1790 à 1816, 143 capitaines ont commandé des corsaires armés à Dunkerque ; 96 autres sont verius en relâche fréquente, ou ont commandé des corsaires armés à Hambourp, Dantzig, Bergen, Stralsund, Ostende.
(1) Parmi les corsaires en service sur les baton de la République, citons Larmet, Correnwinder, Pierre et Dominique Morel, Joseph-Pierre Allemès, léutenants de vaisseau, Defraye, enseigne, et en 1802 Jean Moultson (49 ans), chef de division ; Pierre-Louis Lhermite (39 ans), François Meynne (40 ans), capitaines de vaisseau; Guillaume Ripner (44 ans) et. Jacques Villeneuve (27 ans), capitaines de frégate; Francois Beens (39 ans), Charles Lemoyne (56 ans), lieutenants de vaisseau; Jacques
Lemoyne (55 ans), capitaine de port; Charles Willaert (41 ans), officier de marine; Pierre Blanckeman (28 ans), capitaine.
La décadence de la course à Dunkerque est flagrante, et son centre d'activité s’est déplacé à Boulogne (1).
Les bénéfices s’en ressentent. Nous n’avons pas de chiffres d'ensemble, Un état arrêté au 1 août 1793 par Toustain donne comme chiffres de prises 2.792.912 livres pour Dunkerque, 760.000 pour Calais, 424.165 pour Boulogne. À cette date, l’ennemi a capturé dix-neuf corsaires : Louis Tack, J.-B. Neuts, Keasbery, Jean Mollegaert, Philippe Éverard, Th. Cribens, Th. Boïlan, Fernand Marten, Le Clere, Jean Scorsserie, Jacques Neveu, Pierre Claissen, Jean Banker, Ch. Gontier, J.-B. Defraye, François Robert, J.-B. Oreille, Ch. Baclin, Jean Galiot. Leurs bâtiments Jaugeaient de dix à cent tonneaux. Un état du 23 thermidor an III au dernier fructidor an V, indique trente-huit corsaires comme avant produit 2.842.700 livres ; quatre furent perdus, et vingt et un enlevés par l’ennemi. Cette énorme proportion prouve l’aléa de la course, en présence de l’écrasante supériorité des forces navales anglaises (2). En l’an VII, les corsaires ne fréquentent même plus les ports de Norvège, et les flottes anglaises de la Baltique, à peine convoyées, naviguent en pleine sécurité.
Il ne faut toutefois pas perdre de vue que beaucoup de corsaires de Boulogne, Calais et Saint-Valery (3), prennent le port de Dunkerque pour base de leurs
(1) Henri Malo, Les Corsaires, Paris, 1908, in-8.
(2) Cependant Norman compte qu’il fallut en moyenne 10 corsaires anglais pour prendre un corsaire francais ; The Corsairs of France, p. 451 (de 1793-1815). Il établit que les corsaires français prirent aux Anglais 10.871 navires marchands, p. 453.
(3) Ballidar conduit une prise à Dunkerque en 1809. — Arch. Nat., Marine, FF? 95,
croisières au Nord, que la plupart des capitaines acceptent des commandements dans l’un ou l’autre
de ces quatre ports, de même que les intérêts des ar-
mateurs s’y entremêlent étroitement. Ceux de Dunkerque suivent au Nord le mouvement en avant des armées françaises : ils arment la plupart des corsaires où sont engagés les gros négociants d’Ostende, d’ Amsterdam, de Flessingue, de Dordrecht, de Do Li même de Stralsund, de Bergen, de Hambourg et de Dantzig. À ce moment, d’autres armateurs français armaient encore en course à Ancône et à Naples (1). Ceux du Nord conduisent leurs prises à Rostockt, Dantzig, Copenhague, Hambourg, Lubeck, Stralsund, Elseneur, Travemunde, Cuxhaven etc.
Dans les dernières années du premier Empire, la marine anglaise bloque sévèrement les côtés du contnent. Il faut d’infinies précautions, par exemple, pour simplement faire passer deux frégates dé Dunkerque à Flessingue. Une série de petites divisions navales, composées surtout de canonnières, installées sur l’Escaut oriental et l’Escaut occidental, sur la Meuse, le Texel, le Weser, l’Elbe à Cuxhaven, le Jahde, à Stralsund et dans la Baltique, ont la charge, tout en surveillant le blocus continental, de protéger le ca-
botage, de visiter les pêcheurs et les îles. L’ennemi
enlève à l’occasion leurs patrouilles, et la liste des petites actions qu’elles livrent journellement est longue. Les postes des soldats qui garnissent la côte, les douaniers, se contentent de s’emparer des navires échoués
(1) Arch. Nat., Marine, BB4 318 £. 4-89, 335, 855 f. 3, 356 !. 153-173, FF? 99 — Moniteur, XII, n. 94. — A. Lefebvre, Recueil de pièces et de
documents officiels relatifs à la Légion d Honneur, Boulogne, 1909, in-8,