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boulets, elle coule à pic ; 1ls sauvent les dix hommes de l'équipage (1). Aujourd’hui avec l’Élisabeth, leur Mission consiste, en cas de fâcheuse rencontre, à se battre pour protéger la marche du Du Teillay.
Les deux bâtiments lèvent l’ancre de la rade de Belle-Isle le 15 juillet. Le 20, à cimq heures du matin, Durbé découvre huit navires dont l’un force de voiles pour le Joindre : il reconnaît un vaisseau anglais à deux ponts (2). C’est le Lion, capitaine Brett. À midi, Durbé et Dehau se préparent au combat ; les aumôniers donnent l’absolution aux équipages. A une heure et demie, les deux capitaines s’approchent.pour concerter leur action. Voici leur plan : si le combat apparaît inévitable, l'Élisabeth tirera la volée de son artillerie et accrochera l’ennemi de ses grappins; le Du Teillay rangera l’Élisabeth par l’autre bord et lui jettera une cinquantaine d'hommes pour la renforcer. En attendant, Walsh, sur l’ordre du prince, preserit de continuer la route une heure encore.
L’ennemi approche toujours. Dehau cargue ses basses voiles et met en panne. L’anglais en fait autant. Comprenant alors qu'il ne cherche qu’à les retarder pour donner aux autres navires aperçus le matin le temps de rejoindre, les deux capitaines français font servir. Le Lion imite encore une fois leur manœuvre : pour activer sa marche déjà supérieure, et donner plus 4 Arch. Nat., Marine, C7 17 — Arch. Mar. Dunk., Rapports de guerre,
(2) Journal de Claude Durbé, orig. aux arch. du château de Serrant,
* publié dans Une famille royaliste, pp. 21-34. Ce journal détruit les récits
fantaisistes de l'affaire du 20 juillet donnés par La Nicollière-Teijeiro, La Course et les corsaires du port de Nantes, Paris, 1896, in-8, par Vanderest, ist. de Jean Bart, Paris, 1844, in-12, p. 202, et par Mancel, Gaspard Bart et ses descendants, Dunkerque, 1904, Bullet. Union Faulconnier, VI, p. 15. Sur les suites du combat, Mancel donne quelques précisions prises
dans Arch. Nat., Marine, C5 89, 1745 ; voir aussi C4 283 Î. 14,
44 LES DERNIERS CORSAIÏRES
d’aisance à son pont, 1l jette sa chaloupe à la mer et la laisse aller à la dérive. À cinq heures et demie, parvenu en travers et au vent de l’ Élisabeth, il lui tire un ‘coup de canon de sa volée de bâbord. Elle a de nouveau cargué ses basses voiles ainsi que le Du Teillay, et risposte de toute sa volée de tribord. Laissant tomber sa voile de misaine et hissant son grand foc, l’anglais passe par l’avant de l’Élisabeth qui a tardé à exécuter la même manœuvre, et de là lui lâche toute sa volée de bâbord: la déchana horriblement meurtrière, balaie le vaisseau français de l’avant à l’arrière. Placé désormais entre l’Élisabeth et le Du Teillay, le Lion envoie à ce dernier trois coups de sa volée de tribord ; les projectiles passent entre les mâts, mais la ae perce les voiles de la petite frégate prises dont les canons de faible calibre sont hors de portée pour répondre aux pièces de trente-trois de l’ennemi.
Changeant de cap et gouvernant au Sud-Est, l’Éksabeth et le Lion continuent à se canonner baux à baux, sans que Durbé puisse en venir à l’abordage. Le Du Teillay le suit de près, guettant ce moment pour exécuter le mouvement concerté : la supériorité de l’arüllerie du Zion ne lui permet aucune autre manœuvre.
A dix heures du soir, le feu cesse dé part et ne Gravement endommagé, son capitaine dangereusement blessé, le Lion amène son pavillon. Par malheur, l'Élisabeth, désemparée, ses chaloupes et canots brisés, est hors d’état de l’amariner : les Anglais s’en aperçoivent, en profitent pour rehisser leurs voiles, s’enfuir et disparaître dans la nuit. |
Claude Durbé s'approche alors pour parler à Dehau : Pierre Bart lui répond. Dehau, blessé à mort, a suc-
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combé au début de l’action ; un de ses frères, dix âutres officiers, cinquante-sept hommes de l’Élisabeth sont tués, dix-huit officiers et quatre-vingt-dix-neuf hommes blessés. Pierre Bart a pris le commandement. Il réclame instamment du monde pour se regarnir. Son vaisseau à reçu cent cinquante boulets dans la coque, dont douze à la flottaison ; son gourvernail est démonté ; «plus maltraité qu’il ne sçauroit le dire », il ne peut même pas mettre en travers pour attendre le canot qui lui apporterait du renfort. Or, si la frégate le suit, elle risque de tomber dans les vaisseaux anolais. Hors d’état de tenir la mer, l’Élisabeth doit de toute nécessité rallier Brest au plus tôt : une telle relâche détruirait tous les projets de Charles-Édouard, qui ordonne à Durbé de continuer sa route sur l'Écosse.
Les deux navires se séparent en se souhaitant bon
voyage.
Parvenue heureusement au port, radoubée et confiée à Pierre Bart, l'Élisabeth ne désarmera que le 10 mars 1746, après avoir enlevé à l’ennemi huit bâtiments, dont un corsaire de trente canons, le Bristol (1).
(1) Cette course produit 393.279 liv. 17 s. 10 d., mais la liquidation traîne indéfiniment. En 1753, Ruttledge n’a pas encore versé aux hommes les parts de prises qu'il leur doit ; il est condamné à payer 65.000 livres à l'équipage. Il les devait encore en 1759 ;il était alors couvert de dettes, ne faisait plus de commerce depuis longtemps, et s’était réfugié en Champagne. Pierre Bart reprend la mer à Dunkerque le 21 mai 1748 sur la Flore (120 tonneaux, 16 canons de 8, 18 pierriers et 121 hommes). Après trois heures de combat contre un corsaire hollandais, la Bonne-Amitié de La Vere (14 canons de 6,2 de 2,8 pierriers, 69 hommes), capitaine Adrien Vanderkam, il force l'ennemi à amener son pavillon, et le fait amariner par un de ses lieutenants, Derick Bart. Il prend encore un sloop de chanvre et deux navires lèges, avant d'apprendre la suspension d'armes. Armé pour trois mois, il lui faut cesser sa course après douze jours de mer, ayant payé deux mois d’avances à 137 hommes, et 30 livres à ceux qui l'ont aidé à ramener le corsaire hollandais ;et il est encore contraint de relâcher ses deux dernières prises. — Arch. Nat., Marine, B? 896 f. 57, 91 ; B* 46 f. 208. — Arch, Mar. Dunk., cart. 12, 18, 16; Rapports de Guerre,
Pendant ce temps, le prince suit sa destinée. Il touche successivement à plusieurs des Hébrides sans pouvoir prendre terre : (La mesche étoit découverte», dit Durbé, assez adroit pour aborder enfin en un point qui offre toute sécurité, Loch-Nan-Uamh, domaine des Mac-Donald. Il débarque le prince avec des armes et des munitions. Le 18 août, laissant Charles-Édouard avec, pour toute escorte, deux des fidèles qui ont fait la traversée sur le Du Teillay, deux seigneurs de l'endroit, et douze hommes, Walsh et Durbé lui adressent leurs adieux et leurs souhaits de bonne résussite. |
L’extraordinaire aventure de l’héritier des Stuarts vient de commencer.
Durbé contourne l'Écosse, pénètre dans la mer du Nord, fait six rançons valant 2.140 livres sterling, et aborde au Pampus, l’avant-port d'Amsterdam (3 septembre). Walsh débarque, et à toute allure file sur . Paris. ; ’ il
Treize jours plus tard exactement, et cependant que le 9 le maréchal de Nouailles inspectait les ports de Mardyck et de Dunkerque (1), Maurepas envoie des | instructions à Dunkerque en triple exemplaire : pour le commandant de la Marme, François Bart, pour le | commandant militaire, le lieutenant-cénéral comte d’Aunay (2), et pour le commissaire de la Marine, Charron. Il leur ordonne d’expédier vivement en Écosse des armes, des munitions, de l’argent et des hommes, soit sur des corsaires, soit sur des neutres. Tous les jours arrivent des officiers irlandais pressés
(1) Arch. Nat., Marine, B° 499, f. 221.
(2) Jean-Charles de Mesgrigny, comte d’Aunay, lieut.-vénéralen 1744, depuis lors à Dunkerque, à