‹ Les derniers corsaires DunkerqueChapitre 7 sur 58 · PES · texte numérisé non relu

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devant Furnes et Nieuport, se sépare de l’Espérance qui se fera prendre, et paraît le 7 décembre devant Montrose, où lord Drummond désire débarquer. Un sloop ennemi de seize canons qui vient de brûler et de couler nombre de petits bâtiments écossais, amène sous le canon de la renommée, et le débarquement a heu sans opposition. Il est terminé, quand surgit le Neswcastle (50 canons,) monté par Byng. Debout dans le chenal de Montrose, Rosmadec ne peut riposter que de ses deux canons de chasse ; par chance, Byng pense périr sur un banc, et donne la partie. Par la faute des courants, et aussi des pilotes, la Fine s’échoue le 11 décembre ; dans l'impossibilité de la remettre à flots, Rosmadec passe sur le senau pris par la Renommée : | les habitants de Montrose ont montré peu d’empressement à lui porter secours.

Pendant que Byng surveillait ce point, les autres

navires partis deux à deux après le premier convoi

débarquent tranquillement leur monde à Stonehire et à Peterhead. Lord. Gordon, frère du due, s’avance avec deux mille montagnards pour faciliter l’opération. Le départ de l’Émeraude ayant été ajourné, on n’expédie pas cette fois le régiment de cavalerie de Fitz-James qu’elle devait passer (1).

Leur nussion remplie, les navires de cet armement rendent le bord, sauf l’Espérance et la Fine, l’une, on l’a vu, prise par l’ennemi, l’autre perdue sur un

banc (2).

(1) Le 2 décembre, en rade, Saint-Allouarn arme une corvette pêcheuse sous l'enseigne Norbert Fautrel, qui enlève au passage une frégate anglaise de sucre, coton, cacao, dont le dixième rapporte 17.388 Liv. 11 s. 8d. — Lh. Nat. Mine C4 283 f. 34; F° 66.

(2) Jbid., Le 429; Journal du s. Rosmadec, ey-devant commandant la frégate la Fine, B° 57 £. 164, 581. 45, — Arch. Mar. Dunk., cart. 9. -— Lettres de Marville, 1, 204, 211.

20 LES DERNIERS CORSAIÏRES

Le gouvernement français semble décidé à un sérieux effort. Il concentre trente mille hommes entre. Dunkerque et Boulogne sous le duc de Richelieu et le comte de Lowendal. On recense les bâtiments dans les ports, de Blanckenberghe à Saint-Valéry-sur- Somme, et on les retient presque en totalité, grands et petits, pour le service du roi. On en tire une centaine des ports de Normandie, tous dirigés sur Boulogne où en compte plus de cent cinquante au 17 janvier 1746. Ostende en renfermait soixante-trois qui, avec ceux de Blanckenberghe, Nieuport et Dunkerque, se réunissent à Calais. Un conseil tenu à Dunkerque le 4décembre 1745 par le comte d’Aunay, François Bart, Lally, Walsh et Charron, a fixé les points de départ de l’expédition à Boulogne et à Calais. Presque tous les capitaines sont enrôlés. Richelieu quitte Paris pour Dunkerque le 24 décembre, et lord Clare le 26 (1).

Le plan adopté paraît bien celui de Walsh. Cest. lui que le roi.-désigne pour diriger les préparatifs maritimes : choix et rassemblement des bâtiments de transport, embarquement des troupes, des armes, des munitions, des vivres. Il retient les corsaires qui assureront la traversée, et François Bart (2) leur enjoint de lui obéir. Charron a l’ordre d’agir © en concert

(1) La dépense de la Marine monte pour le fret des navires à 500.000 livres par mois. Un million est déjà dépensé au 1° février, dont 400.000 livres à Dunkerque. Les contrats de fret et les marchés, pour les fournitures de toutes sortes, vivres, médicaments, agrès, apparaux, ec. se trouvent dans : Arch. Nat., Marine, B* 58 f. 43 et seq. : |

(2) Ise plaint que Walsh et Ruttledge ne gardent pas le secret à l'égard de leurs commis. — Jbid., B° 440 f. 334. Au même moment, Maurepas . écrivait à l’archevêque de Bourges (27 décembre 1745) : « Je n'ai jusqu'aujourd'hui aucune nouvelle qui fasse penser que les Anglais se préparent à s'opposer à cette descente, soit par mer ou par terre, ce qui est assez étonnant, car il y a longtemps qu’on parle 101, très haut, de cette entreprise ». L’étonnement de Maurepas ne devait pas durer. Lettres de Marville, II, 211. her

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ee D. |

étroit » avec lui. Après qu'il a supputé sur place les ressources de Dieppe, Boulogne et Calais, il est arrivé à Dunkerque le 3 décembre. Le roi compte que la Marine sera prête dans les derniers Jours de 1745 (1). Les hésitations de la cour, l’incohérence et l’incertitude de la direction, le peu de concert et la lenteur des préparatifs vont faire manquer l’expédition, et la plus belle occasion peut-être que la France ait eue au cours de ce siècle d’opérer une descente en Angleterre. Supposé les mesures convenablement prises, et en temps utile, les troupes passaient le Détroit à la fin de 1745 et au début de 1746, alors que l’amiral Vernon était, contraint à l’immobilité aux Dunes, non par ses sentiments jJacobites comme l’imaginait le comte d’Aunay, mais plus effectivement par des vénts contraires. Loin de là ! Le 14 janvier 1746, d’Argenson et Richelieu, qui ne demande qu’à décamper et qui, comme précédemment à Boulogne, prétend que l’air de la

mer ne vaut rien à sa santé (2), en sont encore à exa-

miner s'il convient d'effectuer la descente en Cor-

(3) Guerre, Arch. hist., 8145, 8146, 8152, 3153, 3154, 3155. — Arch. Nat., Marine, B° 826, 828, 329; B° 429, 440, 451; B4 58.— Arch. Mar. Dunk., cart. 9, 10. — Une Famille royaliste, pp. 34-46. — Abbé G. Rafin, Pierre Anguier, dans Bullet. Union Faulconnier, 1905, pp. 80-95. — Lacour-Gayet, La Marine militaire sous Louis XV, p. 169. — Dans les cotes citées de la Marine, on trouve les Observations sur l'Estat remis le 11 novembre 1745 de ce qui est à embarquer pour l'Angleterre, du 15 novembre 1745, l'Ordre du Roy remis à M. Wailsh, et le Mémoire du Roy pour servir d’instruction au sieur Wailsh, du 16 novembre.

(2) Paul d’Estrées, Le Maréchal de Richelieu, Paris, 1917, in-8, p. 217. — Le public le chansonnait :

Ce pilote ignore les vents De l'Angleterre ;

Il ne sait qu'embarquer les gens Pour l’île de Cythère.

Lettres de Marville, II, 248-250,

nouailles en partant de Brest, ou en Essex en partant d’Ostende et de Dunkerque, à moins de continuer les armements dans ces deux derniers ports pour masquer

le départ par Calais et Boulogne. Et huit jours aupa-

ravant Maurepas faisait tenir prêts deux bons courriers

à Dunkerque, Calais et Boulogne, pour lui porter la première nouvelle du débarquement en Angleterre !

Départs de navires, concentration, embarquements

de troupes se font sans ordre, par paquets, sous la menace immédiate des vaisseaux anglais qui gardent étroitement la côte, et attaquent tout ce qui passe d’un port à un autre. Les navires assemblés à Dun-

kerque et à Ostende ne seront prêts que le 30 jan-

vier.

En attendant, soit seul, soit en compagnie de deux corsaires, l’enseigne Guichen croise audacieusement sur un corsaire. Poursuivi par trois vaisseaux de soixante à soixante-dix canons, 1l se réfugie sous les forts de Boulogne ; la marée basse lui interdit l’entrée du port ; il résiste deux heures à la canonnade de l’en-

nemi, jusqu'à ce que le flot lui permette d’entrer. Le

1% janvier 1746, il est promu lieutenant de vaisseau. Le 29 décembre, trois transports quittent Calais : deux se font prendre en vue de terre, lé troisième saute. Audibert, sur le corsaire la Duchesse-de-Penthièvre, mouillé en rade, se laisse aborder au lieu de couper ses câbles, et emmener prisonnier en Anpgleterre. Les 30 et 31, d’autres bâtiments ‘sortent de Calais à destination de Boulogne, escortés par l'Émeraude et la Palme, et les corsaires le Comte-de- Maurepas (180 tonneaux, 16 canons, 12 pierriers, 140 hommes) et le Comte-de-Lowendal (300 tonneaux,

20 canons, 18 pierriers, 200 hommes), capitaines

MAS ee

Simon Bachelier et Pierre Lefebvre, dit Juin (1);

l'Aventurier, capitaine Pierre Anguier, est du nombre. Attaqué par deux vaisseaux anglais, ce convoi ne peut passer, et fait demi-tour après une canonnade poussée jusqu’à hauteur de Mardyck. Le 30 décembre encore, cinquante petits bâtiments quittent Dunkerque pour Calais : deux corsaires anglais de seize et dix canons donnent dedans ; une trentaine échappe, arrive à bon port, et le reste s’échoue à la côte du Waldam. On embarque d’autres troupes à Dunkerque le 8 janvier, sans plus de résultat.

À son retour d'Écosse, Rosmadec communique à Charron la nouvelle des succès inouïs remportés par les Jacobites : deux courriers la portent à toute bride à Maurepas, le premier informé à la Cour, la nuit du 12 au 13 février. C’est le moment précis où Richelieu déclare décidément insurmontables les obstacles opposés par les Anglais à son passage, quitte la partie, et envoie ses troupes renforcer le maréchal de Saxe. En réponse à ses courriers, Charron reçoit l’ordre de « diminuer peu à peu sans affectation » les armements et la dépense, et d’expédier successivement et par détachements des troupes en Écosse, € quand il se présentera des circonstances favorables ». Il tiendra un détachement toujours prêt à parür. Cet ordre signe abandon définitif de la grande entreprise. Les croiseurs anglais continuent à surveiller le Pas-de-Calais, et les forces disposées le long de la côte de Kent demeurent larme au pied.

Un premier détachement quitte Ostende le 19 fé-

(1) Ces deux corsaires appartiennent à Jacques Coppens, qui les affrète au roi pour le prix élevé de 55.000 livres par mois.

vrier à onze heures du soir : quatre navires portant.

les quatre escadrons du régiment de Fitz-James: le 24, deux reviennent qui n’ont pu passer; un troisième tombe aux mains des croiseurs ennemis ; seul, le Prince-de-Nassau, du capitaine Van Maestrecht, atteint heureusement Aberdeen.

Des vents contraires immobilisent à Üsiéide un

détachement de même force, chargé du régiment de Rooth, et deux détachements à Dunkerque, l’un de quatre navires que doit escorter l'Emeraude, l’autre ‘de trois sous convoi du Comte-de-Lowendal. Ce dernierne partira pas, non plus que le transport le S.-Prerre, du capitaine Jacques Bauwens (1). Le 1€? mars, cmq

transports mettent à la voile : la S.- Thérèse, capitaine

Michel Cosyn, la Confiance, l'Aventurier, capitaine Pierre Anguier, le Comte-de-Maurepas, capitaine Simon Bachelier, le Neptune, capitaine Gérard Morel ; ils portent six cent cinquante hommes des régiments de Clare et de Berwick, et un corps de volontaires. L’Émeraude, commandant de Saint-Allouarn (2), les escorte, ayant à bord les maréchaux-de-camp marquis de Fi-

marcon et duc de Fitz-James. Lord Melford. ‘a pris

passage sur le Neptune.

La traversée devient de plus en plus difficile. Une

escadre anglaise surveille le Pas-de-Calais et la côte

flamande ; une autre, forte d’une quinzaine de vais-

seaux, sans compter les frégates, senaus et sloops, forme une chaîne de la côte de Hollande à l’entrée de la Famise; Byng, puis Smith, gardent la côte orientale

(1) Ses instructions aux Arch. de l'Hôpital de Dunkerque, cart. 67, 29, publ. par L. Lemaire, Dunkerque etles Jacobites sous Louis XV, Dunkerque, 1911;-brochi ins: Elles sont conformes à celles envoyées par d’Argenson ou données par le Marquis de Fimarcon.

(2) Commandant en second, de La Monneray ; enseigne, de Montcalm.

de l'Écosse, et détachent leurs frégates au Nord et sur la côte Ouest. Le convoi de l’Emeraude appareille la nuit par une brume épaisse, au cours de laquelle l'Aventurter et le Neptune perdent le contact. Le 7 mars, Saint-Allouarn retrouve Gérard Morel devant Aberdeen. Il détache deux officiers dans un canot pour prendre langue à la côte : un homme avec un fusil, accompagné d’un chien, leur fait signe avec son chapeau de se retirer; comme ils approchent toujours, cet homme leur erie que tout est perdu, que le duc de Cumberland arrivera à Aberdeen le soir même, et que Charles-Édouard a abandonné Inverness. D'un groupe de deux cents paysans rassemblés sur le rivage quelques-uns se détachent, et confirment ces nouvelles. Saint-Allouarn ne peut doubler le Nord de l'Écosse avec les bâtiments qui Paccompagnent ; ils ne marchent pas, et la Confiance démâte de son mât de hune. Deux vaisseaux anglais surviennent et lui donnent chasse. Il tombe dans les eaux de plusieurs autres en vue de Peterhead le surlendemain : le 10, il ent un conseil, qui décide le retour. Le 23, seulement, le convoi rentre à Dunkerque; un tiers

de l'équipage de l’Émeraude est couché par la mala-

die.

Quant au petit bâtiment de Pierre Anguier, lAventurier, il s’est frayé son chemin à travers les lignes anglaises, et débarque ses troupes, armes et munitions, devant Peterhead, le 8 mars; l’opération finissait, quand trois vaisseaux l’attaquent. Anguier use de son unique moyen de salut : il échoue et brûle l’Aventurier. Pendant cinq jours, il erre dans la montagne « avec son équipage et les troupes ». Il rencontre enfin le corps de lord Drummond, qui lenvoie dans la direc-

ton d’Inverness rejoindre le prince. Employé d’abord dans lartllerie, 1l organise ensuité le transport de la petite armée du duc de Perth d’une rive à l’autre du golfe de Dornoch (Sutherland) ; il la fait passer sans encombre, en vue de trois vaisseaux anglais mouillés à l’entrée du golfe. Le marquis d’'Éguille, envoyé de Louis XV auprès de Charles-Édouard, donne alors à Anguier le commandement d’un petit brigantin, le Bien- Trouvé, et le charge de ses dépêches pour la Cour. Il lui eonfie aussi le colonel Warren, aide-de-camp du prince, quatre officiers montagnards, et quarante prisonniers, que les douze hommes

d'équipage devront suflire à contenir. II appareille de

Findorn (Elgin) le 6 avril, arrive à Dunkerque le 17, et remet ses prisonniers au comte d’Aunay. En récompense, 1l reçoit une gratification de 350 livres et une épée d'honneur; sur la garde d’argent, on lisait : (€ Præmium virtutis nauticæ ».

Le 26 mars, un autre corsaire, le Prince-Charles, ancien Hasard débaptisé, avait aussi remis à la voile ; Talbot le commande ; un officier, Brown, y prend passage, avec soixante hommes et 250.000 livres. Le

4 avril, à hauteur de Buchan-Ness, quatre vaisseaux.

de guerre lui donnent chasse. Il se réfugie tout contre la côte, parmi les rochers. Le Sheerness (24 canons de 12 et de 9) le relance jusque là, et, sitôt à portée, commence à le canonner. Les soldats seraient disposés à se battre, mais voyant la plupart des canonniers tués sur leurs pièces, le reste de l’équipage crie :

€ Bas le pavillon ! », et se sauve à fond de cale. Talbot

poursuit ses hommes à grands coups de sabre et les chasse hors de la cale. Dans le navire désemparé,

Peau monte à cinq pieds et demi de hauteur, et le

Sheerness tire toujours. On organise le débarquement tant bien que mal, abandonnant à bord les blessés orièvement. Talbot conduit sa petite troupe en silence, pour donner le change aux gens du Sheerness. À la prémière maison qu’il rencontre, on lui apprend qu’il est tombé en plein pays ennemi. En effet, deux, puis trois partis de gens armés le cernent, et l’obligent à se rendre. On le conduit prisonnier à bord du Sheerness. Il avait perdu dix-sept tués et vingt-quatre blessés.

Le Prince-Charles fait le vingt-neuvième navire, corsaire ou bâtiment de charge, frété pour le compte du roi, et perdu, soit 350.000 livres dues aux propriétaires. Un corsaire portant 100.000 écus au prince est pris par les ennemis. Presque tous nos ports sont masqués. Le duc de Fitz-James (Charles, quatrième fils du maréchal de Berwick) est attaqué le 18 janvier par un vaisseau anglais, et poursuivi jusqu’à l’entrée du port de Dunkerque.

La Cour n’est pas autrement fâchée de l’insuccès du Prétendant, qu’elle considère comme un obstaclé à la paix (1).

La retraite de Sterling décide Maurepas à cesser les envois de troupes (3 mars), et à se contenter d’expédier de l’argent par les corsaires et les smoggleurs. Le lendemain, il change d’avis, et ordonne le départ des navires chargés de troupes, à moins de risques évidents de capture par l’ennemi. Cette évidence apparaît aux yeux même du frère de Charles-Édouard, le due d’York (2), venu à Dunkerque sous le nom de

(1) Lettres de Marville, II, 248-250, III, 111. (2} Henri-Benoît Stuart, duc d’ York, prince d’Albany, second fils du chevalier de Saint- Georges.

comte d’Albany pour s’assurer de la situation (avril). Aucun convoi ne prendra plus la mer, quoique Maurepas attende au 25 -jullet pour:annoncer : «Il n’est plus question de faire passer des troupes en. Écosse ». Dès le 25 avril, il demande au commissaire Charron d’établir la liste des capitaines corsaires qui ont mérité des gratifications et des épées d’honneur. Rte

Préoccupé, comme le duc d’York, de sauver la personne du prince Charles-Édouard réfugié dans les highlands de l'Ouest et coupé de la mer du Nord, 1l décide l’envoi de corsaires pour tâcher de le joindre et de le ramener (1). Il compte d’abord sur le Bourbon et la‘ Charité, capitaines Charles Lemoine et 'Godefroïd Bachelier : les Anglais les enlèvent. Il s’adresse au fidèle Walsh, qui expédie de Nantes le Mars et la Pellone. Il n’y a plus un instant à perdre : sa tête mise à prix, 90.000 livres sterling, le prince erre de oîte en gîte, traqué jusque dans les îles où 1l se cache. Le Mars (36 canons) et la PBellone (32 canons), capitaines Lory et Rouillé, soutiennent un violent combat contre trois senaus qu'ils mettent en fuite, et se présentent en piteux état à Kilmore (10 mai) où ils compaient trouver le prince. Menacé, Charles-Édouard a fui depuis cinq jours ; une barque écossaise l’a emmené de la côte de Lochabar vers l’une des Hébrides ou des Orcades, les corsaires ne peuvent le savoir au juste. Ils s’en retournent après avoir débarqué les secours . qu’ils apportaient.

À Dunkerque, François Bart choisit des capitaines éprouvés, des corsaires petits et rapides. Muni de ses

(1) Lettres de Marville, TITI, 29,

instructions, le Lévrier- Volant (30 tonneaux, 4 canons, G pierriers, 19 hommes), capitaine François Dumay, appareille le 8 juin en compagnie d’un petit bâtiment écossais. Rencontrant un brigantin en route pour Leith, Dumay en prend le maître pour lui servir de pilote. Ilaborde à Loch-Nan-Uamh (22 jum). Un officier du régiment de Clare, son passager, se déguise en matelot, descend à terre et va aux nouvelles ; des dames qu’il rencontre, et qu'il connaît, Iui en donnent de peu satisfaisantes : la région est couverte de troupes anglaises. Plusieurs frégates chassent le Lévrier- Volant même à travers les passages des îles. Après de multiples aventures, 1l doit renoncer à remplir sa mission, et rend le bord à Morlaix (11 juillet).

Pierre Anguier reprend la mer le 11 juin sur le Bien- Trouvé, avec une compagnie des Cadets de la Marine. Il a ordre de ne pas rentrer sans ramener le prince, ou tout au moins un ordre écrit de sa main. Il débarque sa compagnie au nord de l'Écosse; après avoir convenu d’un rendez-vous, les cadets battent le pays, en quête du prince, sur lequel ils publient de faux renseignements pour le sauver, Entre temps, Anguier croise d’île en île, aux aguets et aux écoutes. Pendant quinze Jours, 1l échappe aux recherches des Anglais qui fouillent le moindre canot naviguant dans ces parages. À la fin, une frégate, le Glascow (20 canons), capitaine Lloyd, et le senau le Tryal, de seize canons, l’acculent parmi les roches, et le prennent. A lui et à ses compagnons le capitaine Lloyd inflige de durs traitements. Échangé en novembre, Anguier, admis à l’honneur de baiser la main du prince, aura celui d’une présentation à

Maurepas, qui lui accordera 1.000 livres de gratifi- « cation (1). |

Le soir du 29 juin, Jean-François Cheyné part d’Ostende avec le Comte-de-Maurepas (130 tonneaux, 12 canons, 10 pierriers, 104 hommes). Il reviendra à la fin d'août sans avoir Joint le fugitif.

Mais de tous ces capitaines, «le plus propre à être employé, tant pour son zèle que par la connoissance qu'il a de la coste et par son intelligence », est Mathieu Dumont. Tous les personnages qui lwi sont confiés témoignent de sa (€ prudence, sa fermeté, et sa capacité en mer ». Au mois de Janvier, le maréchal de Richelieu l’a désigné pour conduire en Angleterre Cun homme qu’il est très important pour le service du Roy d'y passer ». En avril, on le met à la disposition du duc d’York pour porter des dépêches en Ecosse. Il monte un petit cotre, le Hardi-Mendiant (55 canons, 4 canons de 3, 10 pierriers, 30 hommes), armé par

‘Ruttledge ; en mai, 1l transporte 1.000 guinées que

lui a remises Ruttledge, «chargé des affaires du Prince à Dunkerque ». Il essaie sans succès d’aborder la côte Est, contourne l'Écosse par le Nord, et atterrit à la côte Ouest sur un domaine de lord Cromarty. Il: trouve là des gens qui ont assisté à la débâcle de Culloden, et qui l’engagent à s’en retourner, s’il ne veut être massacré avec tout son monde. Îl s’en revient

(1) Relalion circonstanciée d'un voyage en Ecosse par la compagnie des Cadets volontaires de la Marine de France, partys du port de Dunkerque le 11 juin 1746 sur le brigantin du Roy le Bien-Trouvé, commandé par le capitaine Pierre Anguier, par le sieur Dupont P.-d., officier dans ladite compagnie ; dédié à M. Bart, chef d’escadre des armées navales, commandant la Marine à Dunkerque; écrit par l’auteur durant sa captivité à bord de la frégate anglaise le Glascow, Bibl. de l’Arsenal, ms. 2164, publ. dans Revue Rétrospective, 1887, pp. 241-272. — Abbé G. Rafin, Pierre Anguier, dans Bullet. Union Faulconnier, VIII, 1905, pp. 71-95.

par la mer du Nord. Poursuivi par trois vaisseaux anglais en vue des côtes de France, 1l prend chasse, et s’échoue à la côte de Blanckenberghe. Les officiers qu'il avait à bord «se louent au-delà de toute expression » de son habileté, qui leur évita d’être pris (31 mai). Le 29 juin, le marqus de Fimarcon, par ordre du duc d’York, l’expédie à nouveau à la recherche de Charles-Édouard ; il emmène le capitaine Mac-Mahon, réformé du régiment de Bulkeley, le lieutenant Fitz- Gérald, du régiment de Clare, et un volontaire de Lancyse, nommé Cohade, un des grands blessés du combat de l’Élisabeth, fait ensuite prisonnier sur l’ Auguste. Dumont appareille la nuit du 29 au 30, et aborde le 8 juillet aux îles de Logh Brinne. Le ministre du heu lui déclare qu'il a reçu l’ordre d’arrêter tous les bâtiments du parti du prince. Dumont assure venir de ‘île de Man, avec un chargement de vin et d’eau-devie pour l’escadre anglaise en croisière devant l’île de Bara. Le ministre, satisfait de l’explication, lui octroie deux pilotes pour le guider. Dumont en tient un pour suspect, et, à peine au large, l’envoie à fond de cale. Les colonels O’Sullivan et O’Neil l’attendent au rendez-vous convenu; traqué par un détachement de douze cents hommes, ici encore le prince a disparu depuis trois jours. O’Neil demeure à terre pour l’aviser que Dumont reviendra le chercher le 18, et O’Sullivan s’embarque sur le Hardi-Mendiant. Au jour indiqué, un navire ennemi empêche le corsaire d'approcher, puis le gros temps soufflant de l'Ouest le rejette sur la Norvège (24 juillet). Il conte son odyssée dans une lettre que signent avec lui Mac-Mahon et Fitz-Gérald, et.qu'ils envoient de Bergen. Ils apprennent que treize officiers Jacobites se sont réfugiés dans cette ville,

et que le gouverneur les a enfermés au château, d’où

ils se sont évadés et ont gagné Gôthebors., Libres désormais, ils manquent d'argent et même de vêtements, ayant dû changer ceux sous lesquels ils s’étaient déguisés pour se sauver. Le 24 août, Mathieu Dumont

relâche à Blanckenberghe, et de là gagne Dunkerque, avec O’Sullivan et les autres officiers. Tous affirment .

que Charles-Édouard est en sûreté, mais observent le plus rigoureux secret sur le lieu de sa retraite, même à l’égard des autorités maritimes. Maurepas laisse le Hardi-Mendiant à la disposition du colonel O’Sullivan.

L’écuyer du prince, Sheridan, et le capitaine Lynch

d’une part, son aide-de-camp, le colonel Richard î

Warren et le capitaine O’Brien d’autre part, s’embarquent à leur tour. Pour les sauver en cas de capture, on les a munis de commissions de capitaines des

régiments de Dillon, de Bulkeley, de Berwick et de.

Rooth. Heureusement, Butler avait en armement à Saint-Malo deux corsaires, l’Heureux (24 canons de 8, 10 de 4, 250 hommes) et le Prince-de-Conti (22 canons de 6, 8 de 3, 200 hommes), capitaines Beaulieu- Tréhouard et Dufresne-Marion, « qui sont intelligents et sages ». D’ordre du roi, on réquisitionne le capitaine Dumay, commandant le cotre de Boulogne, le Lévrier- Volant, et cinq de ses hommes, dont un interprète et un pilote côtier qu'il a enlevé à la côte

d’Ecosse, et qui ne cherche qu’à s'évader. Le secret.

est assuré, Les quatre fidèles du prince embarquent au cap Fréhel sans avoir mis le pied à Saint-Malo, et appareillent le 51 août. Ils réussissent enfin à joindre et à sauver le prince. Il était temps. Charles-Édouard, chassé de l’île de Skye, s’est sauvé dans celle de Louist.

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