LES CLIMATS
Mais à peine avais-je passé quelques mois en Angleterre, au milieu d'une agréable société d'amis qui me restaient (si toutefois quelque chose était capable de me plaire encore), que de nouveau le désir des voyages me reprit. Dans ce naufrage de tout sentiment, un seul était resté dans mon âme avec autant de verve et de puissance que jamais : celui de l'amour de la nature. Ce goût puissant devenait le recteur de mes projets pour la dernière période de ma vie terrestre.
De tous les climats d'Europe, l'Angleterre me semble le mieux adapté pour l'activité de l'esprit, et le moins convenable au repos. Ses variations de température, si nombreuses etsirapides, éveillent constamment des sensations nouvelles, et le ciel toujours changeant, de la sécheresse à l'humidité, et de l'azur éthéré aux nuages et aux brouillards, semble tenir le système nerveux constamment agité. Sous le beau ciel de Nice, de Naples ou de Sicile, où, même pendant l'hiver, on peut se reposer au grand air dans le chaud rayonnement du soleil, sous quelque belle tente d'odorant feuillage, sous les palmiers ouïes orangers chargés de leurs fruits embaumés, l'existence est elle-même un agrément. Ainsi les souffrances de la maladie se trouvent souvent oubliées, sous l'influence biea-
faisante de la nature, et Ton est bercé par des sensations douces et harmonieuses au sein d'un repos délicieux, Mais, dans l'atmosphère variable et orageuse d'Albion, la tranquillité est insupportable ; on se sent forcé de se défendre de l'ennui par une occupation constante.
Comme nation, les Anglais sont extrêmement actifs, et nul autre pays ne met autant d'énergie, de fermeté et de persévérance dans la poursuite de quoi que ce soit ; aussi, comme les pouvoirs humains sont limités, il y, a très-peu d'exemples . d'hommes remarquables vivant dans ce pays , jusqu'à la vieillesse. Ordinairement les grands hommes d'Angleterre s'affaiblissent, s'affaissentet meurent, avant l'âge généralement regardé comme marquant 'le terme moyen de la vie ; la vie des différents hommes d'État, des généraux, des littérateurs, des savants et des philosophes, offre le témoignage de cette vérité. Tout ce qui brûle se consume : les cendres seules restent.
En traçant mon itinéraire pour le voyage que je me proposais,j'étais guidé par l'expérience quej'avais déjà faite. Je ne connais pas de pays plus beaux que celui qu'on peut désigner sous le nom de l'Autriche alpestre, c'est-à-dire les Alpes du Tyrol méridional et celles d'Illyrie, les Alpes No-