LES VOYAGES
qu'il était temps de partir pour notre demeure à * Eboli. Je demandai à l'Inconnu de nous accompagner, et de nous faire le plaisir d'accepter une place dans notre voiture. Il s'y refusa, en objectait qu'on lui avait préparé un lit dans le voisinage pour passer la nuit, et que le lendemain il partait pour un voyage scientifique en Calabre, dans l'intention de visiter le théâtre du terrible tremblement de terre de 1783. Je lui présentai ma main, il la serra avec effusion, en me souhaitant •cas heureuse santé et en me disant au revoir.
QUATRIÈME DIALOGUE
QUATRIÈME DIALOGUE
Les climats et le caractère des nations. La nature. — Voyage aux Alpes d'illyrie. Le lac de Traun. La pêche. Salmonia. — Catastrophe. La barque de l'auteur est entraînée dans la cataracte. Sauvetage par I7nconnu. — Visite aux grottes et aux lacs souterrains de la Carniole. Les poissons des cavernes. Le Protée. Les métamorphose». L'organisme. Le principe vitaL L'âme.
L'Inconnu dont on a fait la connaissance à Pœstum m'avait laissé dans l'esprit une puissante et extraordinaire impression. Sa personne, sa mise, ses manières, le timbre de sa voix et ses vues philosophiques restaient toujours devant mon imagination, et ne me quittaient pas, môme en rêve. Il m'arriva souvent de penser que ce n'était pas la première fois que je l'avais vu, et je cherchais, mais inutilement, à lui trouver quelque type ou ressemblance, parmi tous ceux que j'avais connus dans le passé sur cette terre. Je m'informai de lui parmi mes amis, mais personne ne put me donner aucun renseignement sur son compte.
Il y avait quelque chose de si remarquable en lui, que, s'il avait fait la moindre apparition dans le monde, il serait certainement et rapidement devenu célèbre. — Enfin, j'avais mis une telle assiduité dans mes recherches à cet égard que j'en étais devenu ridicule, et que Ton me demandait à chaque instant si définitivement j'avais reçu des nouvelles de mon ami l'Esprit.
Après mon retour de Naples à Rome, je fus rappelé en Angleterre par une triste circonstance, et je laissai mes deux amis Ambrosio et Onuphrio continuer leurs voyages qui devaient être de quelque durée.
Je rentrai à Londres, l'âme attristée et mélancolique , non-seulement à cause des événements pénibles et douloureux qui m'y rappelaient, mais encore par suite du changement qui s'était accompli dans tout mon être moral et physique. Ma santé était perdue, je n'avais plus d'ambition , je n'étais plus animé par le désir de la gloire. Celle que j'aimais en ce monde était descendue au tombeau, et, pour me servir dune métaphore, la coupe de ma vie n'était plus généreuse, douce et * enivrante ; tout ce qu'elle contenait de bon était perdu et il ne restait plus que l'amertume et !, la lie.