‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 105 sur 145 · SALMONIA, OU LA PÊCHE · texte numérisé non relu

SALMONIA, OU LA PÊCHE

Un jour qu'Eubathès, qui était très-amateur de la pêche, s'amusait à pêcher dans le fleuve,

donne elle-même suivant les saisons. Les mouches artificielles sont jetées à la surface des eaux, et de belles truites, qui, depuis le dernier été, ont vécu sans défiance et sans péril, ne tardent point à se laisser prendre. Chaque succès comme chaquo revers est, pour Halieus, une occasion d'enseigner à ses amis quelque particularité sur les habitudes des poissons, sur leur organisation, sur les ruses qu'il faut employer suivant leur espèce, leur taille, leur allure, et sur ies endroits où il convient le mieux de se placer; en un mot, il leur fait à la fois un cours de science théoriqueet pratique. Le soir, il leurdonne d'autres leçons sur les différentes mouches que chaque mois voit naître, et sur les variétés do truites que l'on rencontre dans les différents cours d'eau ; car c'est surtout la pèche à la truite qu'il aime. Toutes ses digressions, entremêlées des incidents naturels de la pêche et d'anecdotes amusantes, témoignent d'un esprit très-savant, rappellent ou révèlent un grand nombre de notions relatives à l'atmosphère, à l'utilité des pluies, du vent, du mouvement des eaux, des plantes aquatiques. Les exclamations enthousiastes du poëte sont habilement entremêlées au dialogue, de manière à en écarter tout apparence d'aridité ou de pédantisme.

A la troisième journée, Denham est encore le lieu de la scène. Elle commence par un désappointement amusant de Poiètès, Ornither et Physicus, qui ne prennent rien, tandis qu'Halieus, en peu d'instants, enlève devant eux, et tour à tour, avec leurs propres lignes, plusieurs truites. 11 leur montre qu'ils se sont placés de manière que leur ombre et celle do leur canne, se projetant sur l'eau,

l'immortalité.

au-dessus de la chute, des poissons connus sous le nom d'ombres, j étais allé me distraire à ma

effrayent les poissons. Plusieurs se rappellent, à ce sujet, l'anecdote du pari de Charles-James Fox avec le prince de Galles. Halieus raconte une autre anecdote relative à la fabrication du carmin qui ne réussit, à ce qu'il paraît, que sous l'influence d'un beau soleil. Poiôtès chante un hymne en l'honneur de l'hirondelle qui rase l'eau et fait la chasse aux mouches de mai.

A la quatrième journée, les amis arrivent devant le Loch-Marée, à l'ouest de Rosshire, en Écosse. On est au milieu de juillet. Le paysage est sévère : d'un côté, une haute montagne est couronnée de bois et de nuages ; de l'autre, on entrevoit dans le brouillard quelques îles à distance. Les quatre pêcheurs entrent dans une barque. A mesure qu'ils avancent, la scène grandit avec les montagnes. Halieus trouve que le vent a fait élever la surface de l'eau. C'est une circonstance peu favorable; il en est autrement lorsque c'est la pluie qui gonfle la rivière, parce qu'alors les poissons, avertis par leur instinct, sont dans l'attente de la nourriture fraîche que ne manquent point d'apporter les courants. Ici l'instinct est plus habile que la raison; si les poissons raisonnaient, ils croiraient à la bienvenue do toute augmentation considérable de l'eau, quelle qu'en fût la cause, le vent ou la pluie. Ce jour-là, le ciel est gris : aussi fait-on usage de mouches artificielles plus grosses et plus brillantes; mais on a peu de succès, tout l'art d'IIalieus échoue. Bientôt on a l'explication de la mésaventure : on a beaucoup péché depuis quelques jours en cet endroit. Halieus ne se décourage point; il emploie des mouches que, très-probablement, on n'a pas songé à donner pour appât aux poissons, et dont par

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fantaisie. J'avais pris un des bateaux dont on se sert pour descendre le canal taillé dans le rocher,

conséquent ils ne sont pas rassasiés. Cette fois, il prend quelques saumons. H-alieus, à propos de la difficulté de noyer les poissons pour les tirer plus facilement hors de l'eau, raisonne sur ee que la mort peut causer de souffrance aux animaux, en toute hypothèse moins sensibles que nous, parce qu'ils sont exempts des angoisses morales. Par occasion, il cite quelques exemples d'hommes qui sont morts, non-seulement sans aucune douleur, mais môme agréablement Sir Charles Blayden, dînant un jour avec ses amis, Berthollet et Gay-Lussac, s'éteignit en savourant une tasse de café et sans en laisser tomber une seule goutte. Le docteur Cullen, au moment d'expirer, murmura distinctement ces mots : a Je voudrais qu'il me fût possible d'écrire ou de parler, afin d'exprimer corobjen c'est une chose agréable de mourir. » La philosophie reprend le dessus sur la pêche.

Dans la cinquième journée, Halieus donne des renseignements curieux sur les rivières de l'Europe : il les connaît presque toutes et en parle aussi pertinemment qu'un chasseur parlerait des bois qu'il est habitué do parcourir ; mais c'est surtout sur les cours d'eau de l'Angleterre, de l'Irlande et de l'Écosse, que l'auteur expose ses observations. Un passage do quelque étendue sur l'instinct des animaux aux divers degrés de la création est riche de faits et de fines études. Les amis, entraînés par le sujet, s'élèvent à ce propos jusqu'aux plus hautes considérations philosophiques.

Le dialogue du sixième jour traite particulièrement des hameçons, du sens particulier qui fait reconnaître aux poissons les différentes qualités de l'eau, du genre de nour-

à côté de la chute , et par lequel on transporte usuellement de l'Autriche supérieure au Danube du sel et du bois. Deux paysans avaient aidé mon domestique à attacher cette barque à un pieu par une corde, de manière à ce qu'elle pût descendre jusqu'au niveau de la rivière en bas. J'avais voulu me créer une distraction par ce moyen rapide de locomotion sur l'écluse descendante.

Pendant quelques minutes, le bateau glissa doucement, emporté avec le courant; et je jouis

riture que le saumon préfère, des présages du temps, tirés soit de la couleur de l'atmosphère, soit des mouvements des oiseaux, et, en général, de toutes sortes de pronostics.

Le septième jour, vers le commencement d'octobre, les amis se réunissent à Leint-Wardine, près de Ludlow, au bord d'une rivière où abonde le grayling (l'ombre). D'où vient ce poisson? Est-il vrai qu'il ait été introduit en Angleterre par les moines? Quelles sont les conditions pour qu'il vive et se multiplie? Ce sont les questions qu'Halieus examine avec sa science et sa sagacité habituelles. Il a observé le grayling jusqu'en Carniole, et il le connaît tout aussi bien que le saumon. Il n'a pas moins d'expérience en ce qui concerne les anguilles et leurs migrations.

La huitième journée se passe àDownton, et il y est surtout question d'entomologie appliquée à la pêche.

L'auteur nous transporte, pour la neuvième et dernière scène de son livre, à la chute de la Traun, précisément où nous sommes en ce quatrième dialogue. Il y est accom-

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