‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 108 sur 145 · NOYÉ — ET SAUVÉ · texte numérisé non relu

NOYÉ — ET SAUVÉ

sous Tonds. Avec l'aide Je son domestique , qui était muni d'un des grands crocs nécessaires pour mettre à terre. les poissons lourds, j'avais pu être attiré au rivage; puis on m'avait transporté éans un lit chaud, où les soins n'avaient pas tardé à me ramener à la connaissance. Je voulus raisonner avec Eubathès et le savant étranger sur l'état d'anéantissemént et de mort transitoire que je subis pendant ma submersion ; mais ils me prièrent de remettre mes discussions à un autre jour, quand ma santé, toujours faible, serait rétablie.

J'acquiesçai d'autant plus facilement à leur demande, que l'Inconnu nousfit part de son intention de rester notre compagnon pendan t quelques j ours, et que les régions qu'il devait parcourir pour ses recherches se trouvaient justement dans le pays même que nous nous étions proposé pour notre tour d'été. Quelques semaines se passèrent avant que mes forces me permissent de continuer notre voyage; car je n'étais pas d'une constitution à résister aux épreuves d'une secousse semblable. En considérant mon état de faiblesse à l'époque de mon immersion, je regardai mon rétablissement comme providentiel, en nîême temps que la nouvelle présence de l'Inconnu me paraissait

le lier plus intimement que jamais avec ma vie et ma destinée.

Au milieu du mois d'août, nous continuâmes notre voyage. Les beaux et pittoresques lacs de Hallstadt, d'Aussee et de Toplitz, où se rassemblent des neiges fondues des plus hautes montagnes de la Styrie, pour enrichir les sources de la Traun, reçurent nos premières visites. Ensuite nous passâmes dans cette partie élevée du Tyrol qui forme la crête de la Pusterthal, et où la même chaîne de glaciers envoie des eaux à TAdige et à la Drave, à la mer Noire et à l'Adriatique. Nous restâmes plusieurs jours dans ces deux vallons magnifiques où se trouvent les sources de la Save. C'est là, aux sein de paysages ravissants, que se lève ce fleuve grand et majestueux, bondissant de ses réservoirs souterrains dans les, montagnesneigeuses de Terglou et de Manhardt, et tombant en cascades imposantes, au-dessus des falaises et des versants boisés, dans les lacs bleus et transparents de Wochain et de Wurzen , d'oùil continue sa course entre des prairies verdoyantes et fleuries , véritables jardins de la nature.

Nous descendîmes bientôt sur Adelsberg 1 aux

1. Adelsberg, village de Carnioîe, est connu par sa magniûquo grolte à stalactites de plus de deux kilomètres

L'ILLYRIE. LA CAItNIOLE. 237

cavernes souterraines. Le sous-sol de cette partie de rillyrie est entièrement calcaire, et tout miné de cavernes souterraines, de sorte que, dans chaque versant, on voit des cavités en entonnoirs

de longueur, terminée par un lac et composée de trois cavernes superposées. La Carniole est à l'Autriche depuis le quatorzième siècle, si Ton en excepte les six années 1809-181 4, pendant lesquelles elle fut incorporée à l'Empire français. Elle est située entre la Carinthie et la Styrie au nord, la Croatie à Test, le Littoral au sud et à • l'ouest. Elle est traversée par les Alpes Carniqueg et arrosée par la Save.

Ces terrains calcaires offrent la particularité remarquable d'être traversés de lacs souterrains et do cavernes.

L'eau circule facilement à toutes les profondeurs, dans la masse du calcaire crayeux.

Il y a, dans les terrains stratifiés, de grands vides, de grandes cavernes. Quand on a été témoin des artifices compliqués que les hommes sont obligés de mettre en œuvre pour exécuter, même sous de petites dimensions, des arceaux et des voûtes capables de résister à de très-fortes charges, il semble difficile de supposer que les entrailles de la terre puissent renfermer de grandes voûtes naturelles ; on en a cependant observé de fort curieuses eu un grand nombre de points différents.

Mentionnons par exemple le fameux rocher de Targhat, en Norwégo, qui est percé d'outre en outre d'une ouverture rectiligne do 49 mètres de haut sur un kilomètre de long. Que sont les voûtes construites de main d'homme à côté de celle-là?

La caverne de Juacharo, située dans la vallée de Câ-

238 L'IMMORTALITÉ. é

pareilles à des cratères de volcan, dans lesquelles se. perdent les eaux des pluies. Presque chaque lac et chaque fleuve possèdent une source souterraine, et souvent une sortie de même genre.

ripe, du Nouveau-Monde, a pour entrée une voûte de 23 mètres et demi (72 pieds) de large, percée dans la face à pic d'un immense rocher de l'espèce particulière de calcaire connue sous le nom de calcaire du Jura. Cette caverne conserve toutes les dimensions de la voûte d'entrée et une direction constante, dans une longueur de 472 mètres (f ,453 pieds). La superstition des Indiens n'a pas permis de s'y avancer au delà de 800 mètres, comptés à partir de l'ouverture. Une rivière de iO mètres (30 pieds) de large la parcourt dans toute cette étendue déjà visitée de 800 mètres.

La caverne d'Adelsberg, en Carniole, dans laquelle la rivière Soick s'engouffre et où ses eaux se perdent et renaissent à plusieurs reprises, a déjà été visitée par les observateurs sur une étendue de plus de deux lieues. Un grand lac, qui ne pourrait être traversé qu'en bateau, a empêché jusqu'ici de pousser l'exploration plus loin. S'il faut en croire les récits des derniers voyageurs, plusieurs des nombreux compartiments dont cette caverne se compose surpassent en longueur, en largeur et en élévation plus grandes cathédrales.

Les formations gypseuses offrent aussi des galeries de grottes liées entre elles par des couloirs plus ou moins étranglés, et qui embrassent quelquefois des espaces immenses. En Saxe, la grotte de Wienalborg communique avec la caverne de Cresfeld, qui en est éloignée de plusieurs lieues, c. F.

Page 1