LA CAVERNE D'ADELSBERG
deur des masses brisées en morceaux dont elle est tapissée, et qui paraissent avoir été arrachées du sein de la montagne par quelque grande convulsion de la nature , leurs couleurs sombres aux teintes variées forment un contraste singulier avec Tordre et la grâce des blanches concrétions de stalactites suspendues à ses voûtes. La flamme de nos flambeaux, en rejaillissant sur ces bijoux calcaires qui brillent et étincellent, crée une scène merveilleuse qui paraît appartenir au monde de l'enchantement.
Philalétuès. — Si les déchirures sinistres de ces immenses rochers noirs qui nous entourent nous paraissent l'œuvre de démons échappés du centre de la terre, cette voûte naturelle fait songer, dans sa parure et dans sa splendeur, à ces temples féeriques dont on parle dans les Mille et une Nuits.
L'Inconnu. — Certainement un poëte pourrait à juste titre placer ici le palais d'un roi des gnômes, et" trouver des témoignages de sa puissance créatrice dans ce petit lac qui s'étend devant nous, sur lequel se réfléchit la flamme de mon flambeau, car c'est là que je pense trouver l'animal singulier qui, depuis longtemps, a été pour moi un objet de recherches persévérantes.
Eubathès. — J'aperçois trois ou quatre êtres vivants, semblables à de sveltes poissons, qui se remuent dans la vase à quelques pieds au-dessous de l'eau.
L'Inconnu. — Les voilà précisément! Ce sont bien des protées... Essayons d'en prendre quelques-uns avec notre filet. Tenez ! en voici tout un choix. Le sort nous a favorisés, et nous pourrons maintenant les examiner tout à fait à notre aise.
Au premier abord, on peut supposer que cet animal est un lézard, mais ses mouvements sont semblables à ceux du poisson. Le téte, la partie inférieure du corps et la queue ressemblent beaucoup à celles de l'anguille, sans nageoires cependant. J'ajouterai que ses branchies, fort curieuses, ne sont pas analogues aux ouïes des poissons : elles forment une structure vasculaire bien singulière autour de la gorge, presque comme une crête que Von peut couper sans occasionner la mort de l'animal, lequel est également muni de poumons. Grâce à ce double appareil par lequel l'air pénètre jusqu'au sang, cet être singulier peut vivre au-dessous comme au-dessus de la surface de l'eau avec la même facilité. Les pattes de devant sont pareilles à des mains, mais elles ne sont