‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 115 sur 145 · RÉNOVATION DU SANG. 2C · texte numérisé non relu

RÉNOVATION DU SANG. 2C

l'existence ni la nature d'une action chimique.

Je développerai maintenant mon sujet d'une manière plus précise. Lorsque j'ai dit que, dans les procédés de la vie, l'acide carbonique était formé au sein du sang veineux, j'ai voulu dire simplement que ce sang, par suite de certaines propriétés particulières, devient capable d'expulser le carbone et l'oxygène réunis l'un à l'autre ; car, du moment où la matière inorganique entre dans la composition des organes vivants, elle subit des lois nouvelles. L'action du suc* gastrique est chimique, et cette sécrétion ne peut dissoudre que des matières mortes : elle les dissoudrait aussi bien dans un tuyau de métal que dans l'estomac ; mais sur la matière vivante ce suc n'a aucune action. La respiration n'est pas plus un procédé chimique que l'absorption du chyle, et les actions transformatrices qui s'effectuent dans les poumons, quoiqu'elles paraissent bien simples, peuvent être très-compliquées. De plus, il est aussi peu philosophique de voir dans ces actions une simple combustion de carbone, que de regarder la formation des muscles à l'aide du sang artériel comme une cristallisation.

On ne peut douter que toutes les propriétés de

la matière ne soient en œuvre dans l'organisais.

lion ; toutefois, il n'y a pas plus de raison de renfermer les phénomènes de l'organisme dans la chimie, que de renfermer ceux de la chimie dans la mécanique. Puisque l'oxygène manifeste en présence des autres éléments de la matière animée un état d'électrisation positive, on peut supposer que l'oxygène donne naissance à quelques actions électriques dans les modifications subies par le sang; — mais ceci n'est qu'une hypothèse. Un essai, basé sur les expériences de la décomposition des corps par l'électricité, a été fait pour expliquer la sécrétion par de faibles pouvoirs électriques, et aussi pour supposer que les glandes sont des organes électriques, et même pourvoir dans l'action des nerfs une conséquence de i'électricité. Ces idées, comme toutes les fantaisies du même genre, me semblent peu justifiées quant à présent. En admettant la supposition que les effets électriquesi soient la manifestation de certains pouvoirs appartenant à la matière, il s'ensuivrait que nul changement ne pourrait avoir lieu sans que ces effets fussent plus ou moins manifestés; mais imaginer d'expliquer par l'électricité des phénomènes dont la cause est inconnue, c'est tout simplement remplacer un mot sans définition par un autre de la même valeur.

Certains animaux présentent des organes électriques ; mais, dans ces cas, ils fournissent à ranimai des armes de défense et un moyen de saisir sa proie. Il faut mettre les théories de ce genre au rang de celles de quelques-uns de ces disciples superficiels de la philosophie newtonienne, qui croyaient expliquer les propriétés de la nature animée par des pouvoirs mécaniques, et l'action musculaire par l'expansion et la contraction de vessies élastiques. Dans cette vague et singulière opinion, l'homme n'était plus qu'une espèce de machine hydraulique. Continuons. Nous pourrions esquisser bien des systèmes ! Ainsi, d'autre part, quand la chimie pneumatique fut inventée, les structures organiques furent aussitôt considérées comme des laboratoires dans lesquels des combinaisons et des décompositions auraient donné naissance aux actions vitales. Les contractions musculaires dépendaient d'explosions semblables à celles des mélanges détonants ; et la formation du sang par le chyle était considérée comme une pure dissolution chimique ! Maintenant que les progrès de la science nous ont ouvert des vues nouvelles et fécondes sur l'électricité, ces vues sont naturellement appliquées par les logiciens spéculatifs à la solution de quel-

ques-uns des phénomènes mystérieux et impénétrables des êtres organisés. Mais l'analogie est trop éloignée et beaucoup trop incomplète encore; les sources de la vie ne peuvent être saisies par des machines pareilles. Chercher ces sources dans les pouvoirs de l'électro-chimie, c'est chercher la vie dans un champ de mort : — la substance que vous touchez ne vous sent pas; celle que vous regardez ne vous voit pas ; celle à laquelle vous commandez ne vous entend pas.

Philaléthès. — De vos arguments je conclus que, malgré votre disposition à croire que l'acte de la respiration introduit dans l'organisme une matière subtile quelconque, vous ne voulez pas cependant nous laisser croire que ce soit l'électricité, ni qu'il y ait quelque raison 'de supposer que l'électricité agisse en aucune façon pour produire les fonctions de la vie.

L'Inconnu, -r- Je voudrais vous mettre sur vos gardes contre l'adoption de toute hypothèse sur ce sujet si impénétrable et si obscur. D'ailleurs, quelle que soit la difficulté que nous ayons à définir la nature exacte de la respiration, son effeé et ses rapports avec les fonctions du corps sont néanmoins extrêmement frappants. Un point sur lequel nous ne pouvons avoir de doute, c'est l'im-

portance capitale de l'air dans la vie. L'action de l'air sur le sang établit son adaptation à l'œuvre de la vie, et sa fonction s'accomplit dès le moment où l'animation se fait connaître par la sensation ou par la volition. Sous l'influence de l'air, le punctum saliens dans l'œuf reçoit déjà, pour ainsi dire, le souffle de la vie. Dans l'économie de la reproduction des animaux, l'une des conditions les plus importantes est l'aérage de l'œuf, et lorsque celui-ci ne s'accomplit pas par le sang de la mère, comme chez les mammifères par le placenta, la nature a su réserver un moyen d'aérage (comme chez les reptiles ovipares ou les poissons) par lequel l'air passe sans obstacle à travers les réceptacles où sont déposés les œufs. Ou encore l'œuf lui-même reçoit son aérage hors du corps, à travers sa coque, et quand l'air est exclu, l'incubation ou la chaleur artificielle reste sans effet. Les poissons qui déposent leurs œufs dan9 l'eau où il n'y a qu'une quantité limitée d'air, créent des combinaisons qui paraîtraient presque le résultat d'un raisonnement scienlifiqae, quoique le fait dépende d'un principe plus infaillible, c'est-à-dire de X instinct de la conservation de la race. Ces poissons, qui frayent au printemps ou au commencement de l'été, «et qui habitent les eaux pro-

fondes et tranquilles, comme la carpé, le brochet, la tanche, etc., déposent leurs œufs sur les végétaux aquatiques, par lesquels, sous l'influence solaire, un état d'aérage constant est distribué au sein des eaux. La truite, le saumon et les autres de même espèce, qui frayent au commencement ou à la fin d'hiver, et qui habitent les fleuves traversés par des courants rapides et froids venant des montagnes, déposent leurs œufs là où il y a peu deau, sur de petits monceaux de sable, le plus près possible de la source du courant, où il y a un mélange favorable d air et d'eau. Et, pour arriver à ce but, ils remontent des centaines de lieues contre le courant, et même au-dessus des cataractes et des écluses : les uns montent le Rhône et l'Àar jusqu'aux glaciers de la Suisse ; les autres, par le Danube, l'Isar et la Save, traversant les lacs du Tyrol et de la Styrie, et remontent jusqu'aux torrents les plus élevés des Alpes Noriques et Juliennes.

Philaléthès. — Le rapport immédiat qui existe antre la sensibilité et la respiration m'est prouvé d'une manière pércmptoire par mon expérience personnelle. Je ne puis rien me rappeler de mon accident de l'autre semaine à la chute de la Traun, si ce n'est seulement une certaine violente

et douloureuse sensation d'oppression sur la poitrine, à laquelle la perte de la connaissance a dû succéder immédiatement.

Eubathès. — Sans doute, dans les instants qui suivirent votre chute, vous n'avez éprouvé aucune souffrance, puisque vous étiez sans connaissance quand votre ami l'Inconnu vous a sauvé. Il y a, je crois, dans ce rapport évident entre la sensibilité et l'absorption de l'air par le sang, une preuve favorable à l'idée exposée tout à l'heure que l'atmosphère fournit au système quelque matière subtile et éthérée, laquelle est peut-être la cause de la vitalité.

L'Inconnu. — Attendez-donc un peu, je vous prie ; il ne faut pas que vous vous trompiez sur mes vues. Je tiens pour probable que certaine matière subtile; provenant de l'atmosphère, se trouve par la respiration en rapport immédiat avec les fonctions de la vie ; mais rien n'est plus étranger à mon opinion que de supposer que cette substance soit la cause de la vitalité.

Philaléthès. — C'est très-clair, d'après la manière dont vous avez traité le sujet, et surtout en se souvenant de votre phrase : ce La substance à laquelle vous commandez ne vous entend pas. » Je pense que je ne mé trompe pas sur vos vues si

j'affirme que vous ne considérez pas la vitalité comme dépendant des propriétés de la matière.

L'Inconnu. — C'est parfaitement cela. Je répète d'ailleurs que nous sommes là-dessus dans la plus complète obscurité, et c'est avec la plus grande franchise que je proclame mon ignorance. Je sais qu'il y a eu des physiologistes distingués qui ont imaginé que l'organisation donnait naissance à des pouvoirs que la matière ne possède naturellement pas; de même que la sensibilité serait une qualité appartenant à quelque combinaison inconnue d'éléments éthérés également inconnus. Pour moi, j'attache peu d'importance à toutes ces vagues hypothèses qui ne font que remplacer des choses inconnues par des paroles obscures.

Non. La vie est due à la présence de l'âme. Jamais je ne pourrai croire qu'aucune division, ni raffinement, ni subtilisation, ni juxtaposition, ni arrangement des particules de la matière, puissent créer la sensibilité; ni que X intelligence puisse être le résultat de combinaisons d'atomes insensibles et bruts. J'aimerais autant croire que le.: planètes tournent par leur volonté, ou leur dessein spécial, autour du soleil, ou qu'un boulet de canon raisonne quand il décrit sa courbe parabolique. Les matérialistes, en faveur de leur

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