‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 126 sur 145 · LÀ SCIENCE, ORIGINE DES ARTS · texte numérisé non relu

LÀ SCIENCE, ORIGINE DES ARTS

Prenons par exemple l'aborigène de l'Australie (ou de la Nouvelle-Hollande); il est à peine avancé de quelques pas au-dessus des animaux, et cette faible supériorité se montre principalement par l'usage du feu. On le voit tout nu, se défendant contre les bêtes fauves, ouïes tuant par des armes de bois durci au feu, affilé par des pierres ou des arêtes de poisson. Il n'habite que des trous creusés dans la terre, ou des cabanes |rossièrement construites de quelques branches d'arbres couvertes d'herbe, et ne jouit de rien qui approche même des avantages les plus humbles de la vie. Étant incapable de subvenir à ses besoins les plus impérieux, il possède à peine un langage articulé. Sa pensée naissante ne voit d'une part que les grands et mystérieux phénomènes de la nature, et d'autre part t que ses besoins les plus urgents. Il vit dans la solitude ; les familles sont isolées, aucune forme de religion ni de gouvernement n'est créée ; l'humanité n'a d'autre protection que la clémence de la nature et des éléments.

Combien diffère de cette condition primitive l'homme dans son état actuel de civilisation ! Chaque partie de son corps est revêtue des divers produits de l'art mécanique, et ces vêtements ne

sont pas seulement pour lui des organes protecteurs contre l'inclémence des saisons, mais encore des ornements en harmonie avec la forme naturelle de son corps. Il tire delà poussière du sol, de l'argile étendue à ses pieds, des instruments destinés à son utilité et à son agrément. Il extrait les métaux des couches terrestres, et leur donne mille différentes formes appropriées à tous les usages imaginables. Il choisit et il perfectionne lesproductionsvégétales qui sont répandues à la surface de la terre. Il subjugue, il apprivoise et réduit à la domesticité les plus sauvages, les plus rapides, les plus féroces des hôtes des forêts, des montagnes etdes airs. Il ordonne aux vents de le conduire sur l'immense Océan. Il contraint'les éléments, l'air, l'eau et même le feu à travailler pour lui. Jl concentre à sa volonté dans un étroit espace des substances qui agissent comme la foudre, et dirige ces forces pour opérer à d'énormes distances. Il renverse les rochers par la mine, il transporte les montagnes, il élève l'eau du fond des vallées. Enfin, il perpétue sa pensée en des mots impérissables, rendant immortel l'exercice de son génie, et faisant de sa parole la propriété commune de toutes les intelligences humaines!... N'est-il pas dans cette mission sacrée l'image véritable de l'intelligence

Page 1