‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 134 sur 145 · LE VRAI SAVANT · texte numérisé non relu

LE VRAI SAVANT

peu des qualités morales que je crois indispensables à mon savant. Tant pis pour vous ! Vous m'entendrez encore un instant : il ne fallait pas me demander mon opinion sur la chimie.

Je veux encore que mon savant, laborieux et modeste, ne soit point aveuglé par la sotte vanité; qu'il soit simple et se livre avec diligence à la recherche de la vérité; qu'il ne se laisse jamais détourner de ce grand but par l'amour d'une gloire transitoire, mais ait toujours devant lui l'opinion de l'avenir plutôt que celle du jour; qu'il cherche la renommée dans les fastes de l'histoire plutôt que dans les colonnes des journaux et dans les louanges des journalistes. Il doit ressembler aux géomètres modernes par la grandeur de ses vues et la profondeur de ses recherches, et aux alchimistes anciens par le travail et la piété. Je ne veux pas dire par cela qu'il doive accompagner ses procédés de prières écrites ou de recommandations à la Providence, comme le faisait Pierre Wolf; mais le savant digne de ce nom doit avoir son esprit toujours dirigé vers des sentiments élevés, dans la contemplation de la variété et de la beauté du monde visible et dans le développement de ses merveilles scientifiques, en les rapportant à cette Sagesse infinie qui lui permet de jouir de cette

noble connaissance. En devenant plus instruit, il devient meilleur, — il s élève sur 1 échelle de l'existence morale et intellectuelle. — Son savoir progressif le porte vers une foi plus pure , et à mesure que le voile à travers lequel il discerne la raison de toutes choses devient plus transparent, à mesure aussi sa pensée conçoit plus directement le principe éclatant et sublime de l'univers.

Ce tableau des qualités constitutives du véritable savant reppelle la haute et sévère opinion que SirHumphry Davy a constamment manifestée sur les devoirs et les droits des hommes qui se consacrent à la science. Il ne voulait dans son cénacle que des esprits intègres et vraiment supérieurs, qui n'ambitionnent pas puérilement la fortune et les honneurs, mais comprennent la grandeur et la majesté de la science pure.

Nous trouvons môme dans ses Mémoires les belles et judicieuses pensées suivantes sur les honneurs et la célébrité :

« Ce n'est pas, dit-il, que les honneurs vaillent la peine d'être recherchés; mais il est pénible, pour celui qui les mérite, de n'en recevoir aucun. Une décoration est un titre extérieur pour le public; et môme ceux qui prétendent dédaigner le plus ces distinctions honorifiques se laissent très-facilement influencer par elles. Les honneurs sont à la véritable gloire ce que les lumières artificielles sont au soleil : ils attirent les yeux de ceux qui n'ont pas coutume de regarder et de supporter l'éclat du sublime»

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