CAUSES DE RUINE. LES VÉGÉTAUX
et peu à peu, à mesure que le monument tombe davantage en ruine, le lierre et les autres parasites viennent le recouvrir.
Ainsi de métamorphoses en métamorphoses se modifie la surface de la Terre. Et encore ce procédé de la destruction est-il aidé môme par la création vivante, lorsque l'homme ne travaille plus pour la conservation de ses œuvres. Le monument en ruine offre, un abri solitaire où les renards construisent leur terrier, où les oiseaux et les chauves-souris bâtissent leurs nids, où les lézards et les serpents se préparent une demeure. Les insectes agissent sur une échelle moins étendue, cependant leurs forces réunies produisent parfois des effets très-considérables. La fourmi, en établissant sa colonie et en organisant ses magasins, arrive à saper les fondations des plus nobles édifices, et ainsi les créatures les plus insignifiantes triomphent pour ainsi dire sur les œuvres les plus grandioses de l'homme. Ajoutez à ces opérations sûres et lentes les dégâts terribles de la guerre sous toutes ses formes, et la violence des barbares à la recherche des trésors cachés sous le sol des monuments, leur rapacité à arracher toute substance métallique, et vous serez plutôt étonné qu'il reste encore sur terre quelque
monument ancien des grands peuples de l'antiquité. La nature se charge de tout détruire et de tout transformer elle-même. L'homme l'aide encore dans son œuvre. Tempus edax : homo edacior l
Philaléthès. — Vos vues sur les causes de la ruine sont vraiment tristes. Et pourtant je n'y vois aucun remède. Les lois générales de la nature opéreront toujours. Toutefois, en supposant une longue durée à un peuple parvenu à un haut degré de civilisation, les ravages du temps pourraient être atténués; en mettant par exemple les chefs-d'œuvre de l'art à l'abri de l'atmosphère extérieure, leurs modifications par le temps seraient à peine perceptibles.
Eubathès. — Moi, je mets en doute que ce soit un avantage pour les intérêts d'une nation de voir ses monuments publics doués d'une longue durée. Une des causes du déclin de l'empire romain fut que la nation sous la république et le premier empire ne laissa rien à faire à la postérité. Les aqueducs, les temples, les forums, tout était édifié; on ne trouvait plus rien qui réveillât l'activité, aucune cause qui stimulât les facultés inventives, et même aucun appel à l'industrie générale.
L'Inconnu. — Vous admettrez, cependant, l'im-