XXXII PRÉFACE DU TRADUCTEUR
aujourd'hui, à côté du tombeau du naturaliste Pictet, une modeste pierre tumulaire 1 déjà cachée par les plantes rampantes. En écartant ces plantes, on peut lire, creusé dans la pierre, ce seul et grand mot : Spero. — J'espère! Tel pourrait être aussi le dernier mot de ce livre : il en résumerait toute la philosophie religieuse.
Paris, 80 mai 1869.
1, Cette pierre simple et modeste, a été remplacée depuis par un monument élevé, sur lequel les titres scientifiques et mondains de l'illustre chimiste sont profondément gravés dans le marbre. Ce tombeau plus éclatant, et en apparence plus digne de la renommée de sir Humphry Davy, est peut-être moins en rapport avec le caractère de l'homme qui s'est éteint sur ce rivage. Non loin de là, la pierre tumulaire nue et abrupte du tombeau de Calvin a mieux gardé, au milieu de l'herbe silencieuse, la philosophie de la mort.
Janvier 1872.
PREMIER DIALOGUE
PREMIER DIALOGUE
Le Colisée ; les Ruines. Rome païenne et Rome chrétienne. Chutes des empires et métamorphoses de l'histoire. L'auteur, solitaire au milieu des ruines, est transporté eu esprit vers les périodes anciennes de l'humanité. Principes du perfectionnement de la race humaine. Tableau du progrès historique. Nature de l'âme j la vie terrestre devant la vie éternelle. Voyage extatique dans les planètes. Les habitauts de Saturne. La Pluralité des mondes et la PluraUté des existences.
Les entretiens philosophiques qui commencent ici ont pour origine un voyage en Italie et un séjour à Rome. L'époque de ce voyage n'intéresse en rien les questions générales qui vont être discutées; je dirai cependant que mon séjour à Rome date des années 1814 et 1818, J'y résidai pendant l'automne et l'hiver de ces deux périodes. La Ville éternelle était alors animée par une société nombreuse et variée, ce qui, du reste, est depuis longtemps le caractère habituel de cette métropole du vieux monde chrétien. On y trouvait un certain nombre d'étrangers instruits,
et parmi eux des Anglais distingués, dont la résidence en cette cité avait une raison d'être plus importante qu'une simple paresse ou une vague curiosité.
Parmi ces compatriotes, je signalerai deux hommes d'une valeur particulière, avec lesquels je ne tardai pas à former une intimité affectionnée, et qui m'accompagnèrent fréquemment dans les visites que je* rendis aux monuments de la grandeur de l'ancienne Rome et aux chefsd'œuvre de l'art antique ou moderne. Je désignerai l'un d'entre eux sous le nom d'Ambrosio.
C'était un homme d'un goût bien cultivé, d'une haute érudition classique, et qui possédait de fortes connaissances historiques. Il appartenait du fond du cœur à l'Église romaine, mais il était d'une école libérale, et dans le siècle dernier aurait pu, par ses dispositions individuelles, être le secrétaire de Ganganelli 1 . Ses vues sur la politique et la religion étaient larges; mais il pen- ? chait plutôt vers le pouvoir d'un seul magistrat
i. Clément XIV, né en 1705, élu pape en 1769, mort en 1774; pontife prudent et sage, auquel on doit, comme on sait, le bref Dominus ac Bedemplor (21 juillet 1773), qui, à la demande de la France, de l'Espagne et de l'Autriche, supprima l'ordre des Jésuites, c. f.