CHUTE DES EMPIRES
seraconsacrée à un autre usage : la personnification cPun saint ou d'un dieu de l'avenir; vers l'époque, * enfin, où les monuments de la magnificence pontificale seront ensevelis sous la même poussière qui voile aujourd'hui le tombeau des Césars !
« Telle est, je l'avoue avec regret, continua-t-il, ' l'histoire générale de toutes les œuvres et des institutions appartenant à l'humanité. Elles s'élèveiît, fleurissent, se penchent, et tombent ; et la période de leur déclin est généralement proportionnée à celle de leur élévation. Dans la Thèbes et la Memphis d'autrefois, le génie particulier du peuple a sculpté sa grandeur sur des monuments qui nous permettent de juger de leurs arts, mais qui ne nous laissent pas saisir la nature
de leurs superstitions. De Babylone et de Troie les vestiges sont presque entièrement évanouis, et ce que nous connaissons de ces célèbres cités dérive de leurs annales littéraires. Nous contemplons l'ancienne Grèce et l'ancienne Rome dans les restes clair-semés de leurs monuments, et le temps viendra où la Rome moderne sera ce qu'est maintenant l'ancienne.
« L'ancienne Rome et l'ancienne Athènes descendront au néant de Tyr et de Carthage ; on ne reconnaîtra plus leur emplacement que parla
Vi LA VISION.
poussière ou le sable coloré du désert, renfermant des débris de briques et de verres, lavés peutêtre par la vague d'une mer orageuse. Je pourrais poursuivre ces horizons, et montrer que le bois de la croix comme le bronze de la statue tombent aussi vite que s'ils n'avaient pas été sanctifiés; et je pense qu'il serait facile de prouver que leur influence tout imaginaire devient nulle et sans effet appréciable lorsqu'on la place en face de l'infini des temps, ou même seulement du cours des âges. Le résultat est le même, que la foi soit celle d'Osiris, de Jupiter, de Jéhovah ou de Jésus. »
Cette manifestation indépendante ne pouvait guère être du goût du très-chrétien Ambrosio. Aussi celui-ci répliqua-t-il aussitôt (sa physionomie te le ton de sa voix laissant paraître quelque émotion) : « Je ne pense pas, Onuphrio, que vous examiniez cette question avec votre sagacité et votre finesse accoutumées. Je ne vous ai jamais entendu traiter des sujets de religion sans éprouver une véritable peine (et j'ajouterai un sentiment de regret) que vous n'ayez pas appliqué votre puissante intelligence à un examen plus attentif et plus exact des preuves de la religion révélée. Vous auriez vu alors, dans le berceau, le progrès, l'élévation,