TOUT PASSE
le déclin et la chute des empires de l'antiquité, des témoignages que leur but définitif s'absorbait dans le plan de la rédemption de l'homme ; vous auriez trouvé des prophéties qui ont été pleinement vérifiées. La fondation ou la ruine d'un royaume, qui paraissent être de si grands événements dans l'histoire civile, deviennent insignifiantes dans l'histoire de l'homme au point de vue de ses institutions religieuses; vous auriez observé que l'établissement du culte d'un seul Dieu chez un peuple méprisé et condamné est le point le plus important des archives du monde primititif; vous auriez enfin constaté que le christianisme s'élève naturellement du judaïsme, et que les doctrines du paganisme préparèrent le triomphe et l'établissement final d'une croyance adaptée à l'état le plus éclairé de l'esprit humain, ainsi qu'à chaque climat et à chaque peuple. »
A cet appel animé d'Ambrosio, son interlocuteur répliqua sur le ton le plus tranquille du monde et avec le flegme devenu classique d'un philosophe de sa race : « Vous vous méprenez à mon égard, mon cher ami, si vous me considérez comme hostile au christianisme. Je ne suis ni de l'école des encyclopédistes français, ni de celle des athées anglais. Je considère la religion comme es-
sentielle à rhomme, et comme appartenant au caractère de l'esprit humain de la même façon que l'instinct appartient au règne animal; c'est un tlambeau de révélation, si vous voulez, que l'homme a reçu pour le guider parmi l'obscurité de cette vie, et pour garder vivante son inextinguible espérance d'immortalité. Mais pardonnez-moi si je considère cet instinct comme également utile' dans ses différentes formes, et comme nécessairement divin , quels que soient le milieu, les nuages, les passions ou les préjugés à travers lesquels il passe. Je le révère dans les disciples de Brahma aussi bien que chez les Musulmans, et je m'étonne de toutes les variétés de formes qu'il revêt dans le monde chrétien. Vous ne devez pas me blâmer de ne pas admettre l'infaillibilité de votre Église, car je fus élevé par des parents protestants, attachés aux doctrines de Calvin. »
Je vis la physionomie d'Ambrosio s'échauffer à cette profession de foi particulière ; il parut méditer une réponse sévère. J'essayai vite de ramener la conversation au sujet du Cotisée, qui l'avait commencée. « Ces ruines, dis-je, que vous avez tous deux observées, sont pleines d'éloquence;
néanmoinss lorsque je les vis pour la première