‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 35 sur 145 · LE TEMPS ET LA NATURE · texte numérisé non relu

LE TEMPS ET LA NATURE

fois, elles produisirent un effet beaucoup plus puissant qu'aujourd'hui sur mon imagination. Étaitce le charme de la nouveauté? mon esprit était-il plus impressionnable? ou les circonstances sous Tinfluence desquelles je les contemplai étaientelles extraordinaires? c'est ce que j'ignore. Mais D est probable que toutes ces causes agirent en même temps sur mon âme. Ce tableau ne sortira jamais de ma pensée, et je demande la permission de vous le retracer. 0

a C'était vers la fin de mai, par une belle et tranquille soirée; les derniers rayons du soleil s'éteignaient dans le ciel occidental, et les premières clartés de la lune s'allumaient à l'orient; de brillantes teintes orangées se répandaient sur les ruines, et, comme sj elles eussent été illuminées, les neiges qui blanchissaient encore les Apennins lointains restaient visibles des hauteurs de l'amphithéâtre. Dans ce foyer de couleurs, la verdure du printemps déjà avancé adoucissait les teintes grises et jaunâtres des pierres ruinées, et comme les clartés s'affaiblissaient graduellement, les masses s'agrandirent et devinrent gigantesques. Lorsque le crépuscule se fut tout à fait évanoui, le contraste de la lumière et de l'ombre à travers les rayons de la pleine lune et

sous un ciel de brillant saphir, mais si fortement illuminé que Jupiter seul et quelques étoiles de première grandeur étaient visibles ; ce contraste, dis-je, donna à la scène une solennité et une magnificence dignes d'éveiller au plus haut degré cette émotion que Ton appelle si justement le sentiment du sublime. La beauté et l'immutabilité des deux et la grande loi de conservation qui caractérise le système du monde, les œuvres de l'architecte divin et éternel, étaient magnifiquement opposées aux œuvres périssables et mortelles de l'homme en son état le plus actif et le plus puissant. En ce moment, la condition des êtres les plus éminents de la terre m'apparut si humble, leur réunion si éphémère, l'espace qu'ils occupent si infiniment petit et le temps au sein duquel ils agissent si court, que je ne pus m'empêcher de comparer les générations et les effets du génie et de la puissance humaine aux essaims de lucioles et de mouches phosphorescentes qui dansaient autour de moi, me paraissaient voltiger étincelantes dans l'ombre et l'obscurité des ruines, et disparaissaient lorsqu'elles s'élevaient au-dessus de l'horizon, leur faible clarté étant perdue et presque obscurcie dans les rayons lunaires qui remplissaient l'espace.

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