MANIFESTATION D'UN ESPRIT
une douce voix, basse et pourtant très-distincte, qui paraissait sortir du centre de la clarté. Les sons offraient d'abord le timbre musical de ceux d'une harpe, mais ils devinrent bientôt articulés, comme s'ils eussent préludé à quelque sublime composition poétique, ce Tu es, comme tous tes « frères, dit cette voix inconnue, complètement a ignorant de tout ce qui constitue ta propre na- « ture; ignorant du monde que tu habites, de tes « destinées futures et du plan de l'univers; et ce- « pendant tu as la folie de croire que tu connais « le passé, le présent et l'avenir. Je suis un esprit « non incarné, supérieur à toi de quelques degrés, « quoiqu'il y ait des millions d'êtres autant supé- « rieurs à moi en puissance et en intelligence que a l'homme est au-dessus du plus vil et du plus « frêle reptile qui rampe à ses pieds. Je puis t'apa prendre quelque chose. Laisse ton esprit s'aban- « .donner entièrement à l'influence que j'exercerai « sur lui, et tu verras rapidement corrigées et « éclairées tes vues sur l'histoire du monde ter- « restre et sur le système céleste que tu habites. »
L'éclatante lumière s'éclipsa en ce moment ; la ypix douce et harmonieuse, qui était la seule manifestation de la présence d'une intelligence supérieure, cçssa de* se faire enteacfrç. Je me trouvai
plongé dans l'obscurité et dans le silence; et bientôt il me sembla que j'étais transporté sur un fleuve d'air, sans éprouver d'ailleurs aucune autre sensation que celle de traverser rapidement l'espace.
Pendant que j'étais encore en mouvement, une clarté sourde et brumeuse, comme celle du crépuscule dans une matinée pluvieuse, occupa le champ de ma vue, et petit à petit je remarquai qu'une vaste campagne couverte de forêts et de marais se développait devant moi. J'aperçus des animaux sauvages paissant au sein d'immenses savanes, et des bêtes fauves, comme des lions et des tigres, venant les combattre et les dévorer. Je vis des sauvages nus se nourrissant des fruits des forêts et dévorant des crustacés, se disputant à coups de bâton les restes d'une baleine jetée sur le rivage. J'observai qu'ils n'avaient aucune habitation, qu'ils se cachaient dans des cavernes ou s'abritaient sous des palmiers. Les dattes et les noix de cacao étaient la seule nourriture agréable que la nature paraissait leur avoir donnée ; elles n'étaient qu'en petite quantité et formaient un objet de convoitise. Je reconnus qu'un certain nombre de ces malheureux êtres humains, qui habitaient la vaste étendue ouverte devant moi,