LES HABITANTS DES COMETES
Emporté de nouveau par un mouvement rapide, je passai avec la plus grande vitesse à travers un espace lumineux : je vis Jupiter et ses satellites, Saturne et ses anneaux ; le soleil arriva près de moi, non plus voilé par le brouillard bleu, mais, dans tout l'éclat d'une éblouissante splendeur. Enveloppé dans une auréole mystérieuse et dans une espèce de lumière rougeâtre brumeuse, semblable à celle qui m'avait premièrement entouré dans le Colisée, je vis en mouvement autour de moi des sphères qui paraissaient composées de flammes et de couleurs différentes. Une atmosphère vague et étrangement éclairée s'étendait au loin dans l'espace.
Dans quelques-unes de ces sphères j'aperçus des figures qui ressemblaient à des faces humaines; mais la ressemblance était tellement dénaturée et terrible, que je m'efforçai d'en détourner mes regards.
« Tu es à présent, me dit le Génie, dans un système cométairc ; ces globes de lumière qui t'entourent sont des formes matérielles, semblables à celle que l'une des croyances religieuses de la Terre ont accordée aux séraphins ; ces êtres vivent dans un élément qui te détruirait; ils communiquent entre eux par des manifestations qui rédui-
raient en cendres vos corps organisés ; actuellement ils sont dans la plénitude de leur jouissance, car ils vont entrer dans l'atmosphère flamboyante du soleil. Ces êtres tellement grands, tellement glorieux, doués de fonctions qui te sont incompréhensibles, jadis appartinrent à la Terre; leurs natures spirituelles se sont élevées par les degrés différents de la vie planéiairê, se sont dépouillées de leur poussière, et n'ont emporté avec elles que leur puissance intellectuelle. Ils habitent maintenant ces astres glorieux, qui les mettent en relation avec les diverses régions du grand univers.
« Tu me demandes en esprit s'ils ont quelque connaissance ou souvenir de leurs transmigrations? Raconte-moi tes propres souvenirs dans le sein de ta mère, et je te donnerai ma réponse...
« Apprends-le donc, c'est la loi de la sagesse suprême : qu'aucun esprit n'apporte dans un autre état d'existence des habitudes ou des qualités mentales autres que celles qui sont en rapport avec sa situation nouvelle. Le savoir relatif à la Terre ne serait pas plus utile à ces êtres glorifiés, que ne le serait leur poussière terrestre organisée, laquelle dans une température pareille serait réduite à son dernier atome ; sur la Terre même, le papillon n'emporte pas avec lui dans l'air les
TRANSMIGRATION DES AMES. Cl
organes ou les appétits de la chenille rampante de laquelle il est sorti. Toutefois, il y a un sentiment, une passion, que la monade ou essence spirituelle conserve toujours avec elle dans tous les étages de son existence, et qui chez ces êtres heureux et élevés s'augmente perpétuellement encore. C'est Y amour du savoir, c'est cette faculté intellectuelle, qui devient en effet, dans son dernier et plus parfait développement, l'amour de la sagesse infinie et l'union avec Dieu. Voilà La grande condition du progrès de l'àme en ses transmigations dans la vie éternelle.
« Même dans la vie imparfaite de la terre, cette passion existe à quelque degré; elle s'accroît avec l'âge, survit au perfectionnement des facultés corporelles, et au moment de la mort se conserve dans l'être conscient. La destinée future de l'être dépend de la manière dont cette passion intellectuelle a été exercée et agrandie pendant son épreuve terrestre transitoire. Si elle a été mal appliquée, si elle n'a eu que les formes d'une curiosité vague, d'une ambition non satisfaite, d'une vaine gloire, d'un orgueil oppressif, l'être est dégradé, il descend dans l'échelle des existences, et continue d'appartenir à la terre ou à quelque système inférieur, jusqu'à ce que ses défauts
soient corrigés par les épreuves pénibles d'existences nouvelles. (Nous nous faisons nous-mêmes ce que nous-sommes.) Au contraire, quand l'amour de la perfection intellectuelle s'est exercé sur de nobles objets, dans la contemplation et dans la découverte des propriétés des forme? créées, lorsque l'esprit s'est efforcé d'appliquer ses études
à un but utile et bienfaisant pour l'humanité, aussi bien qu'à la connaissance des lois ordonnées par l'Intelligence suprême, la destinée du principe pensant continue de s'effectuer dans l'ordre ascendant; il monte à' un monde planétaire supérieur.
« Au lieu donc de te représenter, comme dans ton ignorance d'autrefois, l'univers sidéral sous l'aspect d'une immensité lugubre et stérile , illuminée simplement des clartés nocturnes , au lieu de croire que l'œuvre vivante du Créateur se borne à la terre prétendue centrale et à son humanité prétendue unique, tu dois maintenant savoir que tous ces mondes innombrables de l'espace sont habités comme le vôtre; qu'il y alà des humanités vivant et pensant aussi bien qu'à la surface de votre planète; que votre humanité est l'une des plus ignorantes et votre monde un séjour inférieur ; et que la destinée des âmes et des êtres est