‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 60 sur 145 · SUR L'ÉTAT PRIMITIF DE L'HOMME · texte numérisé non relu

SUR L'ÉTAT PRIMITIF DE L'HOMME

Ambrosio. — Vous vous représentez l'homme, dans son état primitif de création, comme un sauvage semblable à l'aborigène de l'Australie ou de la Nouvelle-Zélande, qui, par le pauvre exercice d'une faible intelligence, acquiert simplement le pouvoir d'alimenter et de perpétuer sa vie. Maintenant, j'affirme que si l'homme avait été créé de cette sorte, il aurait été inévitablement détruit par les éléments ou dévoré par les bêtes fauves, si supérieures à lui par la force physique. Il faut donc qu'il ait été formé avec des penchants ou des facultés instinctives d'une nature variée ; qu'il ait reçu une perfection de forme et un usage d'organes appropriés à la destinée de celui qui devait se rendre maître sur la terre. Aussi, il me semble que l'histoire rapportée par la Genèse sur le premier couple humain, placé dans un jardin enrichi de toutes les choses nécessaires à son existence et à son bonheur, avec le commandement de croître et de multiplier, est en parfaite harmonie avec la raison , et d'accord avec une juste vue métaphysique de l'esprit humain.

L'homme, tel qu'il existe actuellement, ne peut être élevé de Son état d'enfance à la maturité qu'avec grand soin et difficulté; tous ses mouvements sont premièrement automatiques et ne de-

viennent volontaires que par l'association ; il doit tout apprendre par des procédés lents et difficiles ; plusieurs mois se passent avant qu'il puisse se tenir debout, et plusieurs années avant qu'il puisse se procurer les éléments les plus indispensables de la vie. Sans mère ou sans nourrice, il serait mort en quelques heures, et sans le dur travail de l'instruction et l'exemple, il resterait

idiot et inférieur à presque tout autre animal. La raison ne lui vient que peu à peu, et, dans son plus haut perfectionnement même, est souvent incertaine encore et chancelante ; par conséquent, il s'ensuit qu'il a dû être créé avec des instincts qui, pendant longtemps, remplacèrent le manque de raison, et qu'il a été fait capable, dès le premier moment de son existence, de répondre à ses besoins , de remplir ses devoirs et de jouir de la vie dans toute sa puissance et dans toute son activité.

Philaléthès. — Que votre raisonnement ait quelque force, je l'admets, mais non pas autant que vous semblez lui en attribuer. Je suppose le premier homme doué de certains pouvoirs instinctifs tels que ceux qui appartiennent actuellement aux rudes sauvages de l'hémisphère austral ; je le , suppose ensuite créé avec l'usage d'organes dé-

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fensifs et offensifs, et avec des passions et des penchants qui l'aidèrent à subvenir à ses propres besoins. Mais à vos histoires vagues et traditionnelles j'oppose le fait de races actuellement en cet état ; leur progrès graduel, depuisj'état primitif de la société jusqu'à celui de la plus haute civilisation, peut, je crois, être facilement déduit de l'exercice de la raison aidé par l'influence des pouvoirs moraux et des circonstances physiques.

Je me représente sans peine que le hasard ait eu quelque influence en offrant la première base pour certains arts ; un climat où le travail n'était pas trop pénible, et où il fallait de l'industrie pour répondre aux besoins de la vie, doit avoir engagé la race dans ses premiers pas vers le progrès. Où la nature est une trop bonne mère, l'homme est généralement un enfant gâté ; où elle est une marâtre, il a toute sa puissance virtuelle tarie et stérilisée.

Les peuples du Sud et du Nord, amsi que ceux qui habitent les tropiques, nous offrent aujourd'hui ïa preuve de la vérité de ce principe ; et il est possible même à présent de trouver sur la surface de la terre toutes les gradations différentes de la société, depuis celle où l'homme est

à peine au-dessus de la brute, jusqu'à celle où il paraît atteindre dans sa haute nature une intelligence divine. De plus, la raison est le don le plus noble que Dieu ait fait à l'homme, et je ne puis supposer qu'un tout-puissant Créateur, d'une sagesse infinie, ait doué les premiers habitants du globe d'une proportion plus grande d'instinct que celle qui était nécessaire pour conserver leur existence, £t qu'il n'ait pas voulu laisser le progrès de leur amélioration au travail, au développement et à l'élévation de leurs facultés intellectuelles 1 .

àmbrosio. — Il me semble que vous avez oublié dans votre argument l'influence qu'une race civilisée doit avoir sur les sauvages ; plusieurs

i* Non-seulement le progrès organique des races est contenu dans ces arguments, mais encore et surtout le progrès intellectuel de l'humanité. Les dernières discussions de physiologie zoologique d'une part, les observations faites d'autre part par, les grands voyages récemment accomplis chez les noires tribus de l'Afrique, comme chez les Peaux- Rouges de l'Amérique, établissent éloquemment que les variétés si nombreuses de l'espèce humaine progressent par l'exercice de leurs facultés intellectuelles et se développent aux dépens des retardataires, qu'elles exterminent tôt ou tard, soit rapidement par les guerres, soit lentement par la seule importation des habitudes civiHséos. C. Ft

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