‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 63 sur 145 · L'IDÉE DE DIEU DANS L'ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

L'IDÉE DE DIEU DANS L'ANTIQUITÉ

du tonnerre et des éclairs, avec sa résidence fixe dans l'air, selon les idées des Lévites. Dans toutes les Écritures, sa puissance est seulement mise en contraste avec les dieux païens, et dans la scène étrange qui s'est passée chez Pharaon, il semble avoir mesuré ses pouvoirs par ceux de quelques magiciens ou voyants, et n'avoir prouvé sa supériorité que par des faits encore plus terribles. Dans Thistoire entière de la nation juive il n'y a pas de conception qui approche de la sublimité de celle d'Anaxagore, quand il appelle Dieu Y Intelligence ou voSç 1 ; Jéhovah paraît toujours au contraire comme le Génie d'un conte arabe, ayant sa demeure dans les nuages, descendant sur une montagne, encourageant le peuple de son choix à commettre les crimes les plus atroces

1. Les efforts de la pensée grecque, dont on a vu un si remarquable exemple dansXénophane (V. Dieu dans la nature, 1W. V), pour la conception pure de l'intelligence divine, le polythéisme lui-même dans son adoration des forces de la nature divinisée, constituaient un déisme bien plus •élevé que celui des Hébreux, ej que celui même du christianisme de l'époque de Constantin, dans lesquels la tendance à se représenter Dieu sous la forme humaine, ou l'anthropomorphisme, est très-sensible. On a suffisamment calomnié le polythéisme pour ne pas le défendre un peu maintenant en se déclarant déiste, sans être pour cela panthéiste, c. f>

pour exterminer toutes les races qui ne partageaient pas la même foi, et tout détruire jusqu'aux enfants, et même jusqu'aux enfants encore sommeillant dans le sein de leurs mères ! D'autre part, je ne trouve point dans l'Écriture la promesse d'un Messie spirituel, mais bien plutôt celle d'un roi temporel encore à venir, comme le croient les Juifs. Le serpent dans la Genèse n'a aucun rapport avec l'esprit de la méchanceté, mais on le regarde simplement comme un reptile dangereux dont le venin fut souvent funeste à l'homme, d'où s'ensuivait naturellement une guerre perpétuelle entre leurs races. Le serpent, quand il le pouvait, devait mordre le talon de l'homme, et l'homme, quand l'occasion s'en présentait, devait en revanche lui briser la tête. J'admets, si vous voulez, qu'il y a au fond dè l'esprit humain un instinct de religion ou de superstition; instinct revêtant des formes différentes selon les circonstances locales, selon les événements historiques et selon l'état du climat. Mais je ne suis pas convaincu que la religion des Juifs ait été supérieure à celle des Sabéens, adorateurs des étoiles, ni à celle des anciens Persans qui offraient leur culte au soleil comme à un symbole de la puissance divine, ni davantage à celle de ces na-

tions de l'Orient qui adoraient les pouvoirs et les attributs de la divinité dans les formes diversifiées de l'univers visible. Quant à la tolérance, je suis comme un des Romains du passé : dans mon Panthéon, je voudrais qu'il y eût une place pour tous les dieux, mais je ne permettrais ni aux brahmes, ni aux chrétiens de discuter sur des questions aussi insolubles que le mode de l'incarnation ou les attributs de leur dieu trinaire.

Ambrosio. — Vous ne m'avez pas compris, mon cher penseur, si vous croyez que vos opinions m'ont offensé le moins du monde. J'ai trop observé les égarements de. la raison humaine pour qu'ils puissent me surprendre, et votre manière de voir n'est pas rare dans le monde des jeunes gens d'esprit, qui n'examinent que légèrement les évidences de la religion révélée. Toutefois, je suis heureux de constater que vous n'êtes pas de cette école de sceptiques qui trouvent dans l'astronomie ancienne tous les germes du culte hébraïque, identifient les travaux d'Hercule avec ceux des héros juifs, et ne voient dans la vie et la mort du Messie ressuscité que l'histoire du jour solaire l .

1. Allusion à l'Origine des cultes de Dupuis et à l'école philosophique régnante de la fin de l'empire. Ce système d'interprétation applicable à la mythologie astronomique,

Au moins, vous admettez l'existence d'un instinct religieux, ou, si vous préférez l'appeler ainsi, une superstition innée dans l'esprit humain. Plus tard, ' cette base vous donnera, je l'espère, un système de foi digne d'un philosophe chrétien.

L'homme, avec quelque instinct religieux qu'il ait été créé, était destiné à communier par sensations avec l'univers visible, et à se mettre en relation avec la nature par ses organes; aussi, dans l'état primitif de la société, fut-il plus spécialement sous l'influence de ses sens grossiers. Si l'on admet l'existence d'une Intelligence suprême, et ses intentions bienfaisantes envers l'homme ' il faut admettre aussi que les idées sur son existence qu'elle a voulu imposer à l'homme, telles que la vénération, l'amour, l'espérance, il crainte, devaient être en harmonie avec l'ordre général des sensations humaines. (Je ne sais si vous me comprenez bien.) La môme puissance infinie, qui dans un instant pouvait créer l'univers, pouvait également modifier les idées d'un

et qui pouvait rendre compte de plusieurs épopées primitives en les attribuant à la célébration de la marche du soleil dans le zodiaque, était évidemment exagéré dans ses prétentions à se substituer aux traditions relatives à 1 existence de Jésus, c. f.

Page 1