JUSTIFICATIONS FUNESTES
démons; le Sauveur guérit cette maladie, et l'Évangile exprime le fait en disant qu'il a chassé les démons. Sans entreprendre l'explication des miracles historiques du christianisme, il suffît de dire que la vérité de la religion est constatée par un miracle permanent : par l'état actuel des Juifs, prédit par Jésus ; leur ville et leur temple ayant été détruits, malgré tous les efforts tentés pour les rétablir, et leur race entière étant devenue un objet de mépris et de répulsion pour le genre humain.
Ontphrio. — Très-bien ! Toutefois, outre que votre arrangement n'est pas très-clair, et quelque peu mystique, vous ne répondez pas à mes observations au sujet des cruautés pratiquées par les Juifs d'après le commandement de Jéhovah, usage que je trouve opposé à toute idée de justice divine et même humaine.
Ambrosio. — Je crois que Philaléthès même admettra que des maladies physiques et morales puissent être héréditaires, et que, pour détruire une fausse croyance ou le culte des démons, il ait été nécessaire de frapper de destruction la race entière. Supposons, par exemple, qu'une maladie contagieuse semblable à la peste soit transmise par telle ou telle famille à ses enfants, et de là
aux autres personnes saines ; détruire la malheureuse famille par laquelle cette maladie pourrait se transmettre serait un véritable bienfait, sans aucun doute. D ailleurs, je crois à l'immortalité du principe pensant dans l'homme; la destruc- ' tion de la vie n'est qu'un changement d'existence, et en supposant, comme il est probable, que votre nouvelle existence soit supérieure à celle-ci, quitter cette vie n'est qu'un avantage. Devant l'intelr ligence suprême, la mort d'un million d'êtres humains n'est autre chose que la simple circonstance * d'un changement de demeure par un grand nombre d'essences spirituelles, métamorphose analogue à celle de ces myriades de larves qui laissent leur enveloppe terrestre et s'élèvent dans l'atmosphère comme les mouches au matin d'un beau jour d'été. Lorsque les œuvres de l'esprit divin sont mesurées par l'homme et par ses faibles combinaisons, nous tombons infailliblement dans l'erreur. Le fini ne peut jamais comprendre Tinfini.
OiWhmo. — Vous êtes décidément splendide !
mon cher. Alors, d'après vos raisonnements, les prêtres de Juggurnaut pourraient défendre leur idole de la sorte, et même y trouver une belle excuse pour la destruction des milliers de victimes vo-
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lontaires qui se font écraser par les pieds de l'éléphant sacré 1 ?
Ambrosio. — Il n'y a pas de* doute qu'ils le pourraient, et j'admettrais la justice de leur défense si je voyais dans leur religion quelque germe d'une institution divine, capable de devenir comme celle de Jéhovah la foi du monde civilisé, joignant à la plus parfaite forme de
1. Juggurnaut est un des noms.de Vichnou (la seconde personne de la trinité hindoue) et aussi le nom de la capitale d'Orissa, province des Indes orientales. Les indigènes de l'Hindoustan la nomment Poury. Son nom européen est aussi Djaguernat (40,000 hab. à 480 kil. S.-O. de Calcutta). Son célèbre temple, dédié à Vichnou, y attire plus d'un million de pèlerins pendant les fêtes qui s'y célèbrent encore. A la grande féte annuelle, une foule fanatique a coutume de traîner trois chars gigantesques, hauts do plus de quatre-vingts pieds, surmontés de la statue colossale de Vichnou, de son frère et de sa sœur.
Les fidèles idolâtres se jettent par milliers sous les roues pesantes du char et se font broyer en lambeaux sanglants, dans la conviction d'obtenir un bonheur éternel. Les jeunes mères elles-mêmes ne craignent pas d'y précipiter leurs petits enfants. Les corps écrasés ne reçoivent point de sépulture, et les cadavres se décomposent en couvrant une étendue de plusieurs lieues, jusqu'à ce que les bétes fauves viennent en débarrasser la ville sacrée! ...
Depuis quelques années le gouvernement anglais a diminué autant qu'il l'a pu ces usages barbares, mais sans pouvoir encore entièrement les faire évanouir, c. p.
déisme la plus pure et la plus haute moralité. Je considère les premiers faits de la nation juive simplement comme les marches les plus basses et les plus rudes d'un temple élevé à l'Être suprême par lui-même, comme un autel spécial d'adoration où il puisse recevoir un culte pur. Dans les commencements de la société il a fallu, pour agir sur des hommes non civilisés, des récompenses et des punitions temporelles et grossières ; des rites sévères et une discipline rigide ont été nécessaires pour maintenir l'esprit dans l'ordre, et la punition des nations idolâtres servit d'exemple aux Juifs. Lorsque le christianisme prit la place du judaïsme, les idées sur l'Être suprême devinrent plus pures et plus abstraites, et les attributs visibles de Jéhovah et de ses anges paraissent avoir été moins fréquemment présentés à l'esprit. Cependant il semble que pendant plusieurs siècles la grossièreté de nos sens matériels ait demandé l'aide de la vue pour fixer et perpétuer le caractère de l'instinct religieux. Dans l'Eglise dont je suis membre, aussi bien que dans tout le christianisme du temps primitif, les images, les tableaux, les statues et les reliques, ont été employés comme moyens d'éveiller le sentiment -de dévotion. On nous accuse d'adorer