LES MIRACLES. LA FOI
esprits destinés à les embrasser. Je ne vois rien d'improbable dans l'idée qu'une partie intégrante de son essence ait pu animer la forme humaine ; sans aucun doute, cette croyance a existé dans l'esprit des hommes ; or, la foi constitue la partie vitale de la religion. Nous ne connaissons pas la génération de l'être humain, quoiqu'elle appartienne au cours ordinaire de la nature ; combien donc serait-il absurde de prétendre raisonner sur les actions possibles de l'esprit infini ! Ya-t-ii plus de difficulté à imaginer une conception divine qu'une création divine? Devant Dieu, le petit, le grand, l'infini même, d'après nos éléments de mesure , sont égaux ! Une création de la terre, tout insignifiante qu'elle soit, peut avoir la môme considération que des millions d'êtres supérieurs, habitant des sphèresplus élevées. Or, je considère que c'est par des modifications dans nos sensations ou dans les idées de l'esprit humain, et non par des transformations physiques de la nature, que se sont effectués les phénomènes miraculeux de notre religion. Lorsqu'on a une horloge ou une machine quelconque à réparer, il faut la démonter entièrement, et ensuite la reconstituer de nouveau. Cependant, pour la puissance et la sagesse infinie, un changement dans l'état actuel de l'être humain
peut être le résultat d'une volonté momentanée, et même le seul fait de la foi peut produire ce changement. La puissance de l'imagination, même dans la vie ordinaire, se montre en des exemples frappants, et rien ne paraît impossible pour cette imagination, lorsqu'elle est influencée par la puissance divine. Mais ce serait un travail interminable que d'essayer de répondre à toutes les objections qui peuvent être tirées du manque de conformité entre la doctrine chrétienne et Tordre ordinaire des événements.
Mon premier principe est que la religion n'a rien de commun avec le cpurs vulgaire des choses. C'est un instinct pur et divin , destiné à donner à l'homme des vérités qu'il ne pourrait obtenir par le simple exercice de sa raison, et qui souvent, au premier abord, paraissent en contradiction avec elle ; mais une fois bien approfondies et considérées dans leurs relations les plus étendues, ces vérités se trouvent d'accord avec la science la plus haute. De sorte que, réellement, les résultats delà raison et de la foi finissent définitivement par s'harmoniser. L'arbre de la science est greffé sur celui de la vie, et le fruit qui apporta dans le monde la crainte de la mort croît sur une tige immortelle et devient le fruit de l'immortalité promise.
Ohufhrio. — Vous ne manquez pas d'éloquence pour défendre yotre cause, mon cher docteur en droit canon; mais vous ne nous rendrez pas catholiques avec ce procédé-là. Du moment où vous consentes à admettre que la raison n'a rien à voir dans les mystères de votre religion, je n'ai qu'un parti à prendre, c'est de vous laisser catholique et de rester libre penseur. Autre chose, maintenant. Vous faites venir le christianisme du judaïsme. Je ne distingue pas leur rapport aussi clairement que vous vous imaginez le voir ; il me semble plus naturel de croire que la religion de Mahomet tire son origine de Moïse. Le Christ fut un Juif, et circoncis; Mahomet continua ce rite, comme le font encore aujourd'mr ses disciples, quoique les chrétiens aient préféré . s'en abstenir. En outre, les doctrines de Mahomet paraissent avoir une prétention plus directe à ■ l'origine divine que celle de Jésus ; sa moralité est aussi pure , son déisme plus pur, et son système de récompenses et de punitions après la mort exactement en conformité avec nœ idées sur la justice éternelle.
àmbrosio. — La décision de la question générale dépend de la décision de celle-ci en particulier. Les mahométans n'ont jamais essayé de
trouver dans l'Ancien Testament quelque prophétie sur leur fondateur, et jamais ils n'ont même prétendu qu'il ait été le Messie; par conséquent, quant à la question des prophéties, il n'y a rien là qui puisse nous engager à admettre la vérité de la religion de Mahomet. Il a été à la mode, dans une secte spécieuse de sceptiques, de louer la moralité des musulmans, ce qui me paraît d'une justice douteuse; on les dit honnêtes et charitables entre eux; mais ils admettent la polygamie, la pluralité des femmes, méprisent et persécutent toute nation d'une foi différente de la leur. Ouelle différence entre cette moralité et celle de l'Évangile, par laquelle la charité est ordonnée à tout homme, voire même les bienfaits aux ennemis; et où l'on voit Jésus présenter à ses disciples les petits enfants pour modèles. De plus, dans les récompenses et les punitions de l'autre vie, chez les mahométans, combien toutes leurs idées sont grossières et peu dignes des promesses d'un Être spirituel et divin ; leur paradis n'est qu'un jardin terrestre, séjour déplaisirs sensuels, oùleshouris représentent les favorites de leurs harems bien plutôt que des natures angéliques et glorifiées. Quelle différence dans le ciel du chrétien! Combien sublime est sa perspective indéfinie ! si mer-