CHRISTIANISME ET LIBRE EXAMEN
veilleusement appropriée en même temps à un être doué de facultés intellectuelles et progressives ! Comme il est doux de savoir « que l'œil n'a point vu, que l'oreille^n'a point entendu, et que Fesprit de l'homme n'a point connu les joies que Dieu a préparées à ceux qui l'aiment. »
Onuphmo. — Votre réponse est ingénieuse, quoiqu'on puisse objecter à votre charité et à votre tolérance chrétiennes les guerres de religion et les persécutions commises par le catholicisme lui-même. Votre dernière allusion au ciel chrétien ne manque pas de profondeur; mais ne croyez pas que je permette qu'une question si variée dans son étendue puisse être résolue par un avautage aussi faible. Maintenant je vais vous présenter une autre difficulté. Vous admettez que les lois des Juifs ont été établies par Dieu lui-même, données à Moïse par le Tout-Puissant au milieu de sa gloire, dans une tempête de tonnerres et d'éclairs, au mont Sinaï? Pourquoi donc cette loi , si elle était pure et divine, aurait-elle été abolie par celui-là même qui l'avait établie, et pourquoi toutes les cérémonies hébraïques ont-elles été détruites par les premiers chrétiens ?
Ambrosio. — Je nie entièrement que la loi divine de Moïse ait été abolie par le Christ, qui lui-
même a dit : « Ne pensez point que je sois venu détruire la loi ou les prophètes; je suis venu non pour les abolir, mais pour les accomplir. » Les parties vitales du credo du vrai chrétien ont pour base les dix commandements . Ma conviction est que la religion du Christ était le déisme pur, comme celle des patriarches; les rites et les cérémonies établis par Moïse semblent n'avoir été que des formes adjointes à la religion spirituelle convenant à leur climat particulier ou à l'état spécial de la nation juive, et plutôt un vêtement qu'un corps constitutif de la religion ; en un mot, un système de discipline, et non pas l'essentiel de la doctrine. Les rites de la circoncision et des ablutions étaient nécessaires à la santé et peut-être à l'existence même d'un peuple habitant les climats les plus chauds; et dans l'offrande des prémices, on peut apercevoir un but en rapport, non-seulement avec la loi du peuple, mais encore avec son économie politique. Offrir le meilleur choix de leurs biens, en témoignage de leur gratitude envers le Tout- Puissant, fut une espèce d'épreuve de dévouement et d'obéissance à la théocratie. Et encore, ces sacrifices rendirent-ils le travail obligatoire, car il fallait qu'ils fussent munis d'une certaine abondance supérieure à la nourriture ordinaire, ce qui
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les garantissait du danger de famine, puisque, en cas pareil, il était permis au prêtre, par l'autorisation divine, de se servir de ces offrandes pour les besoins du peuple. Les éléments les plus purs de la foi descendue d'Abraham à David furent conservés par le Christ; mais quant aux cérémonies, elles n'étaient adaptées qu'à un peuple particulier et à une nation spéciale. Le christianisme, au contraire, devait être la religion universelle du monde civilisé, lequel est toujours en progrès; je vois là une preuve de plus que sa nature et son origine divines sont conformes aux principes du progrès et de la perfection de l'esprit humain. Lorsqu'ellafut donnée à une race particulière fixée dans un certain climat, son but mtr tangible, sa discipline sévère, ses cérémonies nombreuses et imposantes, conditions propres à agir sur le faible et l'ignorant, par conséquent sur l'homme obstiné. Dans son développement graduel, elle se débarrassa de son caractère local et de ses formes particulières, et adopta des cérémonies plus convenables à la grande famille humaine. Quant aux principes essentiels de cette religion chrétienne, elle ne consacre que des doctrines pures, spirituelles, philosophiques; elle comprend à la fois l'unité de la nature divine, l'état futur des âmes et un
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système de récompenses et de châtiments dignes d'un être responsable et immortel.
Philaléthès. — J'ai écouté attentivement votre discussion. Les principes de la religion interprétés par Ambrosio , la met devant moi dans un nouveau jour; et je m'instruis à en faire un parallèle avec l'exposition de mon Génie. J'ai toujours considéré le sentiment religieux comme instinctif ; mais les arguments d' Ambrosio m'ont donné quelque chose qui approche d'une foi définie, au lieu des idées obscures et vagues que j'avais. Je ne verrais pas grande difficulté à admettre que l'homme ait étç créé, non pas absolument sauvage, mais doué de nouvelles facultés, de certaines connaissances et de divers pouvoirs instinctifs. De plus, ces pouvoirs et ces connaissances auraient pu être transmis par lui à ses enfants. Mais il n'est pas démontré que par suite du mauvais exercice de la raison contre la volonté divine, les facultés instinctives de la plupart de ses descendants se soient détériorées et en définitive aient été complètement perdues, sauf dans la race d'Abraham et de David qui les aurait conservées, ni que le plein pouvoir primitif ait été de nouveau accordé au Christ, ou repris par lui. Je reconnais l'influence de la religion sur l'amélioration et le