LA RELIGION NATURELLE
progrès du monde, et vos vues, mon cher Ambrosio, me semblent se rapporter en somme à une loi générale de notre nature. La révélation peut être regardée, non pas comme la parole de Dieu, mais plutôt comme une faculté constante appartenant à l'esprit de l'homme; la croyance en des agents supérieurs et des formes surnaturelles, aussi bien que les prophéties et les miracles, ne paraissent être que les manifestations nécessaires de cette faculté. Comme être raisonnable, l'homme devait toujours arrriver à la connaissance de son immortalité, et de sa destinée ; mais sous l'influence de la foi, il y a de plus l'obéissance absolue à la volonté divine, dont l'excellence nous est assurée. Sous ce rapport, on peut comparer la destinée de l'homme sur la terre à la migration des oiseaux. Si, par exemple, un oiseau au vol lent des îles Orcades, raisonnait pendant l'automne et pouvait se servir de son raisonnement, quant à la probabilité de se nourrir et de trouver son chemin à travers les mers et les déserts, en voyageant vers un pays plus chaud, situé à un millier de lieues de distance, il est assurément bien probable qu'il mourrait de faim en route ; mais, dirigé par son instinct, il arrive sain et sauf. J'ai admis la force de vos objections sur ma vision re-
m LA RELIGION.
lative à l'origine de la société; j'espère, maintenant que vous admettrez, à votre tour, que la doctrine de la Pluralité des existences de l'âme n'est pas incompatible avec la révélation sur l'avenir de l'être humain.
Ambbosio. — La révélation ne nous a pas expliqué la nature de cet état, quoiqu'elle nous l'annonce comme vérité certaine. Par les faits géolor giques, aussi bien que par l'histoire sacrée, on est assuré que l'homme est récent sur le globe, et que ce même globe depuis sa création a subi une révolution considérable par l'eau. On peut également croire à une autre révolution par le feu, qui préparera pour l'homme une existence nouvelle et purifiée. Mais voilà tout ce qu'il est permis de conjecturer; or, puisque l'état à venir doit différer entièrement de notre état actuel de misère et d'épreuve, en savoir plus serait inutile et véritable^ ment presque impossible.
Puilaléthès. — Mon Génie place les natures spirituelles et purifiées dans les mondes cométaires. Peut-être sera-ce par la rencontre d'une comète que cette révolution du feu adviendra.
Ambrosio. — L'imagination humaine peut se figurer mille manières pour la produire, mais chercher à voir le fin mot de tout cela me paraît insensé.