LA RELIGION NATURELLE. H
Piiilaléïhès. — Ne dites pas insensé, car c'est là une anxiété de connaître bien respectable.
Ambrosio. Pour moi, ma foi me satisfait. Te- •
nez! Voyez l'aurore aux doigts de rose, qui com mence à se montrer à l'orient; vers l'horizon , en face du cratère du Vésuve, il y a quelques nuées sombres qui nous laissent voir par leurs bords lumineux et brillants que déjà l'astre du jour se montre dans les pays situés au-dessous de nous. Je pense qu'elles pourraient servir comme image de l'espérance de l'immortalité tirée de la révélation, car la lumière réfléchie dans ces nuages nous assure que ces contrées lointaines sont illuminées .par les rayons splendides du soleil, quoique nous ignorions complètement les traits du paysage. Ainsi en est-il de la révélation la lumière d'un monde glorieux et impérissable nous est découverte; mais nous ne la connaîtrons que dans l'éternité, et non par l'œil mortel, ni par notre imagination terrestre.
Phclalétijès. — 3e ne suis pas aussi versé dans la connaissance" des Écritures que vous paraissez l'être vous-même; mais il me semble qu'on y trouve le bonheur suprême du ciel plus distinctement désigné que vous nervoulez le dire. Il me semble me souvenir que les saints y sont couron-
nés de palmes, et qu'ils sont dépeints chantant perpétuellement les louanges du Père éternel. • Ambrosio. — Toutes ces images sont métaphoriques, c'est évident, La musique est le plaisir sensuel qui approche le plus près de la jouissance intellectuelle, et peut le mieux représenter le charme puisé dans la perception de l'harmonie des choses et de la vérité existant en Dieu. La palme, arbre toujours vert, et l'amarante, fleur perpétuelle, sont des emblèmes de l'immortalité. S'il m'est permis d'émettre une idée symbolique sur l'état des élus, j'aimerais mieux l'imaginer semblable à ce charmant bosquet d'orangers dans ce beau vallon où le soleil jette ses premiers rayons, sur des arbres gracieux chargés à la fois de fruits d'or et de belles fleurs odorantes argentées. Ce paradis terrestre peut bien représenter un état où l'espérance et la jouissance sont unies dans un sentiment éternel.
Ojhuphrio. — Il paraît que ce magnifique lever du soleil vous a rendus tous deux poétiques; quoique je sois le plus triste, et le plus mélancolique de nous trois, je ne puis m'empêcher d'en être influencé moi-même et de croire avec vous qu'une aurore brillante succédera à la nuit de la mort; mais, comme nous le voyons dans la scène