‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 72 sur 145 · LA RELIGION NATURELLE. H · texte numérisé non relu

LA RELIGION NATURELLE. H

Onuphrio. — Oui, je vous comprends, mais votre méthaphore est plus poétique que juste; je ne doute pas, cependant, que votre discipline ne m'amène plus vite à la lumière que si je continuais à la chercher à travers les verres enfumés du scepticisme.

Ambrosio. — Certainement, car non-seulement ces verres en diminuent l'éclat, mais ils. en altèrent encore la nature.

Philaléthès. — L'athéisme est une insoutenable erreur. Élevons-nous vers l'Être suprême par l'exercice croissant "de nos facultés intellectuelles. Si nous n'avons pas tous une croyance égale en une religion révélée , la philosophie spiritualiste des sciences nous invite toutefois à conclure à la religion naturelle.

TROISIÈME DIALOGUE

TROISIÈME DIALOGUE

•Rencontre de l'Inconnu aux ruines du temple de Pœstum. Entretien sur la formation des terras par les dépôts de la mer. Dépôts calcaires par les eaux. Origine des pierres et des marbres. L'eau et l'acide carbonique. — Géologie. — Histoire de la Terre. Les temps primitifs. Le feu central. La science moderne et la Genèse.

Les amis dont j'ai parlé dans les récits précédents m'accompagnèrent encore dans plusieurs promenades sur l'eau et sur la terre ferme, et en particulier dans une visite aux Champs-Phlégréens. Nous étions au commencement du mois de mai, la saison la plus charmante pour jouir des beautés de la nature, et pendant laquelle il nous fut donné d'étudier la ravissante campagne qui entoure la baie de Naples, si riche par. elle-même , si merveilleusement privilégiée , et de plus si intéressante encore par ses monuments et ses souvenirs du passé. Notre dernière excursion dans l'Italie du Sud fut la plus importante, en ce qu'elle me

m L'INCONNU.

fit faire la connaissance du personnage singulier qui, depuis, a eu tant d'influence sur ma vie; cet événement mérite des détails particuliers, et je dois à cette œuvre de les raconter ici.

Le 16 mai 1818, nous étions partis de Naples, à trois heures du matin, pour visiter les ruines des temples de Paestum. Ayant pris nos arrangements d'avance pour les relais de chevaux , nous nous trouvâmes, environ à une heure et demie, sur le versant de la côte d'Eboli, vers la plaine où sont situés ces monuments prodigieux de l'antiquité. Si mon existence pouvait se prolonger pendant dix siècles, je crois que jamais je ne pourrais oublier le plaisir ineffable que je goûtai en arrivant dans ces lieux enchanteurs. Étant descendus de voiture pour nous rafraîchir, nous nous reposâmes sur l'herbe, à l'ombre d'un pin vénérable , le regard absorbé dans la contemplation des beautés déployées autour et au-dessous de nous. A droite, de riantes collines boisées s'étendaient vers Salerne; au delà apparaissaient les falaises de marbre qui bordent l'extrémité méridionale de la baie de Sorrente ; immédiatement à nos pieds se déroulait une riche campagne tapissée de vignes, et ornée de villas entourées de vastes jardins, où l'olivier et le cyprès se montrent côte à

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côte,... comme pour nous faire ressouvenir combien sont voisines Tune de l'autre la vie et la mort, la joie et la douleur.

Les montagnes un peu éloignées, dans toute la splendeur de leur printanière verdure, se perdaient dans la vaste étendue de la plaine de Pœstum, où, comme au milieu d'un désert, dans le lointain extrême, on apercevait des temples blancs resplendissant au rayonnement du soleil. Le miroir azuré de la mer Thyrrénienne complétait cet admirable paysage, qui, malgré tant de beauté, n'était cependant pas absolument calme. Il y avait un air vivifiant venant du sud-ouest, un véritable zéphir, et sa fraîcheur, au milieu du jour, était particulièrement suave et délicieuse; c'était un souffle d'été volé par le printemps. Jamais je n'ai vu d'azur plus pur que ces vagues qui venaient caresser la plage, azur transparent, encore rehaussé à travers ces vagues par la blancheur étincelante de leurs crêtes. Au sein de cette grande et douce activité de la nature, on croyait sentir quelque chose d'une vie renaissante et palpitante ; le murmure du balancement des branches du pin, le tremblement de ses rameaux aux fruits pendants, les soupirs des vagues et le bruissement des vents , étaient surmontés et dominés

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par le chant d'un nombre considérable d'oiseaux sautillant dans les branches, et entrecoupés des gémissements doux et amoureux de la colombe des bois; de sorte que, dans ce tableau du travail de la nature, les accents d'amour prédominaient.

Touchés jusqu'au fond de l'âme par cette scène ravissante, nous reprîmes le chemin des ruines, et après avoir fait choix d'un guide chez un fermier, nous commençâmes à examiner les ruines merveilleuses, qui ont survécu même au nom du peuple qui les a élevées, et demeurent encore presque intactes, tandis qu'une ville romaine et sarrasine ont été bâties et détruites depuis. Après une promenade longue et en plein soleil, autour des temples, notre cicérone nous représenta le danger qu'il y aurait à séjourner plus longtemps et à s'exposer aux émanations et aux miasmes qui caractérisent tristement cet endroit et nous conseilla d'entrer dans l'intérieur du temple de Neptune. Son conseil ayant été suivi, nous commençâmes à examiner l'architecture intérieure du temple , et déjà mes deux compagnons entreprenaient de mesurer la circonférence d'une des colonnes doriennes, lorsque tout à coup ils appelèrent mon attention sur un étranger assis derrière cette même colonne.

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L'apparition d'un être humain dans cet endroit et à cette heure était assez remarquable, mais l'homme qui était devant nous aurait été remarqué n'importe où, tant par sa mise que par tout son extérieur. Il était occupé à écrire sur un carnet; quand il s'aperçut de notre présence, il se leva immédiatement et nous salua fort gracieusement, ce qui me laissa voir distinctement son ensemble. 11 était au-dessus de la taille moyenne, svelte mais bien pris ; son visage offrait une expression rare, ses yeux étaient vert de mer pénétrant, son front large et uni sans ride; sauf quelques cheveux gris qui argentaient ses tempes, on aurait pu le supposer à l'automne de la vie. Je remarquai son nez aquilin, et je trouvai sa physionomie extrêmement douce; quand il parla à notre guide, ce qu'il fit couramment dans le dialecte napolitain, il me sembla n'avoir jamais entendu une voix plus agréable, plus sonore, ni plus argentine. Ses vêtements, d'une forme assez originale , rappelaient d'abord ceux d'un ecclésiastique, simples et sans prétention. Sur le pavé, à côté de lui, était son chapeau à larges bords, d'un blanc gris , orné de la coquille des pèlerins; son cou portait un chapelet de perles auquel on voyait attaché un long flacon antique

m L'INCONNU.

d'émail bleu, pareil à ceux qu'on trouve dans les tombeaux grecs. Il ramassa son chapeau et sembla se retirer vers une autre partie du monument, quand je lui fis nos excuses de l'avoir dérangé dans ses études , en le priant de les reprendre puisque notre présence ne devait être que momentanée, le soleil s'étant voilé de nuages, et la grande chaleur qui nous avait forcé d'entrer commençant à diminuer.

Je lui avais adressé la parole en italien , mais il me répondit dans ma langue natale , ajoutant qu'il supposait que la crainte de contracter la fièvre nous avait engagés à chercher un abri ; mais qu'il était prématuré dans la saison d'avoir aucune crainte bien fondée sur cet ennemi terrible dont les ravages se font surtout sentir en été. Cependant, ajouta-t-il, je porte toujours ce flacon sur moi, comme préservatif contre les effets de la malaria, et j'ai déjà pu acquérir l'expérience que c'est une habitude très-efficace.

« Quelle peut être la nature de ce préservatif de la fièvre? lui demandai-je, en observant qu'il serait sans doute bon et utile de divulguer ce spécifique et de le faire connaître aux voyageurs.

— C'est, me répondit-il, un mélange qui pro-

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