LES ÉPIDÉMIES
brouillards épais communs le matin et le soir en de tels lieux. Dans cette hypothèse, on recommande des vêtements chauds et des feux pendant la nuit, comme les meilleures garanties contre ces affreuses maladies si fatales aux paysans qui restent l'été et l'automne dans le voisinage des marais de Rome, de la Toscane et de Naples.
— Je connais ces opinions, qui ne manquent pas de quelque importance, répondit l'étranger ; mais la non-existence d'une matière spécifique amenantla contagion dans l'atmosphère marécageuse, n'est pas prouvée par cela seul que la chimie n'en a pas encore fait la découverte. On connaît si peu les agents dont peut être affectée la constitution humaine, qu'il est à peu près stérile de raisonner sur ce sujet. 11 n'en est pas moins vrai que la ligne de la malaria, au-dessus des marais Pontins, est dessinée par un brouillard épais le matin et le soir, et que la plupart des anciennes villas romaines avaient déjà été placées sur deséminences au delà de ce brouillard. J'ai moi-même éprouvé des effets singuliers de l'odorat dans le voisinage des marais, le soir, après un jour de grande chaleur ; et les cas où l'on a été saisi de la fièvre dans la saison malsaine, en s'exposant une seule fois à l'endroit infesté du mauvais air, appuient, à mon
avis, en faveur de l'idée qu'il existe dans l'atmosphère de ces lieux quelque chose d'analogue à une matière délétère. Mais je ne le tiens pas pour certain. Toutefois, j'espère que le temps n'est pas loin ou les progrès de la physiologie et de la chimie décideront cette question importante. »
En ce moment, Ambrosiô s'avança, et désirant savoir si les masses de travertin dont sont construits ces temples et leurs murs cyclopéens ont été formées, comme on le pense, d'un dépôt aqueux du Silaro 1 , demanda à l'étranger de vouloir bien lui donner son avis. La manière d'être de celui-ci avec notre cicérone montrait, en effet, qu'il devait connaître le .temple de Pœstum à tous les points de vue.
« Sans contredit, répondit l'inconnu, ces masses sont le produit d'un dépôt aqueux, et c'est par le Silaro que cela s'est opéré ; mais je crois plutôt, continua-t-il, que ces pierres viennent d'une carrière qui se trouve près d'un ancien lac dans le voisinage de la ville. Dans une demi-heure , si vous le voulez, après avoir terminé votre visite au temple avec votre guide, je vous conduirai à ce lac ; vous reconnaîtrez avec moi que des masses considéra-
1. Le Sélé, rivière descendant de l'Apennin au golfe de Pœstum.