‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 81 sur 145 · LES CONCRÉTIONS CALCAIRES · texte numérisé non relu

LES CONCRÉTIONS CALCAIRES

fondes cavernes de la terre, et qui perdent à chaque instant ce que nous pourrions appeler leur vie dans l'atmosphère !

Ces dernières observations de l'Inconnu me rappelèrent le souvenir de quelques phénomènes que j'avais remarqués plusieurs années auparavant, et dont je n'avais pu alors me rendre compte. J'étais à la chasse dans les marais qui entourent les ruines de Gabia, et où l'on rencontre encore des vestiges que l'on suppose provenir de l'aqueduc d'Alexandre. Une petite colline insulaire, composée entièrement de travertin, se présenta à ma vue ; à sa cime il y avait des formations de tuf évidemment produites par un courant d'eau, mais toute la masse était parfaitement sèche et incrustée de végétaux. De prime abord, j'avais cru cette petite montagne formée par un jet d'eau calcaire, par une espèce de petite fontaine analogue aux geisers, qui aurait déposé le travertin et aurait continué à s'élever à travers le bassin, en coulant d'un niveau plus élevé. Toutefois, la forme irrégulière de l'éminencene répondait pas à cette idée, et j'étais resté embarrassé par le fait sans pouvoir m'en expliquer la cause. Aujourd'hui, il me semblait probable, selon les vues de notre nouvelle connaissance, que l'eau

calcaire était sortie des anciennes fentes de l'aqueduc, et avait formé une colline où s'étaient trouvées enfermées les briques du monument.

Celles qui, dans d'autres endroits, n'avaient pas reçu cette incrustation de travertin, ont été entièrement détruites et même ont disparu du sol. Je communiquai cette circonstance et mes idées sur ce point.

« Cette explication et la théorie qu'elle comporte sont très-judicieuses, dit l'Inconnu. Je connais fort bien l'endroit, et si vous n'en aviez pas parlé, je l'aurais probablement cité comme exemple de conservation des œuvres d'art par les accidents de la nature. L'an dernier, je fus tellement frappé de cet aspect, que je fis enlev|r une partie du travertin par des ouvriers; or je trouvai précisément le canal de l'aqueduc au-dessous de la masse dans un état parfait de conservation, et les briqués des voûtes aussi intactes que si elles venaient d'être récemment posées. »

L'Inconnu fut interrompu par Onuphrio qui se hâta de dire : « J'ai toujours supposé que dans tout système géologique l'eau doit être considérée comme cause destructive de la surface du globe ; mais, dans tous les cas dont on vient de parler, elle semblerait plutôt une puissance conservatrice

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