‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 84 sur 145 · GÉ0GN0SIE · texte numérisé non relu

GÉ0GN0SIE

loi

fluidique enveloppée d'une atmosphère immense, gravitant dans l'espace autour du soleil ; par suite

l'influence qu'elle exerce sur les mouvements de la lune ; réciproquement, de la connaissance parfaite de ces mouvements, on peut remonter à la forme do notre planète.

. C'est ce qui a fait dire à Laplace : « Il est très-remarquable qu'un astronome sans sortir de son observatoire, en comparant seulement ses observations à l'analyse, eût pu déterminer exactement la grandeur et l'aplatissement de la terre, et sa distance au soleil et à la lune, éléments dont la connaissance a été le fruit de longs et pénibles voyages dans les deux hémisphères. » L'aplatissement

. qu'on déduit ainsi des inégalités lunaires a, sur les mesures de degré isolées et sur les observations du pendule, l'avantage d'être indépendant des accidents locaux; c'est ■ l'aplatissement moyen de notre planète. Comparé à la vitesse de rotation de la terre, il prouve que la densité des couches terrestres va en croissant de la surface ac centre; l'on obtient le même résultat pour Jupiter et pour Saturne, quand on compare leurs aplatissements avec les durées de leurs rotations respectives. Ainsi, la connaissance de la ûgure extérieure des astres conduit à celle des propriétés de leur masse intérieure.

Après avoir ainsi mesuré la terre, il fallait encore la peser. Plusieurs méthodes ont été imaginées dans ce but. La première consiste à déterminer, par une combinaison de mesures astronomiques et géodésiques, la quantité dont le fil à plomb dévie de la verticale, sous l'influence d'une montagne voisine; la seconde est fondée sur la comparaison des longueurs d'un pendule qu'on a fait osciller d'abord au pied, puis au sommet d'une montagne; la troisième méthode est celle de la balance de torsion,

io2 L'INCONNU.

du refroidissement, une partie de son atmosphère se condense en eau dont la surface terrestre fut

qu'on peut aussi considérer comme un pendule oscillant horizontalement. De ces trois procédés, le dernier est lo plus sûr, parce qu'il n'exige pas, comme les deux autres, la détermination toujours difficile de la densité des minéraux dont se compose une montagne. Les recherches . récentes que Reich a faites avec la balance de torsion ont fixé la densité moyenne de la terre entière à 5,44, celle de l'eau pure étant prise pour unité. Or, d'après la nature des roches qui composent les couches supérieures de la partie solide du globe, la densité des continents est à peine 2,7 ; par conséquent, la densité moyenne des continents et des mers n'atteint pas 1,6. On voit par là combien la densité des couches intérieures doit croître vers le centre, soit par suite de la pression qu'elles supportent, soit à cause de la nature do leurs matériaux.

Plusieurs physiciens célèbres, placés à des points de vue différents, ont tiré de ce résultat des conclusions diamétralement opposées sur l'intérieur de notre globe. Ainsi, l'on a calculé à quelle profondeur les liquides et même les gaz doivent avoir acquis, sous la pression des couches supérieures, une densité supérieure à celle du platine ou de l'iridium; puis, pour accorder l'hypothèse de la compressibilité indéfinie de la matière avec l'aplatissement, dont la valeur est fixée aujourd'hui entre des limites trèsrapprochées, l'ingénieux Leslie se vit conduit à présenter l'intérieur du globe comme une caverne sphérique o remplie d'un fluide impondérable, mais doué d'une force d'expansion énorme. » Ces conceptions hardies firent naître bientôt des idées encore plus fantastiques dans des esprits entièrement étrangers aux sciences. On en vint à

l'intérieur DE LA TERRE. 1o3

recouverte presque tout entière. Dans cet état, aucune forme de vie ne peut se manifester. Les

faire croître des plantes dans cette sphère creuse ; on la peupla d'animaux, et, pour en chasser les ténèbres, on y fit circuler deux astres, Pluton et Proserpine. Ces régions souterraines furent douées d'une température toujours égale, d'un air toujours lumineux par suite de la pression qu'il supporte : on oubliait sans doute qu'on y avait déjà placé deux soleils pour l'éclairer. Enfin, près du pôle nord, par 82° de latitude, se trouvait une immense ouverture qui permettait de descendre dans la sphère creuse. Sir Humphry Davy et moi, nous fûmes instamment et publiquement invités, par le capitaine S vînmes, à entreprendre cette expédition souterraine. Telle est l'énergie de ce penchant maladif qui porte certains esprits à peu- . pler de merveilles les espaces inconnus, sans tenir compte ni des faits acquis à la science, ni des lois universellement reconnues dans la nature. Déjà, vers la fin du dixseptième siècle, le célèbre Halley, dans ses spéculations magnétiques, avait creusé ainsi l'intérieur de la terre : il supposait qu'un noyau, tournant librement dans cette cavité souterraine, produit les variations annuelles et diurnes de la déclinaison de l'aiguille aimantée. Ces idées, qui ne furent jamais qu'une pure fiction pour l'ingénieux Holberg, ont fait fortune de nos jours, et l'on a cherché avec un sérieux incroyable à leur donner une couleur scientifique.

La figure, la densité et la consistance actuelles du globo sont intimement liées aux forces qui agissent dans son sein, indépendamment de toute influence extérieure. Ainsi, la force centrifuge, conséquence du mouvement de rotation dont le sphéroïde terrestre est animé, a déterminé l'aplatissement du globe; à son tour, l'aplatissement dénote

roches cristallines azoïques ou roches primaires, comme les appellent les géologues, où nulle trace

la fluidité primitive de notre planète. Une énorme quantité de chaleur latente est devenue libre par la solidification de cette masse fluide, et si, comme le veut Fourier, les couches superficielles, en rayonnant vers les espaces célestes, se sont refroidies et solidifiées les premières, les parties plus voisines du centre doivent avoir conservé leur fluidité et leur incandescence primitives. Longtemps cette chaleur interne a traversé l'écorce ainsi formée, pour se perdre ensuite dans l'espace; puis à cette période à succédé un état d'équilibre stable dans la température du globe, en sorte qu'à partir de la surface, la chaleur doit aller en croissant graduellement vers le centre. En fait, cet accroissement se trouve établi d'un manière irrécusable, au moins jusqu'à une grande profondeur, par la température des eaux qui jaillissent des puits artésiens, par celle des roches qu'on exploite dans les mines profondes, et surtout par l'activité volcanique de la terre, c'est-à-dire par l'éruption des masses liquéfiées qu'elle rejette de son sein. D'après des inductions, fondées à la vérité sur de simples analogies, il est hautement probable que cet accroissement se propage jusqu'au centre.

D'après les expériences assez concordantes auxquelles on a soumis l'eau de divers puits artésiens, il paraît qu'en moyenne la température de l'écorce terrestre augmente dans le sens vertical, avec la profondeur, à raison de i° du thermomètre centigrade pour 30 mètres. Si cette loi s'appliquait à toutes les profondeurs, une couche de granit serait en pleine fusion à une profondeur de quatre myriamètres (quatre à cinq fois la hauteur du plus haut sommet de la chaîne de l'Himalaya). Alexandre de humboldt.

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