‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 85 sur 145 · LE MONDE ANTÉDILUVIEN · texte numérisé non relu

LE MONDE ANTÉDILUVIEN

de vie, même primitive, ne se manifeste, furent le résultat de la première solidification de la surface.

En raison du refroidissement ultérieur, l'eau qui couvrait la plus grande partie de la surface terrestre se resserre, et forme bientôt de vastes dépôts. Les crustacés et les coraux primitifs naissent au fond des eaux et commencent leurs travaux, et des îles apparaissent au sein de l'Océan, élevées de l'abîme par des millions de zoophytes.

Ces îles se tapissent de végétaux variés construits suivant le régime de la haute température de cette époque primitive, déplantes dont les vestiges amoindris existent encore dans les plus chaudes parties du monde. Ces rochers sous-marins, les versants de ces formations nouvelles , se peuplent de végétaux aquatiques sur lesquels des crustacés de nouvelles espèces et les premiers poissons trouvent leur nourriture. Les liquides et les vapeurs du globe , en se refroidissant lentement, déposent une grande quantité des matériaux qu'ils contenaient en suspension. Par ces dépôts furent agrégés ensemble des sables, des masses immenses de bancs de coraux , et certains restes de coquillages et de poissons appartenant aux rivages des terres primitives : telle fut l'origine du

premier rang des roches secondaires, des terrains de sédiment les plus anciens et les plus bas.

A mesure que la température du globe s'abaisse, diverses espèces de reptiles ovipares apparaissent et se développent; la tortue, le crocodille et les animaux gigantesques de l'ordre fantastique des sauriens semblent avoir envahi, à cette époque, les baies et les eaux des terres primitives.

Dans cet état de choses, Tordre des événements n'avait nulle analogie avec l'ordre actuel. La croûte du globe était très-mince, et la source brûlante du feu bouillonnait tempétueuse à une faible distance au-dessous de la surface à peine solidifiée. Par suite de contractions dans une partie de la masse, des cavités s'ouvrirent, à travers lesquelles l'eau s'engloutit dans les profondeurs, et d'immenses explosions volcaniques écla-

tèrent; une partie delà surface s'éleva, une autre s'affaissa; les premières montagnes se hérissèrent, et des dépôts nouveaux furent produits sur une vaste étendue dans le sein de l'Océan primitif. Les changements de ce genre durent être très-fréquents dans les premières époques de la nature, et les seules formes vivantes dont on trouvé les restes fossiles dans les couches de la terre, et qui

HISTOIRE DE LA TERRE. ibl

nous ont conservé le témoignage de ces changements, sont celles des plantes, des poissons, des

oiseaux et des reptiles ovipares qui paraissent les mieux adaptés pour avoir pu exister au milieu do cette guerre antique des éléments.

Après la flore gigantesque des marécages saturés d'acide carbonique de l'époque secondaire, apparaît dans le monde antédiluvien la faune armée, puissante et féroce, de la période tertiaire.

Lorsque ces révolutions furent devenues moins fréquentes, le globe ayant continué de se refroidir, et les inégalités de sa température étant conservées parles chaînes de montagnes, notre planète fut habitée par des animaux plus perfectionnés, dont plusieurs, tels que le mammouth, le mégalonix, le mégatherium, lahyenne gigantesque, etc., n'existent plus. A l'époque de ces espèces, la température de l'Océan paraît n'avoir pas été beaucoup plus élevée qu'à présent, et les changements produits par les éruptions devenues plus rares n'ont pas laissé de couches rocheuses solides. Néanmoins, l'une de ces éruptions a dû être fort considérable et de quelque durée, car elle parait avoir été la cause productrice de ces quantités immenses de pierres usées par l'eau, agglomérées avec diverses espèces de sables et de graviers de

toute sorte, qui constituent la couche quaternaire désignée sous le titre de terrain diluvien , et il est bien probable que cette vaste inondation a coïncidé avec l'élévation d'un nouveau continent dans l'hémisphère austral par le feu volcanique. Enfin, quand le système des choses devint permanent, et lorsque ces effroyables révolutions, causées par la destruction fréquente de l'équilibre entre les agents de la chaleur et ceux du froid, ne furent plus à craindre, l'Homme put apparaître à la surface de ce monde. Depuis cette époque, les circonstances physiques de notre globe n'ont subi qu'une très-légère modification. De nos jours encore, les volcans élèvent parfois des îles nouvelles, et quelques points de nos vieux continents sont emportés parles fleuves à la mer; mais ces modifications sont trop insignifiantes pour agir sur les destinées de l'humanité ou sur l'état actuel de la nature terrestre. Ajoutons que, dans l'hypothèse que j'ai adoptée, il faut se souvenir que la surface actuelle du globe n'est qu'une croûte mince et légère enveloppant un noyau de matière fluide ignée; d'où il résulte que nous ne pouvons nous considérer comme absolument affranchis du danger d'une catastrophe par le feu.

Ohcphiuo. — D'après votre manière devoir, je

THÉORIE DE LA TERRE. 159

tire la conclusion que vous considérez les éruptions volcaniques comme dues au feu central, et leur existence même comme un argument en faveur de la théorie de la fluidité intérieure du globe.

L'Inconnu. — Je vous prie de n'envisager les vues que j'ai développées qu'à titre d'hypothèses ; la science n'est pas encore assez avancée sur ce point pour nous autoriser à affirmer une théorie absolue. L'ensemble des faits successifs que je viens de vous retracer est authentique, et nous donne l'esquisse générale des phases de l'histoire de la Terre. Quant à l'état actuel de l'intérieur du globe, on ne peut nier que l'hypothèse du feu central ne soit, jusqu'à un certain point, autorisée. Vous n'ignorez pas qu'ily a un certain nombre d'observations favorables à l'idée que l'intérieur du globe soit d'une température supérieure à celle delà surface. L'accroissement de la chaleur, à mesure qu'on pénètre plus profondément dans les mines, et le nombre des sources chaudes jaillissant des grandes profondeurs, sous toutes les latitudes , sont certainement favorables à cette théorie. L'opinion que les volcans sont dus à cette cause simple et générale paraît aussi plus facicilement acceptable que la supposition qu'ils

ICO L'INCONNU.

puissent être produits par certains combats chimiques, tels que l'action de l'air et de l'eau sur les bases combustibles de certaines terres et de certains alcalis ; et cependant il est fort probable que ces substances existent sous la surface terrestre et pourraient déterminer certains effets de feu volcanique. Sur cette dernière explication, mon opinion personnelle n'est peut-être pas dénuée de fondement, car il y a déjà longtemps que j'ai émis la pensée que <s les éruptions volcaniques peuvent être le résultat de réactions * chimiques opérées par l'eau sur certains minéraux, » et principalement sur les métaux découverts en ces derniers temps. J'ai fait là-dessus plusieurs expériences (dont quelques-unes assez dangereuses) dans l'espérance de m'en confirmer l'idée; mais je n'ai pas réussi aussi complètement que je l'eusse désiré pour satisfaire ma théorie

\ . Il y a, sur l'état actuel du globe terrestre, deux grandes théories principales en présence, et qui subsistent en J869 comme en 1829. La théorie généralement reçue et enseignée dans la science est que le globe est liquide et incandescent dans sa masse presque entière, et qu'une minco couche solide et relativement froide l'enveloppe (V. la note précédente). L'autre est que le globe est entièrement solide.

Sir Humphry Eiavy avait lui-même proposé aux géologues la théorie qui porte son nom, et à laquelle il fait

THÉORIE DE LA TERRE

Anbrpsio. — Permettez-moi de vous remercier, pour ma part, de vos développements géolo-

allusion ici; elle appartient à îa seconde idée, et, d'après elle, la partie la plus superficielle du globe terrestre aurait seule était soumise à la combustion. Partant de ce fait curieux, qu'il existe certains métaux capables de s'enflammer par suite du seul contact de l'air et de l'eau, tels que le potassium et le sodium, il suppose qu'au commencement des choses ces métaux, qui existaient en grande proportion à la surface du sol, auraient pris feu spontanément et communiqué l'incendie à toute cette surface; plus tard, l'eau, à mesure qu'elle pénétrait dans l'intérieur des couches extérieures solidifiées, continuant d'enflammer les mômes métaux, aurait déterminé un soulèvement de ces couches avec explosions et éruptions volcaniques. C'est pour cette raison que les volcans auraient été, à l'origine des choses, infiniment plus nombreux qu'ils ne le sont maintenant. Pourtant, aujourd'hui môme, les éruptions ne seraient pas dues à une autre cause. Notre chimiste trouve une confirmation de cette opinion dans la nature des gaz qui s'échappent du cratère des volcans, et qui sont justement, dit-il, ceux qui doivent résulter de la combustion des métaux dont il vient d'être parlé, combinés avec lé soufre ou le chlore.

Pour rendre son explication sensible, Davy indique une expérience très-jolie et facile à répéter : elle consiste à placer sur un morceau do verre une boule métallique, dans laquelle entrent en grande proportion des métaux tels que le potassium et le sodium ; si sur cette boule, qui représente le globe terrestre, on fait tomber une rosée très-fine, on voit en peu de temps sa surface se

giques; mais ils me rappellent un peu les idées de notre ami Philaléthès dans sa vision remar-

Page 1