‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 86 sur 145 · RI · texte numérisé non relu

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brûler et s'oxyder, en communiquant à toute la boule une chaleur très-intense.

C'est ainsi, suivant le chimiste anglais, que la terre aurait été échauffée par la combustion de sa surface jusqu'à une profondeur assez considérable, chaleur qui, à moins d'un temps immense, n'aurait pu pénétrer jusqu'à son centre.

Comme il s'agit ici de profondeurs auxquelles l'homme " n'atteindra probablement jamais, on peut ôtre assuré que jamais l'observation ne pourra rien fournir de directement favorable ou contraire à chacune des deux opinions opposées.

Ampère, dans ses leçons sur la Classification naturelle des connaissances humaines, a émis sur la théorie de la terre des opinions fort ingénieuses, confirmation de celles de Davy, dont Alex. Bertrand (Lettres sur les révolutions du globe) nous présente le résumé suivant.

Si l'on admet que les choses se sont passées comme le suppose Herschel, c'est-à-dire que tous les corps, soit simples, soit composés, qui ont concouru à la formation de notre système planétaire et de la terre en particulier, aient d'abord été à l'état gazeux, il faut admettre nécessairement que leur température était plus élevée à cette époque que celle à laquelle celui de ces corps qui est le moins volatil prendrait l'état gazeux. Sans nous inquiéter de savoir quel est ce corps, nous désignerons par la lettre A la température à laquelle il cesse d'exister à l'état de fluide élastique. Pour qu'il y ait formation de corps solides ou liquides aux dépens de celte immense masse gazeuse, il faudra supposer qu'il s'y opère un refroidissement, et le premier dépôt ne pourra arriver avant

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quable, — vision dont nous pourrions tous distraire un jour, comme revanche de votre géo-

que la température soit descendue au point A. Le dépôt ne continuera qu'en vertu d'un refroidissement ultérieur, et sans que la partie déposée puisse acquérir une température supérieure à A. C'est ainsi que, si l'on a de la vapeur d'eau à 120°, on sait qu'elle ne pourra se liquéfier que lorsque, par un refroidissement successif, elle sera arrivée à 100°, et que, quoiqu'il y ait de la chaleur produite par la liquéfaction, cette chaleur ne peut que maintenir à 100° l'eau déposée, et jamais l'élever au-dessus.

Le premier dépôt ne sera très-probablement formé que d'une seule substance, soit simple, soit composée, car il est difficile d'admettre que deux substances différentes se liquéfient précisément au môme degré de température.

Quand toute cette substance, provenant d'une portion déterminée de l'espace, se sera réunie en une seule masse liquide (masse qui, si elle n'a pas de mouvement de rotation, prendra la forme d'une sphère, et qui, si elle en a, prendra celle d'un sphéroïde aplati), il ne se formera plus de dépôt jusqu'à l'époque où, par l'effet du refroidissement, la masse sera descendue à la température B, qui est celle à laquelle une seconde substance se déposera sur le premier noyau, autour duquel elle formera une courbe concentrique ; le second dépôt se fera comme le premier, peu à peu, et sans que jamais la température delà surface puisse s'élever au-dessus de B.

Il en sera de môme pour toutes les températures de moins en moins élevées, auxquelles se déposeront successivement les autres substances restées jusqu'alors à l'état de gaz.

Jusqu'à présent, nous avons raisonné comme si les

logie , si toutefois la connaissance que nous avons eu le plaisir de faire avec vous se conti-

diverses substances déposées successivement n'exerçaient les unes sur les autres aucune réaction chimique.

Mais, lorsqu'une nouvelle couche se dépose à l'état liquide, soit que la précédente existe encore à cet état, soit que déjà elle ait passé à l'état solide, il doit se manifester entr'eîles une action chimique résultant de l'affinité entre les deux substances, si chaque couche est formée par un corps simple (ce qui doit être rare), ou entre les éléments, si l'une d'elles ou si toutes deux sont des substances composées : de là formation de nouvelles combinaisons, explosions, déchirements, élévation de température, et (dans le cas où l'une des couches au moins contiendrait des éléments divers) retour à l'état de gaz des éléments qui seraient séparés par l'effet de nouvelles combinaisons, soulèvement de la surface par une sorte d'ébullition; enfin, formation de matière solide toutes les fois qu'un des nouveaux composés exigerait pour rester à l'état liquide une température beaucoup plus élevée.

C'est ainsi qu'on peut rendre raison des révolutions successives qu'a éprouvées le globe terrestre, du brisement et de la disposition, sous toutes espèces d'inclinaisons, des couches formées d'abord selon des lignes de niveau.

On conçoit que la surface de la terre, au lieu d'avoir été en se refroidissant d'une manière graduelle, a dû éprouver des augmentations de température très-grandes et très-brusques toutes les fois que se sont produites les réactions chimiques dont nous venons de parler.

Maintenant que la température est tellement abaissée, que, parmi les corps susceptibles d'agir chimiquement, avec violence, il n'yaplusque l'eau qui soit à l'état liquide,

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oue. — Maintenant, laissez-moi vous dire franchement que, puisque vous avez été forcé, dans

ce n'est plus que de l'eau qu'on peut craindre un nouveau cataclysme. Ampère rappelle à cette occasion l'expérience de Davy, laquelle représente en miniature les bouleversements qui ont dû avoir lieu sur le globe terrestre quand une substance, jusqu'alors à l'état gazeux, est tombée liquéfiée sur ce globe dont la surface était de nature à agir chimiquement sur elle. Cette expérience, comme on l'a vu plus haut, consiste à projeter en l'air de l'eau, de manière à ce qu'elle retombe en gouttes imperceptibles sur une petite masse de potassium. A mesure qu'elle y arrive, chaque molécule d'eau est décomposée ; son hydrogène, à cause de la température qui se produit, brûle avec une petite flamme semblable à celle d'un volcan; il se fait au point de contact une petite cavité qui est le cratère, et l'oxyde de potassium se relève sur les bords en formant un monticule dont le cratère occupe le centre.

Si l'eau tombe en quantité un peu plus considérable, il se fait un embrasement général de la surface du potassium, d'où résulte une multitude de crevasses et d'élévations comparables aux grandes vallées et aux chaînes de montagnes dont la terre est sillonnée. Au surplus, dit Ampère, il reste un grand monument des bouleversements qu'a produits sur le globe la décomposition des corps oxygénés par les métaux : c'est l'énorme quantité d'azote qui forme la plus grande partie de notre atmosphère. Il est peu naturel de supposer que cet azote n'ait pas été primitivement combiné, et tout porte à croire qu'il l'était avec l'oxygène sous la forme d'acide nilreux ou nitrique. Pour cela, il lui aurait fallu, comme on sait, huit à dix fois

votre tableau de l'histoire de la création, d'avoir recours à des créations pour l'apparition de cha-

plus d'oxygène qu'il n'en reste dans l'atmosphère. Où sera passé cet oxygène? Suivant toute apparence, il aura servi à l'oxydation de substances autrefois métalliques, et aujourd'hui converties en silice, en alumine, en chaux, en oxyde de fer, de manganèse, etc. Quant à l'oxygène qui existe dans l'atmosphère, ce n'est qu'un reste de celui qui n'est pas combiné avec les corps combustibles, joint à celui qui a été expulsé des combinaisons dans lesquelles il entrait par du chlore ou des corps analogues.

Cette hypothèse d'un noyau non oxydé, déjà présentée par Davy comme la seule admissible, explique très-bien les volcans, sans qu'on ait besoin de supposer que la terre ait en elle une chaleur énorme qui serait due à l'état do fusion do la partie intérieure. En effet, cette masse non oxydée est une source chimique intarissable de chaleur qui se manifestera toutes les fois qu'un corps viendra former avec elle quelques combinaisons ; de sorte qu'un volcan en activité semblerait n'être autre chose qu'une ûssure permanente, une correspondance continuelle du noyau non oxydé avec les liquides qui surmontent la couche oxydée. Toutes les fois qu'a lieu cette pénétration des liquides jusqu'au noyau non oxydé, il se produit des élévations de terrain, et c'est un effet qu'on pouvait prévoir puisqu'on sait que le métal, en s'oxydant, doit augmenter de volume. La chaleur résultant de l'action chimique doit avoir son maximum d'intensité au point où se fait la combinaison, c'est-à-dire à la surface du contact de la partie oxydée avec le noyau métallique, et de là elle doit se propager non-seulement vers l'extérieur du globe, mais aussi vers son intérieur. On voit, d'après cela, que

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que espèce vivante, je ne vois nullement pourquoi :ous ne supposeriez pas que les mêmes lois de la

la marche de la chaleur dans l'intérieur du globe pourrait aller en diminuant : à mesure que l'oxydation de la croûte va plus avant, la région des actions chimiques, source de la chaleur dégagée, se propagerait en s'affaiblissant du dehors vers le dedans, de sorte que, si les métaux, dit Ampère, étaient moins bons conducteurs, on pourrait supposer au centre une très-basse température.

Ce que nous venons de dire paraît, au premier abord, en opposition avec les faits observés. On a reconnu, en effet, qu'à partir de la surface la température va toujours en augmentant, et on s'est pressé d'en conclure que l'augmentation continue jusqu'au centre ou au moins jusqu'au noyau liquide.

Les observations sont bonnes, mais la conclusion est discutable. Remarquons d'abord que cette augmentation de température, à partir de la surface jusqu'à une certaine profondeur, ne fournit pas matière à une objection ; dans la dernière hypothèse môme elle est nécessaire, puisque le maximum d'intensité de la chaleur serait au point de contact du noyau métallique avec la couche oxydée. Ajoutons que l'homme s'enfonce au plus à une lieue en • terre, en sorte qu'il ne peut observer ce qui se passe que sur 1/1400 du diamètre du globe. Conclure do ce qui s'observe dans une petite fraction du diamètre à ce qui a lieu dans toute son étendue est une extrême légèreté, et c'est au contraire en physique une règle imprescriptible, qu'on ne doit considérer une loi comme générale que quand elle a été observée directement dans la plus grande partie do l'échelle.

La liquidité du noyau intérieur de la terre trouve

sagesse inQnie ont aussi bien pu produire des arrangements et des créations de la matière morte,

encore uno nouvelle difficulté dans l'action qu'exercerait la lune sur cette énorme masse liquide, d'où résulternient des marées analogues à celles de nos mers, mais bien autrement terribles, tant par leur étendue que par la densité du liquide. Il est difficile de concevoir comment l'enveloppedela terre pourrait résister, étant incessamment battue par une espèce de levier hydraulique de 1400 lieues de longueur.

Enûn, quant à l'hypothèse des actions chimiques, nous pouvons ajouter qu'aujourd'hui, les eaux de la mer n'étant plus acides, lorsqu'une fissure se formerait dans la croûte terrestre et mettrait à nu le noyau métallique, le liquide qui se précipiterait sur lui, prêt à l'oxyder, devrait être sensiblement de l'eau pure. Donc, les gaz qui se dégageront devront être hydrogénés, et c'est, en effet, ce que confirme l'expérience.

Davy, dans ses voyages aux volcans, a constaté le dégagement de l'hydrogène, soit à l'état de pureté, soit à l'état de combinaison avec le soufre, le chlore ou le carbone.

Cette théorie, qui substitue à la fluidité intérieure du globe sa solidité entière, et explique les volcans par des actions chimiques opérées au-dessous de la surface du sol, a été récemment reprise par plusieurs géologues et notamment par M. Élisée Reclus dans son laborieux ouvrage sur la Terre. <

D'après la théorie généralement professée, dit-il, la croûte solide achèverait à peine de se former; elle serait môme beaucoup plus mince que la couche des airs enveloppant le globo : car, suivant les évaluations, c'est de 40 a

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et pourquoi notre globe ne serait pas lui-même apparu de suite complètement formé , comme un

50 kilomètres au-dessous de la surface du sol que la chaleur terrestre serait assez forte pour fondre le granit. Comparée au diamètre de la terre, qui est 250 fois plus considérable, cette enveloppe ne serait donc qu'une pellicule ténue, dont une simple feuille de mince carton entourant une sphère liquide d'un mètre de largeur peut donner une juste idée. Dans la terre, ce liquide serait une mer de laves et de roches fondues, ayant, comme l'océan superficiel, ses courants, ses marées, peut-être ses orages. Les révolutions géologiques du globe no seraient autre chose que le contre-coup des ondulations souterraines de cet enfer caché.

Il est, en vérité, très-probable qu'une grande partie des roches qui constituent la partio extérieure de la planète, et surtout les formations les plus anciennes, se sont trouvées autrefois dans un état de fusion analogue à celui des laves volcaniques de nos jours. Pour la plupart des géologues, les granits et autres roches similaires, qui constituent les massifs principaux dans l'architecture des continents, existaient jadis à l'état pâteux ou semi-pateux; mais, quand môme ee fait serait complètement hors de doute, il ne changerait point en certitude les hypothèses relatives à l'origine de la planète, à la noirceur de sa pellicule et à l'existence du feu central.

L'aplatissement de la terre aux deux pôles et le renflement équatorialont été présentés comme des témoignages irrécusables de l'état d'incandescence liquide dans lequel se serait autrefois trouvé le globe. En effet, toute sphère liquide tournant autour de son axe prendra nécessairement cette forme, à cause de l'inégale vitesse de sa masse,

ouvrage divin adapté immédiatement à la vie animée et intelligente.

Mais on peut se demander si un globe, môme solide, ne se renflerait pas aussi vers l'équateur, en tournoyant sans repos pendant une série indéfinie de siècles; car il n'est pas une matière qui soit absolument inflexible, et, sous les fortes pressions de nos laboratoires, bien inférieures certainement aux pressions des forces planétaires, tous les corps solides, comme le fer et l'acier, s'écoulent à la façon des liquides.

L'argument principal de ceux qui considèrent l'existence du feu central comme un feu démontré, c'est que, dans les couches extérieures de la terre explorées par les mineurs, la chaleur ne cesse de s'accroître avec la profondeur des cavités. En descendant au fond d'un puits de mine, on traverse invariablement des zones d'une température de plus en plus haute : seulement le taux de la progression varie suivant les diverses parties de la terre et les roches dans lesquelles sont creusées les galeries. La chaleur s'accroît plus rapidement dans les schistes que dans le granité, plus dans les veines de métal que dans les schistes, dans les filons de cuivre plus que dans Télain, et dans les couches de houille plus que dans les gisements de métaux. En Wurtemberg, au puits artésien de Neufîen, la température s'accroît d'un degré centigrade par chaque intervalle de 10 mètres et demi. Dans la mine de Monte-Masi, en Toscane, près des sources baraciques, l'augmenta tion de chaleur est d'un degré par 13 mètres. Près de Jakutzk, en Sibérie, c'est de 1 6 mètres en 1 6 mètres que le sol se réchauffe d'un degré supplémentaire. Presque partout la progression est moins rapide : la moyenne de l'intervalle qui, dans ce grand thermomètre des couches

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