SYSTÈMES GÉOLOGIQUES
casion d'entendre plusieurs discussions sur la théorie du docteur Hutton, ou ce qu'on appelle la théorie plutonienne de la formation de la terre. La beauté, la simplicité de ce système, sa conformité avec les faits actuels, m'ont beaucoup frappé; et les preuves que j'ai eues sur sa vraisemblance, par quelques belles expériences chimiques, ne me disposent pas y renoncer pour adopter les vues qu'on vient de développer. Pour ma part, je regarde la plupart des faits établis par notre nouvel ami comme plutôt en rapport avec les systèmes scientifiques du professeur Playfair et de sir James Hall 1 .
L'Inconnu. — Je ne veux pas nier que le fameux système plutonien ne soit un excellent moyen d'expliquer plusieurs phénomènes observés; et vous avez pu voir que moi-môme j'ai eu parfois recours a lui. Mais ce que je n'admets
i, Hutton, Playfair et Hall sont dœ géologues du système plutonien, qui suppose que la chaleur est le mode général d'action des métamorphoses do la Terre. La théorie de la Terre de James Hutton fut publiée à Édimbourg en 1796, puis en 1802, et fit école pendant longtemps. Iïumphry Davy est éclectique en fait de systèmes géologiques, et suppose que la chaleur, l'eau et les actions chimiques ont été simultanément en œuvre dans la construction de la surface du globe.
pas, c'est qu'il puisse expliquer la formation des terrains secondaires, qui, selon moi, appartiennent clairement à un ordre de faits étrangers à ce système.
Dans le système plutonien, l'état de la nature est toujours le môme dans son ensemble. On imagine que la surface terrestre est, d'une part, constamment désagrégée, détruite, entraînée par les rivières dans la mer ; et, d'autre part, constamment consolidée par la pression au fond de TOcéan, chauffée, puis élevée et régénérée par le feu : de telle sorte que les ruines du vieux monde fournissent incessamment les bases d'un nouveau monde. On suppose ensuite qu'il y a toujours les mêmes types de la matière, soit morte ou vivante, que des restes déroches, de végétaux et d'animaux d'un âge se trouvent ensevelis au milieu de bancs élevés du sein de l'Océan, dans un âge ultérieur. Or, pour soutenir cette manière de voir, il faudrait que l'on puisse trouver non-seulement des êtres vivant aujourd'hui sur le globe dans la plus ancienne couche secondaire, mais encore les traces des arts humains, de l'habitant le plus puissant et le plus répandu, ce qui n'est pas, comme nul ne l'ignore. Au contraire, ce sont des fossiles d'animaux et de vé-
LES RÉVOLUTIONS DU GLOBE. iSi
gétaux d'espèces pour la plupart inconnues et toutes particulières qui se trouvent dans chaque couche de roches secondaires. Dans les couches les plus profondes, qui doivent par conséquent être regardées comme les premiers dépôts, les formes môme de la vie végétale sont rares ; dans la couche qui fut postérieure à cette première, on trouve des coquilles, des restes végétaux ; des arêtes de poisson et des reptiles ovipares se rencontrent dans la suivante. On constate la présence des oiseaux dans le terrain qui vient ensuite, et enfin on remarque des quadrupèdes d un genre disparu dans la couche encore plus récente. Ce n'est donc que dans la couche peu compacte de sable, désignée ordinairement sous le nom de diluvium, que les restes des animaux vivant actuellement sur le globe existent, mêlés avec d'autres appartenant à des espèces disparues. Mais on n'a rien découvert de l'homme ni de ses œuvres dans aucuue de ces formations, soit secondaire, soit tertiaire, soit diluvienne. Il est, je crois, impossible d'examiner les restes organiques trouvés dans quelques-unes des couches secondaires les plus anciennes, telles que le lias, par. exemple, et ses formulations congénères, sans acquérir la convictioa que les êtres dont ils ont formé les organes ont ap-
partenu à un ordre de choses tout à fait différent du présent. Des végétaux gigantesques, d'une parenté plus proche des palmiers des pays tropicaux que de toute autre espèce de plantes, n'ont pu exister que dans une très-haute température. Des reptiles énormes, tels que le mégalosaure, plus grand que la baleine même, ayant un corps colossal entièrement cuirassé , et au lieu de jambes de rudes et fantastiques pattes d'oie ; tels encore que le superbe plésiosaure, amphibie dont le corps est analogue. à celui delà tortue, mais armé d'un cou beaucoup plus long que le corps, probablement pour lui permettre de brouter les végétaux croissant sous les eaux basses de l'Océan primitif : de tels êtres, dis-je, semblent annoncer une époque primordiale où des terres à pente douce et des rivages d'une vaste étendue s'élevaient au-dessous d'une immense mer calme ; époque où les grandes chaînes de montagnes n'existaieiat pas pour produire les inégalités de température, les ouragans et Ias tempêtes. Si la surface de la terre était emportée de nos jours dans les profondeurs de l'Océan, ou si la terre actuelle se trouvait soudain recouverte par les eaux sous l'action de quelque cataclysme, et si de nouveau elle était encore relevée par le feu (système plutonien du géologue