‹ Les derniers jours d'un philosophe entretiens sur la nature, les sciences, les métamorphoses de la terre et du ciel, l'humanité, l'âme et la vie éternelle Humpry DavyChapitre 95 sur 145 · FIN DU DIALOGUE · texte numérisé non relu

FIN DU DIALOGUE

tint, à table, de divers sujets, par lesquels je ne crois pas inutile de terminer ce dialogue.

« Nous avons beaucoup parle des systèmes géologiques modernes, Cs-je remarquer. Ce serait un sujet interminable. Le principal est de savoir à quoi nous en tenir sur les faits principaux, si bien esquissés tout à l'heure. Mais nous avions devant nous un spectacle plus direct, sinon plus grandiose. N'avions-nous pas un sujet de conversation tout naturellement offert à notre esprit par ces temples magnifiques? Ne pourrions-nous les interroger sur la race qui les a édifiés? Nous foulons aux pieds un sol enfermant les ossements et les cendres d'un peuple puissant , qui brillait jadis h un haut degré de civilisation; cependant nous ignorons presque complètement son nom, et 1 époque même de sa grandeur est perdue dans la poussière du temps.

— Je ne mets pas en doute que les premiers habitants de cette ville n'aient été des Grecs, répliquaAmbrosio, et un peuple commerçant maritime ; et je me crois même autorisé à supposer qu'ils appartenaient à la race sybarite. En effet, il y a lieu de croire que ce délicieux endroit fut

choisi avec le plus doux plaisir par une société

délicate, savante appréciatrice des agréments de l'existence , et charmée de se fixer en un jardin où les roses fleurissaient deux fois par an, au printemps et à l'automne.

— Quant à moi, répliqua à son tour Onuphrio, il m'est fort indifférent que ce soient des Grecs ou des Turcs qui aient, les premiers, respiré ici le parfum des roses. Il me semble que ce serait perdre son temps que de le passer à imaginer des opinions sur les anciens habitants de ces plaines désertes. Dans nos entretiens géologiques de tout à l'heure, on nous a présenté quelques faits très-intéressants. Les monuments de la nature, lors même qu'ils ne parlent pas un langage distinct, parlent au moins d'une manière intelligible ; mais quant à Pœstum, il n'y a ni histoire ni tradition pour nous guider ; je crois donc que nous ferions mieux de reprendre nos recherches philosophiques, si déjà nous n'avons trop abusé de la complaisance de notre hôte par nos doutes et nos observations sur ses argumente.

— Pendant l'entretien de ce matin, interrompit l'Inconnu, l'un d'entre vous m'a parlé d'une vision qui se trouverait en rapport avec le sujet en discussion, et a bien voulu promettre de me la raconter.

A cette réflexion de notre nouvel hôte, la conversation se dissémina sur notre séjour à Rome, sur le Colisée, sur le rêve que j'avais rapporté à mes compagnons de voyage. L'Inconnu paraissant fort désirer d'en avoir un récit détaillé, je lui ra- • contai, telle que je l'ai donnée plus haut, ma vision du Colisée, dont le récit a commencé cet ouvrage, sans omettre les opinions d'Àmbrosio sur l'histoire primitive de l'humanité ni nos discussions précédentes sur la religion.

Comme , après le repas, nous revenions vers les arbres séculaires de la campagne de Pœstum, l'Inconnu nous fit sa profession de foi en déclarant qu'il était non-seulement spiritualiste convaincu, mais encore profondément religieux. — Dans ma jeunesse, dit-il, j'étais sceptique. Je crois au surplus que c'est là le cas de la plupart des jeunes gens qui ont étudié et un peu discuté, et qui se sont accoutumés à mettre quelque rigueur mathé-, matique dans leur mode de raisonnement. C'est en considérant la nature des facultés intellectuelles des animaux, en comparaison avec celles de l'homme, et en examinant les merveilles de l'instinct, que je suis devenu croyant. L'idée me vint un jour que l'instinct était remplacé dans l'homme par l'action de Dieu sur nos âmes, et dans cette per-

suasion ma foi s'affermit de plus en plus. Plusieurs circonstances qui m'arrivèrent pendant un voyage en Égypte et en Asie Mineure servirent à fortifier cette foi naissante. Entre autres, je fis un rêve • assez remarquable pendant mon séjour en Palestine; et, puisque nous sommes maintenant à l'heure de la sieste, je vais vous le raconter avant notre séparation. Peut-être serez-vous endormis avant la fin!...

C'est alors que l'Inconnu nous fit le singulier récit qu'on va lire :

— Je me promenais, nous dit-il, sur ce rivage désert, où sont situées les ruines de Ptolémaïs, un des plus anciens ports de la Judée. C'était le soir : le soleil descendait dans son lit ondoyant de la mer. Je m'assis sur une roche, plongé clans des pensers mélancoliques sur les destinées d'un endroit jadis si fameux dans l'histoire humaine. La Méditerranée, calme et toute illuminée par le rayonnement du couchant, était le seul objet déployé devant moi. Ces vagues, me disais-je, ont porté les navires du roi puissant de Jérusalem, chargés de leurs cargaisons de richesses orientales, pour embellir et honorér le sanctuaire. Il n'y reste plus aujouitThuî aucune trace de la puissance ni du commerce antiques : quelques

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