PIE VII
J'avais eu l'intention de l'offrir à Sa Sainteté, mais voyant que ses lèvres y avaient touché, et qu'il y avait joint sa bénédiction, cet objet devint plus précieux pour moi, et je le rattachai à mon cou, où il est toujours resté depuis. Le pontife me fit quelques questions importantes sur l'état des chrétiens à Jérusalem, m'entretint de la défaite de l'armée française en Russie et de ses espérances sur la prochaine restauration de l'État catholique. Puis, abaissant sa voix : « Nous nous reverrons, dit-il, au revoir ! » et il me donna sa bénédiction paternelle.
Dix-huit mois après cette entrevue, je me trouvai, avec presque toute la population de Rome, à la réception et à la fête de sa rentrée dans la ville éternelle, de vénérable évêque fut porté sur les épaules des artistes les plus renommés, à la tête desquels on vit le grand sculpteur Canova. Jamais je n'oublierai l'enthousiasme de cette réception... et je crois encore avoir dans les yeux et dans l'àme l'émotion de ce grand spectacle. Au moment où il donna sa bénédiction au peuple, il y eut une prostration générale, et des marques d'une émotion profonde ; on apercevait même des larmes , on entendait même des sanglots, comme si les cœurs trop remplis avaient éclaté.
non pas amers, comme ceux de la vie humaine, qui, semblables à ces pommes de la mer .Morte, ravissantes pour rœii, ne laissent dans la bouche que l'amertume et la cendre.
J'ai déjà parlé de l'influence étrange que fit sur mon imagination l'Inconnu que j'avais rencontré <( par hasard » lors de ma visite au temple de Pœstum ; l'espérance de le revoir était encore une autre bonne raison pour moi de quitter l'Angleterre, car j'avais un pressentiment (et pourquoi? je l'ignore) que je le rencontrerais plutôt dans les États autrichiens qu'en Angleterre, sa patrie.
Pour ce voyage, j'avais un compagnon qui était à la fois mon médecin et mon ami denfance. Il était homme du monde, et s'était fait une fortune considérable. Retiré depuis plusieurs années, il cherchait comme moi, dans ce voyage, le repos de l'âme, les charmes puisés dans les tableaux de la nature. C'était un homme d'une rare puissance d'intelligence ; mais il y avait chez lui moins de tempérament poétique que je n'en ai jamais remarqué chez toute personne douée de la même vivacité d'esprit. Penseur sévère, et d'une grande étendue de connaissances variées, il était encore bon physiologiste et naturaliste accompli. Dans ses raisonnements il mettait toujours une