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36f> LES DERNIERS JOURS
ceux qui étaient à l'agonie, de peur qu'ils ne fissent semblant de mourir, ayant quelque bribe de nourriture cachée dans leurs vêtements. Ces bandits eux-mômes, la bouche béante comme des chiens enragés, erraient à l'aventure et, semblables à des gens ivres et privés d'intelligence, ils faisaient deux ou trois fois, en une heure, irruption dans les mêmes maisons. Le besoin les poussait à manger toute chose, et ce que les plus sordides des animaux dépourvus de raison eussent rejeté, ils le ramassaient et le dévoraient. Ils en vinrent à ronger leurs ceinturons et leurs chaussures, et à déchirer à belles dents les cuirs détachés de leurs boucliers. Jusqu'aux débris de vieux foin devinrent un aliment, et quelques hommes, recueillant des fétus de paille, en vendaient la pincée la plus légère au prix de quatre drachmes attiques*.
« Mais à quoi bon prouver la fureur de la faim, en citant « pour exemple des objets inanimés? J'ai à consigner un fait « tel, ajoute Josèphe, que jamais on ne vit rien de pareil ni u chez les Grecs, ni chez les Barbares, fait horrible à raconter, « et incroyable pour qui l'entendra. Certes, je l'eusse volon- « tiers passé sous silence, afin que la postérité ne m'accusât « pas de mensonge, si parmi nos contemporains je ne pouce vais invoquer d'innombrables témoins de sa réalité. D'ailu leurs, je rendrais un bien mincxî service à ma patrie, si je « dissimulais dans mon récit les malheurs qu'elle a endurés*. «
Une femme d'au delh du Jourdain, nommée Marie fille
i. Nous trouvons sur co sujet, dans le lalmud (Ghittin, 53, a.) un passage des plus curieux et que j'ai pen^é devoir reproduire intégralement, en appendice, à la fin de co volume. On pourra le consulter. Dans le Midracb sur les lamentations (fol. 64^), on lit ce qui suit: a Rabbi-Jokhanan-ben- Zakkai, en se promenant, vil des soldats juifs qui faisaient bouillir du foin, pour en boire le jus. Il s'écria : Se peut-il que des hommes qui se nourrissent ainsi puissent résister aux armées (romaines) ! »