‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 12 sur 147 · I. Bell.Jud,, V · texte numérisé non relu

I. Bell.Jud,, V

que Josèphe a tracé de cette affreuse situation , ce tableau , dis-je, fait horreur*,

A bout de ressources, Jean de Giscala iinit par imaginer de se servir, contre les défenseurs du temple, des bois de construction qui avaient été amassés pour donner au sanctuaire une hauteur de vingt coudées de plus, suivant un plan adopté, quelques années avant, par le corps des prêtres et par le peuple. C'étaient des poutres de cèdre que le roi Agrippa avait fait venir à grands frais du Liban; mais la guerre, en éclatant inopinément, avait empêché de donner suite à ce projet; les bois, devenus sacrés par leur destination, étaient donc restés empilés dans le péribole, attendant que des temps plus heureux permissent de les employer au seul usage que leur consécration rendait licite. Jean n'était pas homme à reculer devant un pareil sacrilège, et j'avoue humblement que je ne me sens pas disposé à lui en faire un grand crime. Ayant reconnu que ces bois avaient justement la longueur né-

U BelLJud., V, I, 5.

Dans la Mischna, 111* partie, Traité Sotà, ch. ix, § 44, on lit :

n^Zi Kxn vh^ nu innxn did^ids .mb nnoy Sy ma di2D>û h^

Bipolemos est ici un grécisme évident. C'est : « pendant la gtierre » que ce raot signifie. Nous avons donc :

« Pendant la guerre de Vespasien, on supprima l'usage des couronnes pour les mariés dans les fiançailles; pendant la guerre de Titus, on supprima l'usage de toutes les couronnes; pendant la dernière guerre, on supprima entièrement l'usage des litières (évidemment une sorte de chaise à porteurs ou de palanquin] pour aller par la ville. »

Ce qui est intéressant dans ce passage lalmudique , c'est la distinction qui y est faite entre la guerre de Vespasien et la guerre de Titus. Celte distinction, parfaitement justifiée par l'histoire, se trouve aussi admise dans la chronique du 0*?!^ IID (seder-olam).

Quant à la dernière guerre, mentionnée sous cette dénomination, ce ne peut être que la guerre faite sous Hadrien, lors de la formidable insurrection juive de Bar-Kaoukab (Bar-Chochebas, Bar-Coziba).

DE JÈRCSALEM. 493

cessaire pour construire des tours d'approche qui le portassent au niveau de l'ennemi posté sur le haut du temple, il y mit bravement la hache, et lorsqu'il eut construit les tours dont il avait besoin, il les ût amener derrière le temple et adosser à l'exèdre occidentale. Là seulement, en effet, il pouvait utiliser des tours de ce genre , vu que les trois autres côtés étaient protégés par des rampes d'escalier projetées au loin.

Il avait espéré tirer grand parti de ses tours d'approche ; mais la Providence avait décidé qu'elles resteraient inutiles ; personne n'avait encore mis le pied dans l'une d'elles, que l'apparition subite de l'armée romaine fut signalée. A cette nouvelle , les haines intestines devaient s'apaiser ; elles s'apaisèrent en effet.

Maintenant, revenons en arrière et étudions la marche de Titus sur Jérusalem , à partir de Césarée.

Josèphe, sans y attacher d'importance probablement, a rendu un très-grand service à l'archéologie militaire. Dans deux passages de ses écrits il a pris le soin de détailler l'ordre et la formation d'une colonne en marche en pays ennemi, et c'est là un document qu'on ne trouverait peut-être pas ailleurs. Nous allons donc reproduire scrupuleusement le passage relatif au mouvement en avant de l'armée romaine marchant sur Jérusalem*.

Titus, à son entrée sur le territoire ennemi, était précédé de tous les auxiliaires royaux et autres ; après eux venaient les pionniers (d^oTcotot) chargés d'ouvrir les routes, et les castramétateurs ((AeTpTiTal arpaTo^^^wv) ; puis les bagages {toc (jxeuoçopa) des chefs de corps (tôv T^yepvtov) protégés par une escorte suffisante {rohç toutwv oTzkixoLç) ; Titus marchait ensuite, accompagné des autres hommes d'élite et des hastiaires (toùç

Te iXkorjç èm>ixToiiç xal toù; Xo-j^expopouç iy^iù^f). Derrière eux était placée la cavalerie légionnaire (to toQî TayjjLaTo; linrtxov) , qui précédait le convoi des machines de guerre, précédant lui-même les tribuns (xt^tappt) escortés par des hommes d'élite, et les chefs des cohortes ((rïreipôv eiroppi). Suivait l'aigle entourée des manipules attachés à la garde des enseignes , et placée devant les trompettes de ces manipules (al <n)[iLaiai, xal e(jLirpo(j6£v oi aaXmyxTai twv <jy)[i.aitov) ; puis marchait la phalange formée en colonne par six {i ça^ay;, to <rrr(poç et; e$ TCXaTuva^a). Venaient ensuite les serviteurs des légions, poussant devant eux les bagages de celles-ci. Au dernier rang étaient groupés les mercenaires, et l'arrière-garde qui les surveillait (oi (jligÔioi xal toutwv (poXoxe; oi oùpoyol). Cette description d'une armée romaine en marche suflît pour justifier ce que nous avons dit plus haut de l'impossibilité matérielle de faire accomplir à des colonnes ainsi ordonnées des marches trop considérables. Il semble bien difficile, qu'à moins de cas extraordinaires, on ait pu songer à leur faire franchir en une journée plus de vingt milles , c'est-à-dire plus de vingt-neuf à trente kilomètres.

Je vois bien indiquées dans la disposition générale de l'armée une avant-garde et une arrière-garde, mais il n'est pas fait mention d'éclaireurs ni de flanqueurs. Or, il ne viendra à l'idée d'aucun militaire ayant parcouru le pays à travers lequel s'avançait Titus, qu'un capitaine quelconque ait jamais pu concevoir la pensée de s'y aventurer, sans prendre toutes les précautions possibles, et sans faire éclairer sa marche avec la plus grande sollicitude *.

1. Il n'est pas sans intérêt de comparer la description que Josèphe vient de nous donner de la colonne dirigée par Titus, avec la description de la colonne dirigée par Vespasien, à son entrée sur le territoire de la Galilée ( Bell. Jud,, m, VI, 2) : Vespasien, marchant sur la Galilée, quitte Ptolé-

Le corps d'armée, s'avançant ainsi en bon ordre, traversa la Samarie et vint s'arrêter à Gophna , que Vespasien avait prise antérieurement , et qui était alors occupée par une garnison romaine. La Gophna de Josèphe, c'est la Djifnah de nos jours, gros village situé directement au nord de Jérusalem, et à un peu moins de 20 kilomètres de cette ville. La distance de Césarée à Djifnah est très-grande, et il a fallu nécessairement plusieurs jours pour la franchir , trois au moins, et quatre très-probablement. Josèphe ne précise rien quant à la direction suivie par Titus à son départ de Césarée; il se contente de nous dire qu'il vint à Gophna à travers la Samarie (^là tyïç 2ap.apetTi^oç) . Pour ma part, je n'hésite pas à admettre qu'il marcha de Césarée sur Antipatris (Kafr-Saba), et se dirigea de là sur Gophna. Une fois arrivé là , il était

maïs après avoir fixé, suivant la coutume romaine, l'ordre de l'armée. Les auxiliaires, armés à la légère, et los archers ouvrent la marche. Ils sont chargés de repousser les attaques subites et de fouiller les lieux suspects, ainsi que les forêts propres aux embuscades. Ils sont suivis de l'infanterie romaine et de la cavalerie, non armées à la légère. Après eux s'avance un groupe formé de dix hommes pris sur chaque centurie, portant leurs armes,. leurs bagages et les mesures de campement. Derrière viennent les hommes chargés d'ouvrir les chemins, d'en redresser les sinuosités et d'en aplanir les aspérités, enfin de pratiquer des passages suffisants à travers les forêts. Derrière encore sont les bagages de Vespasien et ceux des légats, protégés par un fort escadron de cavalerie. Puis paraît Vespasien lui-même, accompagné de fantassins d'élite, de cavaliers et de hastiaires, et suivi de la cavalerie légionnaire (composée de cent vingt hommes par légion). Viennent ensuite les mulets portant les hélépoles et les autres machines de guerre. Après eux, les chefs des légions, ceux des cohortes et les tribuns, escortés par des hommes d'élite. Ensuite figure l'aigle, entourée des manipules attachés à la garde des enseignes. Ces étendards sacrés sont suivis des trompettes, derrière lesquelles marche la phalange, disposée en colonne par six. Suivant la coutume, un centurion était préposé au maintien de Tordre. Les serviteurs de chaque légion suivaient à pied, conduisant les mulets et les bêtes de somme chargés des bagages. Enfin, après les troupes légionnaires , s'avançait la multitude des mercenaires que suivait, par une sorte de précaution , une arrière-garde composée de fantassins et d'hoplites, renforcés d'un escadron de cavalerie.

à une teUe proximité de Tennemi, qu'il ne pouvait plus s'avancer qu'avec une extrême prudence.

L'armée romaine passa la nuit à Gophna, et le lendemain matin elle fit un nouveau mouvement en avant. « Après une (( journée de marche, elle vint camper le long de la vallée que « les Juifs, dans leur langue maternelle, nomment la vallée des « Epines , et devant le village appelé Gabath-Saoul (ce qui « signifie la colline de Saûl) . Ce point est distant de Jérusalem « de 30 stades *. »

Examinons ce passage. J^ Gabath-Saoul de Josèphe, c'est la Djebaâ ou El-Djib moderne placée à 2 kilomètres, au nord de Naby-Samouïl. Ce village de Djebaâ domine la naissance d'une longue vallée qui se dirige, de l'est à l'ouest, vers les deux villages de Beit-hour-el-Fouqah, et de Beithour-el-tahtah , c'est-à-dire vers les Bethoron supérieure et inférieure de l'Écriture sainte. Ce qui ne manque pas d'un certain intérêt, c'est que cette vallée se nomme, de nos jours encore, Ouad-Abou'z-Zâarour, « vallée mère des épines. » Les Arabes désignent en effet sous le nom de zàarour un arbrisseau épineux tout à fait voisin , comme espèce naturelle , de notre aubépine, qui est le mespylus oocyacantha des botanistes. Voilà donc un renseignement topographique tout à fait satisfaisant. Gabath-Saoul, ajoute Josèphe, n'est qu'à 30 stades de Jérusalem, ce qui fait, à très-peu près, 5,550 mètres. De Djebaâ à Jérusalem (porte de Damas) , il y a en réalité 8 kilomètres : Josèphe s'est donc trompé de 2 kilomètres et demi. Mais il faut bien vite ajouter qu'il dit environ 30 stades (^téj^wv ocov àiro Tpiajcovra GTa^twv), et cette erreur, en conséquence, n'a aucune espèce de gravité.

De Djifnah à Djebaâ, il n'y a que 12 kilomètres; il

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