‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 110 sur 147 · Sévère, Chroji.j U, xxx · texte numérisé non relu

Sévère, Chroji.j U, xxx

part au siège de Jérusalem. Il devait donc provoquer à coup sûr des avalanches de démentis, s'il altérait sciemment la vérité connue de tant de témoins oculaires, de tant d'acteurs, veux-je dire, de ce drame terrible qui s'appelle la destruction de Jérusalem. Ou Josèphe n'a écrit qu'un pur roman d'imagination, conçu pour la plus grande gloire de Vespasien et de Titus, ses bienfaiteurs ; ou de tout l'ensemble de ce récit il résulte de la manière la plus claire, que, jusqu'au dernier jour du siège, Titus n'a cessé d'espérer que les Juifs viendraient à résipiscence , et de faire tous ses efforts pour obtenir d'eux qu'ils renonçassent à cette guerre d'extermination. Je le demande aux plus prévenus, quelle chance eût-il eu de faire agréer par les Juifs les offres de capitulation qu'il leur fit encore après l'incendie du temple , si cette destruction , au lieu d'être fortuite, eût été à l'avance décidée en principe dans son esprit. Non! Titus n'était pas l'ennemi implacable des Juifs ; car s'il en eût été ainsi , certes il n'eût pas accompli à leur égard, et à la demande de l'un des leurs dont il faisait son ami, les actes multipliés de clémence que Josèphe a enregistrés. Donc, à priori^ il faut en convenir, la condamnation du temple par Titus n'est pas vraisemblable.

Passons maintenant à Tacite. Si jamais écrivain a hautement exprimé son mépris et sa haine pour une race, c'est Tacite dont tout le monde a lu l'appréciation passionnée qu'il fait de la nation juive. Quand il parle d'elle, c'est dans le fiel qu'il trempe sa plume, et l'on comprend, aux imputations ridicules qu'il entasse les unes sur les autres, qu'il ne se donne même pas la peine d'inventer une accusation qui ait le sens commun. L'empire avait passé à Trajan après le règne de Domitien, Tardent persécuteur du christianisme. Le moment était donc assez bien choisi pour envelopper dans une répror bation commune Juifs et chrétiens. C'est ce que Tacite a fait.

Est-ce par une sorte de calcul qu'il a voulu rendre Titus solidaire de toutes les monstruosités enfantées par la démence de son frère? C'est bien possible. Dans tous les cas il y avait déjà vingt-huit ans que les faits étaient accomplis, lorsque Trajan monta sur le trône ; lorsqu'il mourut, il y en avait quarantecinq! Certes, les rangs des témoins oculaires avaient dû singulièrement s'éclaircir, et nécessairement Tacite avait plus beau jeu que Josèphe pour altérer la vérité. Le témoignage de Tacite sur la manière dont fut débattue dans le conseil de guerre, présidé par Titus, la question de la conservation ou de la destruction du temple de Jérusalem, n'est et ne peut être qu'un témoignage d'emprunt; il m'est donc, par cette seule raison, plus suspect que celui de Josèphe.

Mais est-ce bien Tacite qui a eu intérêt à charger la mé moire de Titus d'une imputation pareille? N'est-ce pas plutôt le chrétien Sulpice Sévère, qui, en souvenir de la persécution de Domitien, a englobé dans son ressentiment Titus le clément, Titus le bienfaisant? J'en fais juge le lecteur impartial.

Remarquons que si dans le récit emprunté à Sulpice Sévère nous changeons de place les trois petits mots, el Titus ipscj en les mettant au datif après les mots nonnullis videbalur de la première phrase, il y a identité entre le récit de Josèphe et celui de Sulpice Sévère, emprunté mot pour mot, je le veux bien, à Tacite. Quant à la dernière phrase : « Ità Dei nutu « accensis omnium animis templum dirutum, abhinc annos u trecentos triginta et unum, » elle a été écrite trois cent trente et un ans après la ruine de Jérusalem, c'est l'auteur lui-même qui le dit, et nous aurions plus de confiance dans l'assertion d'un homme qui a écrit plus de trois siècles après les événements, dans l'assertion d'un chrétien tout imbu des prophéties évangéliques, que dans celle d'un témoin oculaire? Pour ma part, je m'y refuse de la manière la plus absolue, et

je m'en tiens aux dires de Josèphe. Si ces dires sont faux , tous les détails si minutieusement vraisemblables de la catastrophe du temple constituent un mensonge tellement bien conçu, tellement bien travaillé pour revêtir l'apparence de la vérité, qu'il devient presque impossible que le menteur le plus émérite ait été capable de l'inventer.

N'oublions pas enfin que le conseil de guerre dont il s'agit fut tenu par Titus, Tiberius Alexander, Sextus Cerealis, Larcins Lepidus, Titus Frugi, Litemius Fronto, et Marcus Antonius Julianus, en présence de tous les procurateurs et les tribuns. Dès lors, comment s'expliquer que Josèphe eût osé, à rencontre de tant de témoins, donner une pareille entorse à la vérité? Celui qui prévoit les démentis, doit être forcément plus circonspect que celui qui brode un fait à sa convenance, lorsque, depuis trois cents ans, les témoins de ce fait sont morts. En résumé, je maintiens, pour mon compte, la vraisemblance du récit de Josèphe, contre l'invraisemblance de celui de Sulpice Sévère.

Le jour où le conseil de guerre fut assemblé, la fatigue et la consternation ne permirent pas aux Juifs de rien tenter. Dès le lendemain matin, ils avaient repris courage, et leurs forces s'étaient ranimées. Vers la deuxième heure du jour (sept heures du matin), ils firent une sortie par la porte orientale et se ruèrent sur les gardes du hiéron extérieur*. Ils furent reçus avec bravoure, et les Romains, unissant leurs boucliers.

1. Josèphe dit le hiéron extérieur, par rapport à l'enceinte proprement dite du naos. A cette heure il n'y avait plus debout, du véritable hiéron extérieur, que le portique oriental, c'est-àndire celui de Salomon, et le portique méridional, construit par Hérode, et connu sous le nom de portique royal. Du reste, il est si vrai qu'il faut entendre Josèphe de celte façon, que nous verrons les Juifs repoussés courir se renfermer dans le dernier hiéron qu'il nomme to <v^ôv Upôv; pour lui, il y en avait donc trois en réalité, Texterieur, IÇw6iv; l'intérieur, lawôtv, et enfin le dernier, iv^ov.

résistèrent comme une muraille à la charge des Juifs ; mais il était évident qu'ils ne tiendraient pas longtemps contre la multitude et la fureur des assaillants. Titus, qui du haut dWntonia voyait ce qui se passait, avant que les siens ne fussent rompus, accourut à leur secours avec des cavaliers d'élite. Les Juifs ne purent soutenir le choc, et dès que les premiers furent tués, les autres prirent la fuite. Les Romains les ayant poursuivis Tépée dans les reins, ils firent volte-face et tinrent bon de nouve<iu; repoussés encore une fois, ils reprirent la fuite, si bien que, vers la cinquième heure du jour (onze heures du matin), les assiégés, refoulés, s'enfermèrent dans le dernier hiéron intérieur (eiçToév^ovUpov)*.

■ Il est facile de se rendre compte de ce combat qui dura trois heures entières, ce qui prouve l'admirable ténacité des Juifs. Au moment où leur sortie fut effectuée, tous les portiques du hiéron intérieur étaient brûlés. Mais la grande porte orientale, conduisant du naos au parvis des femmes, était intacte. C'est certainement de cette porte orientale que Josèphe entend parler. Il dit que les Juifs allèrent attaquer les hommes qui occupaient le hiéron extérieur, et je pense qu'il entend par ce mot l'enceinte qui recouvrait la dernière, c'està-dire celle du naos. Pour arriver au hiéron extérieur proprement dit, dont le portique oriental et le triple portique méridional étaient seuls debout à cette heure, il eût fallu passer sur le ventre des hommes d'élite fournis par toutes les cohortes, et qui étaient chargés de déblayer les abords du naos, et d'éteindre l'incendie des portiques intérieurs. Or, il n'est pas dit un seul mot de cette première ligne romaine à forcer.

Au point où on était arrivée la défense, elle était à très-

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