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est donc évident que cette marche a dû être accomplie par Tarmée en trois heur^ environ , et que bien avant midi l'emplacement du camp devait être choisi. Cette remarque est absolument nécessaire, si Ton veut se rendre compte des événements qui ont marqué la fin de la journée dans laquelle Titus est venu coucher à Gabath-Saoul.
Nous avons dit déjà que les cinquième et dixième légions, arrivant d'Emmaûs et de Jéricho, devaient rallier le corps d'armée principal devant Jérusalem. Nous ne ferons pas à Titus, et encore moins à Tiberius Alexander, l'injure de supposer que les ordres de marche n'avaient pas été transmis avec toute la précision désirable aux chefs de ces deux légions. Leur arrivée devait nécessairement être combinée avec celle du gros de l'armée, si l'on ne voulait pas exposer l'une ou l'autre de ces deux légions à subir les graves conséquences d'une marche isolée et sans appui. Les trois corps devaient donc exécuter forcément des mouvements bien calculés, et arriver à destination à jour et heure fixes. C'était évidemment là une précaution élémentaire à prendre et qui seule pouvait écarter les chances d'un engagement et d'un échec partiels. Il n'est pas possible, en effet, d'admettre que les chefs des Juifs fussent assez ignorants de l'art de la guerre, ou assez confiants, si l'on veut, pour ne pas chercher par tous les moyens possibles à obtenir les renseignements les plus précis sur les mouvements des troupes convergentes auxquelles ils allaient avoir affaire. Tout corps en l'air, comme on dit en langage militaire, eût été infailliblement attaqué dans sa marche, nous en aurons bientôt la preuve palpable; du moment, au contraire, que les trois corps ennemis devaient arriver devant la place, de façon à pouvoir au besoin se prêter un appui mutuel, il n'y avait pas à songer à s'éparpiller pour aller chercher une défaite assurée, et se faire écraser en
détail. Les Juifs durent donc se borner à répandre partout des espions, et à observer, du haut de leurs murailles, les mouvements de Tennemi , se tenant prêts à profiter de la première chance favorable qui se présenterait.
Tout ce que je viens de dire prouve, à mon avis, que ce fut par un ordre de marche parfaitement compris, que dans la nuit du jour même où les Romains vinrent camper à Gabath- Saôul, la cinquième légion , arrivant d'Emmaûs , se mit en route pour rallier le camp de Titus. Pourquoi cette marche de nuit? Très-probablement pour barrer le passage à tout corps juif qui, débouchant parla vallée et la route que commandait Emmaiis, aurait été tenté de venir prendre en flanc ou en queue la colonne de Titus, et l'empêcher d'asseoir tranquillement son camp devant Djebaâ, à un point certainement déterminé à l'avance, puisqu'il commandait les vallées par lesquelles un corps ennemi aurait eu la possibilité de se faufiler, pour exécuter à l' improviste une attaque dangereuse. Une fois Titus solidement établi à Gabath-Saoul , c'est-à-dire à la fin du jour, il n'y avait plus d'inconvénient à dégarnir Emmaiis et à opérer la jonction de la cinquième légion avec le gros de l'armée. C'est efiectivement ce qui eut lieu.
Quant à la dixième légion, venant de Jéricho, il est également facile de comprendre que son apparition devant Jérusalem devait être subordonnée k l'arrivée du reste de l'armée, sur un point oii il serait facile de porter secours à cette légion détachée, dans le cas oii une attaque séparée serait dirigée contre elle. Nous verrons en effet tout à l'heure les faits prouver que ce plan fort sage fut réellement conçu et exécuté. Revenons maintenant au récit des événements.
Une fois établi à Gabath-Saoul , Titus ne perdit pas un instant pour pousser une simple reconnaissance vers la ville qu'il venait assiéger. Prenant avec lui six cents cavaliers
d'élite, il marcha ijnmédiatement sur Jérusalem, pour s'assurer par ses yeux de la force de la place, et sonder du même coup les dispositions des habitants. Il espérait encore que sa présence seule suffirait pour les amener à composition. Il savait à merveille, en effet, par tous les rapports qu'il avait reçus, que la population de Jérusalem, en haine des séditieux et des brigands qui l'opprimaient, avait soif de la paix. De plus, il supposait que , se montrant à eux avec des forces tout à fait insuffisantes pour qu'ils pussent craindre une attaque, ils se tiendraient tranquilles *.
Nous trouvons encore ici les défenseurs de Jérusalem traités par Josèphe de séditieux et de brigands (toî; <rTa<jia)Je<jt xat Xyiorpixoiç) , et nous devons, une fois pour toutes, dire nettement ce que nous pensons de ces qualifications outrai?eantes. Si nous comparons ce qui se passait à Jérusalem à ce qui se passa en France à l'époque de la Terreur, nous sommes tout étonnés de trouver, dans des événements que dix-huit siècles séparent, une identité presque absolue. I^s mêmes causes , à ces deux époques si éloignées , ont amené les mêmes effets. Dissensions intestines, luttes sanglantes, meurtres, émigrations, égorgement des suspects, échange de dénominations infâmes, tout y est! Les sicaires, les Zélotes, les brigands, les séditieux, tout cela ne rappelle-t-il pas les révolutionnaires, les sans-culottes, les Jacobins et les cidevant, de quatre-vingt-treize, aussi bien que les brigands de la Loire, de la fin de l'Empire? Ne nous étonnons donc pas de l'emploi des injures sous la plume de Josèphe, qui s'était vendu corps et âme aux Romains. Pour les patriotes de Jérusalem, les Juifs auxiliaires de Titus étaient ce que furent, pour les patriotes de la France, les émigrés de