‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 122 sur 147 · BellrJud., VI, vi, t · texte numérisé non relu

BellrJud., VI, vi, t

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reproduire. Voici donc comment le prince romain s'exprima . « N'étes-vous pas rassasiés des malheurs de votre patrie, insensés qui, perdant de vue notre force et votre faiblesse, avez, par votre fol entraînement et votre aveugle fureur, perdu votre nation, votre ville et votre temple, vous qui étiez justement condamnés à périr, parce qu'après avoir été vaincus par Pompée, vous avez cherché sans cesse à vous révolter, et vous. avez fini par déclarer ouvertement la guerre aux Romains. Est-ce donc votre nombre qui vous a encouragés? Mais vous n'avez eu devant vous que la plus faible partie de l'armée romaine. Sur quel secours comptiez- vous? Quelle est la nation placée hors de notre empire qui oserait soutenir les Juifs contre les Romains? Aviez-vous confiance dans votre vigueur corporelle? Vous saviez bien que les Germains étaient nos serviteurs. Aviez-vous foi dans la solidité de vos murailles? Quelle est donc la muraille qui vaudra jamais l'Océan? Et pourtant les Bretons que l'Océan entoure se prosternent devant les armes romaines. Comptiez-vous sur la persévérance et l'astuce de vos chefs? Vous saviez bien que les Carthaginois eux-mêmes ont succombé sous nos coups. C'est la bonté seule des Romains qui vous a excités contre eux. Nous vous avons d'abord laissé la possession de votre pays, et nous vous avons donné das rois de votre race ; puis nous avons respecté les lois de votre patrie, et nous vous avons permis de vivre sous ces lois, non-seulement entre vous, mais encore parmi les autres nations, suivant votre désir; bien plus, nous vous avons autorisés à exiger un impôt au nom de votre Dieu et à recevoir des dons; ceux qui vous les ofiraient, nous ne les avons ni avertis ni détournés, afin que vous devinssiez pour nous des ennemis plus riches et que vous vous servissiez de notre argent pour nous faire la guerre. Et comblés de tant de bienfaits, vous nous avez rendu en échange le dégoût, et

comme des vipères, vous avez vomi votre venin sur vos bienfaiteurs. Que l'indolence de Néron vous ait paru méprisable, soit ! mais vous tenant perfidement tranquilles en tout autre temps, et semblables à un corps disloqué, dès que vous avez vu l'empire en souffrance, vous avez levé la télé, et vous avez manifesté des espérances coupables et des exigences sans bornes. Mon père était arrivé dans ce pays, non pour vous . châtier de votre conduite envers Cestius, mais pour vous donner une simple réprimande. S'il était venu pour ruiner votre nation, il aurait dû couper le mal dans sa racine et raser aussitôt cette ville; au lieu de cela il a mieux aimé ravager la Galilée et les contrées environnantes, afin de vous laisser le temps de montrer votre repentir. Cette bonté de sa part, vous l'avez prise pour de la faiblesse, et notre douceur n'a fait qu'accroître votre audace. A la mort de Néron, vous avez commis le plus grand des crimes, vous vous êtes prévalus de nos troubles civils, et lorsque mon père et moi nous nous sommes rendus en Egypte, vous avez saisi cette occasion de faire des préparatifs de guerre ; vous n'avez pas eu honte de troubler des empereurs reconnus, lorsque vous aviez trouvé en eux les généraux les plus humains. Lorsque l'empire nous fut décerné, que tout y était pacifié et que toutes les nations étrangères nous envoyaient des ambassadeurs chargés de nous féliciter, les Juifs se sont encore une fois montrés hostiles. Vous avez envoyé des émissaires au delà de l'Euphrate, pour trouver des appuis dans la révolte que vous projetiez. Vous avez construit une nouvelle enceinte à Jérusalem. La sédition s'est élevée parmi vous, avec les disputes de vos tyrans, avec la guerre civile, infamies qui ne pouvaient convenir qu'à un peuple aussi criminel que le vôtre. Je suis venu devant votre ville, avec un triste mandat que mon père m'avait donné malgré lui, et lorsque j'ai su que le peuple

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désirait la paix, je me suis réjoui. Avant l'ouverture des hostilités je vous ai priés de renoncer à la guerre ; longtemps je vous ai épargnés dans les combats. J'ai tendu la main aux transfuges et je leur ai tenu fidèlement parole lorsqu'ils sont venus à moi. J'ai eu pitié d'une foule de prisonniers; les supplices ont été réservés aux seuls fauteurs de la guerre. Je n'ai appliqué qu'à contre-cœur les machines de guerre à vos murailles, et toujours j'ai contenu mes soldats avides de votre sang. Chaque fois que je vous ai vaincus, je vous ai demandé à faire la paix, comme si j'eusse été vaincu moimême. Quand j'ai été devant votre hiéron, j'ai de nouveau oublié les lois de la guerre; je vous ai suppliés d'épargner vos sanctuaires et de conserver votre naos pour vous-mêmes, en vous accordant la vie sauve, avec la faculté de conserver le temple, et en vous offrant le combat en tout autre lieu, si vous j)ersistiez à le vouloir. Vous avez tout méprisé et vous avez incendié le temple de vos propres mains; maintenant, scélérats, vous demandez à parlementer. Pour sauver quoi, après ce qui a péri? De quelle grâce vous jugez-vous dignes, après la ruine du temple? Vous voilà en armes devant moi, et réduits que vous êtes à toute extrémité, vous ne faites seulement pas semblant d'être des suppliants. Misérables, qu'espérez-vous donc? Est-ce que votre peuple n'est pas anéanti? Le temple a péri, la ville est entre mes mains, vos existences sont en mon pouvoir, et pourtant vous pensez que vouloir mourir c'est se montrer glorieux et vaillant. Moi, je ne lutterai pas contre votre opiniâtreté : mettez bas les armes, rendez-vous, je vous fais grâce de la vie, comme un bon maître. Une l'ois les intraitables châtiés, je sauve les autres pour moimême ^ »

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