‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 133 sur 147 · BelL Jud., VI, IX · texte numérisé non relu

BelL Jud., VI, IX

campagne. Titus en distribua également un grand nombre aux diverses provinces, pour y être égorgés ou livrés aux bêtes, dans les amphithéâtres. Tout ce qui était au-dessous de dixsept ans fut vendu. Pendant les journées que Fronto employa à opérer le triage de ces infortunés, il en périt de faim onze mille, soit que la haine de leurs gardiens leur refusât les aliments nécessaires, soit qu'eux-mêmes rejetassent les vivres qui leur étaient distribués ; d'ailleurs, la pénurie du froment naquit immédiatement de la multitude des prisonniers.

Voici encore un détail intéressant que nous trouvons dans l'autobiographie de Josèphe (chap. lxxv) :

« Au moment où la ville de Jérusalem allait être forcée, Titus m'engagea à prendre pour moi ce que je voudrais parmi les dépouilles de ma patrie; et il ajouta qu'il me donnait l'autorisation d'agir ainsi. Mais, après la ruine de mon pays, n'ayant plus rien de plus précieux et de plus désirable que la liberté à conserver comme consolation de mes malheurs, je la demandai à Titus et je l'obtins, en même temps que nos livres sacrés, dont le prince me fit présent. Peu après, lui ayant demandé la grâce de mon frère et de cinquante de mes amis, j'eus le bonheur de l'obtenir. II fit plus encore, et, avec son assentiment, je pus entrer dans le hiéron, où était enfermée une multitude de femmes et d'enfants captifs; là, autant j'en trouvai qui appartenaient à mes parents et à mes amis, autant j'en fis relâcher, au nombre d'environ cent quatre-vingt-dix; sans qu'ils eussent de rançon à payer, tous furent rendus à la liberté absolue. Enfin, ayant été envoyé plus tard encore, avec Cerealis et mille cavaliers, au village de Thecoë, afin de reconnaître si le territoire de ce village était propre à l'assiette d'un camp, j'aperçus au retour un grand nombre de Juifs crucifiés, et parmi eux j'en reconnus trois avec lesquels j'avais eu autrefois des rela-

lions d'amitié. A cette vue, je fus saisi de douleur, et j'allai aussitôt me jeter aux pieds de Titus, en lui racontant la chose. Celui-ci donna aussitôt l'ordre de les détacher de l'instrument de leur supplice et de leur donner tous les soins possibles. Malheureusement, pendant le traitement, deux d'entre eux moururent ; mais le troisième fut sauvé et vécut encore longtemps après. »

Josèphe termine par le fait suivant tout ce qui, dans son autobiographie, concerne le siège de Jérusalem (chap. lxxvi).

« Après avoir apaisé les troubles de la Judée (exel Se xaTerauGE tolç év tti iouSocta Tapajç^à;, l'expression est doucereuse, il faut en convenir!), Titus réfléchit que les terres que je possédais à Jérusalem n'avaient plus aucune valeur pour moi, à cause de la présence des troupes romaines qui allaient y rester à la garde du pays, et il me gratifia en échange d'autres terres situées dans la plaine. Puis, à son départ pour Rome, il me fit embarquer avec lui, en m'honorant de la plus grande bienveillance. »

On le voit, Josèphe fit bon usage, pour les autres comme pour lui-même, de l'influence qu'il avait su prendre sur l'esprit du futur empereur.

Le nombre des prisonniers faits pendant toute la durée de la guerre fut de quatre-vingt-dix-sept mille. Celui des gens qui périrent pendant le siège s'éleva à onze cent mille*.

4. Le dénombrement des victimes du siège nous est aussi fourni par Tacite; il e.st en désaccord complet avec celui de Josèphe, qui évalue à onze cent mille le nombre de ceux qui périrent pendant le siège de Jérusalem. Voici le texte de Tacite*:

a Multitudinem obsessorum, omnis œtatis, virile ac muliebre secùs, sexcenta millia fuisse accepimus. Arma cunctis qui ferre possent, et plures quara pro numéro audebant. Obstinatio viris feminisque par : ac si transferre sedes cogerentur, major vitœ metus quam morlis. »

' nist,, lib., V, cap. xiii.

La plupart d'entre eux appartenaient bien à la nation juive, mais étaient étrangers au pays. En effet, ceux qui avaient afflué de partout à Jérusalem, pour assister à la fête des Azymes, s'y virent bloqués inopinément ; si bien que dès l'abord, l'étroitesse de la ville fut cause qu'une maladie pestilentielle éclata sur-le-champ au milieu de cette multitude et fut immédiatement suivie de la famine. Ce qui justifie dans Jérusalem la présence d'une masse aussi grande d'individus, c'est l'énumération qui fut faite de ceux qui s'y réunii'ent, lorsque Cestius s'y trouvait. Cestius, voulant faire connaître à Néron, qui affectait de mépriser la nation juive, le nombre des hommes faits rassemblés dans la ville, demanda aux prêtres de trouver un moyen de le calculer. Ceux-ci, lorscpie arriva la fête nommée la Pâque, pendant laquelle, depuis la neuvième heure jusqu'à la douzième (de trois heures à six heures après-midi) on immole les victimes, dont chacune est offerte par une compagnie d'hommes, compagnie qui ne cx)mpte jamais moins de dix membres (car il n'est pas permis par la loi de célébrer la Pâque isolément, tandis que souvent vingt personnes se réunissent pour cela) , notèrent deux cent cinquante-six mille cinq cents victimes immolées. Le nombre des hommes à l'état de pureté, en comptant dix individus par victime, était donc de deux millions cinq cent cinquante-cinq mille ^ Ne sont pas compris dans ce dénombrement les lépreux, ni les hommes affectés d'écoulement, ni les femmes èiu' ejxjjLTfvoi;, ni ceux qui étaient entachés de toute autre

l\ est bon, d'ailleurs, de remarquer que ce chiffre de six cent mille est précisément celui auquel les transfuges évaluèrent devant Titus le nombre des indigents morts pendant le siège, dans l'intérieur de la ville. Voyez le paragraphe 7 du chapitre xiii du livre V de la Guerre judaïque.

1. Et non de fxupîoc^cç l6^op.Yi3covTa x*l 5iaxo<jiou, ou deux cent soixante-dix myriades (soit 2,700,000), comme le dit Josèphe qui, celte fois, prouve irréfragablement qu'il n'entend pas grand'chose à l'arithmétique.

cause d^impureté, auxquels il était interdit de prendre part aux sacrifices, aussi bien qu'aux étrangers qui étaient venus à Jérusalem pour assister à la fête*.

Que devons-nous penser de cette appréciation formidable? Assurément elle doit être bien exagérée, car la superficie totale de Jérusalem n'atteint pas cent hectares, soit un million de mètres carrés. Donnons deux étages, en outre du rez-de-chaussée, à chaque maison de la ville, nous n'aurons jamais que trois millions de mètres carrés de surface disponible. Ajoutons-y les terrasses, si l'on veut, et en poussan tout à l'extrême, puisque nous n'aurons pas tenu compte de la superficie des voies publiques, nous n'aurons jamais que quatre millions de mètres carrés de surface, ce qui, pour deux millions cinq cent cinquante-cinq mille âmes, ne donne pas deux mètres carrés par individu. Ces chiffres sont donc manifestement impossibles et absurdes. Il est vrai que l'on peut très-raisonnablement admettre que, parftii les Juifs étrangers à la ville et accourus pour la Pâque, l'immense majorité campait en dehors des murailles et sur tous les terrains environnant Jérusalem. Mais quand il fallut s'enfermer dans l'enceinte de la ville, lors de l'arrivée subite des Romains, il demeurera toujours impossible d'admettre que deux millions d'hommes aient pu s'y entasser. Je veux bien croire que la presse y fut énorme, puisque le typhus et la famine se déclarèrent presque immédiatement; mais c'est tout ce que je peux accorder, et, une fois de plus, je m'inscris en faux contre les chiffres de Josèphe.

Les chiffres du Talmud ne sont guère plus admissibles. En voici une preuve que nous trouvons à propos de l'étendue de la ville sainte :

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