Titus prend et ruine Jérusalem
Si maintenant nous œmbinons ces dates avec les chiffres de Josèphe, nous obtenons les résultats suivants :
588 avant Jésus-Christ étant la date de destruction du premier temple, et 70 après Jésus-Christ celle de la ruine du second temple, il s'est écoulé six cent cinquante-huit ans entre ces deux événements. Le premier temple fondé en 1016, a été achevé en 1009 et détruit en 588. Il est donc resté debout quatre cent vingt et un ans. Voilà qui est certain. Passons aux chiffres de Josèphe. Entre Tavénement de David à Hébron, en 1060, et la destruction du premier temple, en 588, il y a quatre cent soixante-douze ans ; entre la translation de la royauté à Jérusalem et la même catastrophe, il y a quatre cent soixante-cinq ans; enfin, entre la mort de David et 588, il y a quatre cent trente-deux ans. Il est donc impossible de deviner à quel événement du règne de David Josèphe applique le chiffre quatre cent soixante-sept ans et six mois, qu'il place entre David et la destruction du temple par Nabuchodonosor.
Passons au siège de Titus. Entre 588 avant Jésus-Christ, date de la première destruction de Jérusalem, et 70 après Jésus-Christ, date de la seconde, il y a un intervalle de six cent cinquante-huit ans. Pour Josèphe, qui place la ruine par Titus onze cent soixante-dix-neuf ans après David, et celle par Nabuchôdonosor quatre cent soixante-sept ans et six mois après David, il se serait nécessairement écoulé sept cent onze ans et six mois. Ce chiffre est donc tout à fait inadmissible. Au reste, cette différence devrait rester invariable pour Josèphe entre les chiffres deux mille cent soixante-dix et mille quatre cent soixante-huit ans et six mois qui séparent les deux dates de ruine, de celle de la fondation de Jérusalem, et les chiffres onze cent soixante-dix-neuf ans et quatre cent soixante-sept ans et six mois qui séparent ces deux mêmes
dates, de celle appliquée à David. Or, une fois nous trouvons sept cent onze ans et six mois, et l'autre fois sept cent et un ans et six mois. Cette fois donc encore les chiffres de Josèphe sont fautifs. Il ne nous reste plus qu'à comparer aux dates certaines que nous possédons, le chiffre, pris on ne sait où, par lequel Josèphe fixe la fondation de Jérusalem.
De Tan 70 après Jésus-Christ, date du siège de Titus, Josèphe compte deux mille cent soixante-dix ans jusqu'à la fondation de Jérusalem. Celle-ci aurait donc eu lieu en 2100 avant Jésus-Christ.
Puis, entre cette même fondation et la prise de Nabucbodonosor, il compte mille quatre cent soixante-huit ans et six mois, ce qui nous reporte à deux mille cinquante-six ans et six mois avant Jésus-Christ. Pour la date de la fondation de Jérusalem, les chiffres 2100 et 2056 ne s'accordent guère, on le voit; il n'y a pas moyen de ne pas les rebuter.
Nous sommes donc arrivés à un résultat auquel nous devions nous attendre, et, une fois de plus, les chiffres de Josèphe manifestent une incohérence qui n'a plus lieu de nous surprendre.
Lorsqu'il n'y eut plus dans Jérusalem ni personne à tuer, ni richesses à piller, Titus donna l'ordre de détruire la ville entière ainsi que le temple (tov vewv) , en respectant toutefois les trois tours Phasaël, Hippicus et Mariamme, ainsi que la portion de l'enceinte qui couvrait la ville à l'occident ; celle-ci, en effet, devait être conservée, afin de servir au campement des troupes qui allaient rester en garnison sur l'emplacement de la malheureuse cité.
Les tours n'étaient épargnées que pour montrer à la postérité de quelle ville et de quelles fortifications la vaillance romaine était venue à bout. Tout le reste de la ville fut si bien rasé par ceux qui étaient chargés de cette besogne, que
tout nouvel arrivant aurait juré que jamais une grande et belle ville n'avait pu exister en ce point*.
Joseph parle du naos seul (tov vewv), œmme ayant été rasé par l'ordre de Titus, et la prophétie du Christ annonçant que du hiéron il ne resterait pas pierre sur pierre, a été rigoureusement accomplie. Mais qui dit le naos et le hiéron ne dit pas le moins du monde la montagne artificielle revêtue de murailles splendides, qui supportait ce naos et ce hiéron. A quoi bon s'attaquer à cette montagne? C'eût été une véritable folie, et il suffit de faire le tour du Haram-ech-Chérif pour être convaincu qu'elle n'a jamais été ni conçue, ni exécutée.
Mais est-il plus vrai de dire qu'à l'exception des trois tours Phasaël, Hippicus et Mariamme, et de la branche occidentale du mur d'enceinte, tout fut mis au niveau du sol ? Pas le moins du monde ; je n'en veux pour preuves palpables que les restes judaïques de la porte de Damas, que la belle muraille d'Ophel et que les fragments incontestables de l'enceinte d' Agrippa, existant dans le voisinage de la piscine de la Pèlerine. En général, il faut grandement se délier des narrations qui font raser avec la plus grande facilité les villes prises d'assaut ; ceux qui écrivent ces narrations ne se rendent pas bien compte de ce qu'ils disent , et ils font trop bon marché des difficultés énormes, et de toute nature, que rencontrerait l'exécution d'un programme de destruction absolue pour toute ville condamnée. La Bible et Josèphe ne nous disent-ils pas, en effet, que Jérusalem, pour ne citer que ce seul exemple, fut rasée par Nabuchodonosor? — Démantelée, soit; mais rasée! Elle l'a été si peu, qu'en cinquantedeux jours, ni plus ni moins, l'enceinte militaire fut complètement remise en état par Néhémie.