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Il en a été de la destruction ordonnée par Titus, comme de celle ordonnée par Nabuchodônosor, et il serait insensé de prendre à la lettre les assertions ampoulées qui ont trait d'ordinaire à un événement de ce genre. Non, Titus n'a pas fait disparaître jusqu'aux moindres traces de la malheureuse ville, et la meilleure preuve de cela, c'est que ces traces abondent.
Quant à laisser debout les trois tours Phasaël, Hippicus et Mariamme, pour prouver à la postérité et la force de la ville prise d'assaut, et la vaillance romaine, c'était, on en conviendra, un moyen assez mal choisi. En effet, ces trois tours étaient construites d'une façon exceptionnelle, et Titus a déclaré lui-même que jamais il n'eût réussi à s'en emparer, sans une intervention de la Providence. Ce sont donc les trois tours qu'il n'avait pu prendre, que ce prince respectait, afin que les générations futures vissent bien ce que les Romains étaient capables de prendre, en fait de tours ! Je le répète, ce n'était pas bien choisir le moyen de prouver ce qu'il tenait tant k prouver. Ces énormes tours étaient massives jusqu'à une certaine hauteur; donc je me permets de croire que la difficulté et l'inutilité absolue de leur destruction ont été pour quelque chose dans la détermination du prince romain.
La X'^ légion, quelques ailes de cavalerie et quelques cohortes d'infanterie furent laissées à la garde de la ville anéantie. Quand toutes les dispositions militaires eurent été arrêtées et prises, Titus songea à distribuer ^ l'armée les récompenses qu'elle avait si bien méritées. Une grande estrade fut donc élevée au milieu du premier camp, c'est-àdire du camp établi sur Bezetha, afin que le prince pût être vu et entendu de toute l'armée. 11 commença par remercier ses soldats de leur dévouement, de leur abnégation et de leur bravoure; puis il leur annonça la distribution des récom-
penses dont ils étaient si justement dignes , et il termina en disant qu'il avait bien plus à cœur de rémunérer les belles actions de ses compagnons d'armes, que de punir les fautes qui auraient pu être commises ^
Après avoir prononcé son discours, Titus entendit le rapport de ceux qui avaient été chargés de recueillir les actions d'éclat. Leurs auteurs, appelés nominativement, sortaient des rangs et recevaient, avec des félicitations, des couronnes, des torques et de longues hastes d'or , puis une décoration d'argent et leur promotion à un grade supérieur; enfin il leur était assigné, sur le butin, une large part d'or, d'argent et de vêtements. Lorsque la distribution des récompenses fut terminée, Titus souhaita toute sorte de bonheur à l'armée entière, puis il descendit aux acclamations joyeuses et répétées de ses soldats, et procéda au sacrifice célébré en actions de grâces pour la victoire remportée. Une grande quantité de bœufs, amenés devant les autels, furent immolés, et leur chair fut partagée entre les différents corps, pour en faire un festin.
Ces fêtes durèrent trois jours entiers, après lesquels l'armée fut envoyée aux garnisons qui lui avaient été assignées. La X^ légion ne retourna pas sur les rives de l'Euphrate, d'où elle était venue, mais fut laissée, ainsi que nous l'avons déjà dit, à la garde de Jérusalem. Quant à la XIl" légion, pour la punir de ce qu'elle s'était laissé battre par les Juifs, lorsqu'elle était sous les ordres de Cestius, Titus lui fit quitter la Syrie (elle tenait auparavant garnison à ^Raphanée) et l'envoya dans la Mélitène, province qu'arrose l'Euphrate et qui se trouve voisine de l'Arménie et de la Cappadoce. Il garda iavec lui la V** et la XV" légion, qui devaient l'accompagner jusqu'à son arrivée en Egypte. Il se rendit alors à Césarée