Bell.Jud., VII, V
i. Ibid., VU, V, 4.
Il serait véritablement impossible d'énumérer dignement la multitude des merveilles offertes aux regards en cette circonstance, et de décrire la magnificence des objets d'art, des trésors et des raretés naturelles qui figurèrent dans la pompe triomphale; car presque tout ce que les nations humaines avaient jamais possédé de plus précieux, tous les objets les plus admirables et les plus magnifiques semblaient réunis en ce jour, pour donner aux spectateurs une idée de la grandeur de l'empire romain. En effet, ror,*rargent et l'ivoire resplendissaient, non pas comme dans une solennité ordinaire, mais roulaient, pour ainsi dire, comme un fleuve. C'étaient des étoffes tissées de la pourpre la plus rare, ou couvertes de merveilleuses peintures dues à l'art babylonien. Les pierres précieuses, libres ou incrustées dans des couronnes d'or ou dans d'autres œuvres d'art, étaient étalées en si grande quantité, que l'on était tenté de conclure que c'était à tort qu'on les considérait comme des raretés. Les statues des dieux étaient portées à bras, admirables de grandeur et du travail le plus exquis. Il n'y avait rien qui ne fût de la matière la plus riche. Venaient ensuite des animaux de toute espèce, tous chargés d'ornements en accord avec leur origine. Les hommes qui portaient tous ces trésors étaient revêtus de robes de pourpre rehaussées d'or, et tous ceux qui devaient figurer dans le cortège étaient couverts des ornements les plus beaux et les plus magnifiques. La foule des captifs elle-même était belle à voir, parce que la variété et la beauté de leurs vêtements cachaient aux yeux ce que leurs souffrances corporelles auraient pu avoir de disgracieux.
Ce qui était le plus digne d'admiration, c'était l'art avec lequel étaient composées les représentations portées dans le cortège; car toutes étaient de si grande taille, qu'en les voyant paraître, on craignait qu'elles ne pussent être assez
solidement soutenues. Beaucoup d'entre elles, en effet, étaient à trois et même à quatre étages, et la magnificence de leur construction causait autant de plaisir que d'étonnément. La plupart, en effet, étaient tapissées d'étoffes d'or, et elles étaient presque entièrement recouvertes d'or et d'ivoire. Beaucoup de ces machines représentaient avec la plus grande vérité des faits de guerre. Ainsi l'on y voyait dévaster les terres les plus heureuses, massacrer des armées entières d'ennemis, ici des fuyards, là des prisonniers; les béliers renversaient les murailles les plus fortes et les forteresses les plus formidables; des cités populeuses, bâties sur des montagnes, étaient enlevées d'assaut; l'armée envahissante se répandait dans l'intérieur des villes; partout le carnage. Ceux qui ne pouvaient plus résister tendaient des mains suppliantes ; les temples étaient enflammés et les édifices s'écroulaient sur leurs maîtres; et, après la dévastation, les fleuves ne couraient plus à travers des campagnes cultivées; ils ne roulaient plus leurs eau\ pour abreuver les hommes et les bêtes, mais bien à travers une terre encore dévorée par les flammes.
Toutes ces calamités, les Juifs les avaient appelées sur leur tête. L'art et la splendeur avec lesquels tout cela était représenté, faisaient comprendre tout ce qui s'était passé dans cette guerre terrible à ceux qui n'y avaient* pas pris part, avec autant de réalité qu'à ceux qui y avaient joué un rôle. Chacune de ces machines montrait le chef de la ville enlevée d'assaut, et représentait la manière dont il avait été pris. Puis venaient aussi plusieurs navires. Les dépouilles des vaincus étaient ensuite portées dans le cortège; mais ce qui surpassait tout le reste, c'étaient les objets pris dans le temple de Jérusalem : la table d'or massif, qui pesait plusieurs talents, et le candélabre, également d'or. Celui-
ci était construit tout difîérerament des candélabres ordinaires; car une tige s'élevait du milieu de la base, et des branches minces s'en détachaient en offrant, pour la disposition, une certaine ressemblance avec une fourche à trois dents; l'extrémité de chacune de ces branches portait une lampe. Elles étaient au nombre de sept, et témoignaient ainsi de la vénération que les Juifs ont pour ce nombre sacré. Enfin, derrière ces deux trésors, la série des dépouilles était close par le livre contenant la loi religieuse des Juifs. Ensuite paraissaient de nombreux personnages portant des images de la Victoire, faites d'or et d'ivoire.
Derrière tout cela, Vespasien s'avançait à cheval, suivi de son fils Titus ; Domitien les accompagnait aussi , splendidement vêtu et montant un magnifique cheval*.
Le terme de la marche triomphale était le temple de Jupiter Capitolin, où le cortège fit halte. Il était, en effet, d'usage de s'y arrêter, jusqu'à ce que quelqu'un vînt annoncer que le chef des ennemis vaincus avait reçu la mort. C'était à Simon fils de Gioras qu'était réservé le sort fatal, et il était conduit en grande pompe au milieu des captifs. Entouré d'une corde, il fut mené sur un point qui dominait le forum, incessamment battu de verges par ceux qui le conduisaient. C'est là que, suivant la loi romaine, on exécute les criminels condamnés à mort*. Aussitôt que l'exécution de cet infortuné eut été annoncée, la foule entière fit entendre des acclamations d'allégresse et le sacrifice commença.
Une fois les prières solennelles terminées, le cortège rentra au palais. Là, un festin attendait une partie des spectateurs du triomphe ; tous les autres trouvaient chez eux des tables bien garnies, dressées aux frais des triomphateurs.