‹ Les derniers jours de JérusalemChapitre 15 sur 147 · Bell.Jud,, V, II · texte numérisé non relu

Bell.Jud,, V, II

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rejoindre les siens paraissait impossible , à cause de la multitude des ennemis qui lui barraient le passage ; la plupart des Romains , d'ailleurs, ignorant le danger que courait Titus, et supposant qu'il battait en retraite avec eux, s'étaient hâtés de tourner bride. La position était des plus périlleuses, et Titus comprit qu'U n'y avait plus pour lui de salut que dans un suprême coup de tête. Faisant donc volte-face , et criant à ses compagnons de l'imiter, il chargea l'ennemi de toute la vitesse de son cheval, espérant ainsi faire une trouée dans cette masse compacte d'assaillants. La Providence lui vint en aide et le tira de ce terrible danger. Sans casque et sans cuirasse, car, ainsi que nous l'avons dit, il était venu faire une reconnaissance et non livrer un combat, il réussit à se faufiler sain et sauf au milieu de la grêle de traits lancés de tous les côtés contre lui, et qui passaient tous en sifflant, sans qu'aucun d'eux lui fît une égratignure. Frappant sans merci de son épée, à droite et à gauche, égorgeant ceux qu'il avait en tête, il faisait bondir son cheval par dessus ceux qu'il avait renversés. Les Juifs, poussant des cris de fureur à la vue d'un pareil acte d'audace, se ruaient à l'envi sur son passage, en s'excitant mutuellement; mais ils étaient bientôt forcés de reculer et de s'écarter devant lui. Ce qu'il avait de cavaliers autour de sa personne, assaillis à revers et de flanc, s'étaient groupés à ses côtés et derrière son cheval, car tous comprenaient qu'il ne leur restait qu'une chance de salut, et qu'elle était de lui ouvrir le chemin, avant qu'il pût être entouré. Parmi les derniers de la troupe, deux périrent; l'un fut environné et tué avec son cheval à coups de javelot, l'autre jeté à bas de cheval fut égorgé et sa monture fut enlevée. Quant à Titus , il parvint avec les autres à regagner le camp.

Les Juifs, exaltés par l'issue de ce premier combat, con-

curent aussitôt une confiance sans bornes, et ne doutèrent plus de la victoire , tant leur orgueil exagérait à leurs yeux un aussi mince succès *.

De deux choses Tune : ou le danger couru par Titus en cette circonstance n'a pas été aussi grave que le prétend Josèphe, ou l'escorte romaine a perdu plus de deux hommes. Nous avons là, à mon humble avis, un échantillon remarquable de ce que l'on appelle « style de bulletin, » et pour que les Juifs aient tiré si grande gloire de ce premier combat, il faut que le résultat final ait été bien autrement grave que la mise à mort de deux hommes et d'un cheval. Au reste, il n'y a pas à se dissimuler que dans cette circonstance Titus a commis une très-grande imprudence, dont il aurait parfaitement pu être victime. Tout bien considéré donc, l'honneuide cette escarmouche est resté aux Juifs , qui cette fois ont fait preuve de plus d'habileté que leurs adversaires.

Dans la nuit qui suivit cette reconnaissance désastreuse , la cinquième légion arriva au camp de Gabath-Saoul et dès le lendemain matin l'armée romaine changea de position et vint s'établir sur le Scopus, où, peu d'années auparavant, Gestius lui-même était venu se poster. Du Scopus, dont le nom est parfaitement significatif, on voyait devant soi toute l'étendue de la ville, et l'on pouvait admirer la splendeur du tem;)le*. C'est une colline d'une médiocre hauteur qu'entourent à leur naissance les deux ravins qui , réunis, forment la vallée du Cédron, nommée aussi aujourd'hui vallée de Josaphat. Le plateau a un développement de l'est à l'ouest d'environ mille mètres. Il domine une petite plaine, un peu accidentée, s'étendant sur une longueur de raille à douze cents mètres jusqu'aux murailles septentrionales de

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