BelL Jud., V, ii
faire trêve à leurs luttes intestines, et de réunir leurs efforts pour la défense commune de la ville sainte. Us se demandaient les uns aux autres ce qu'ils attendraient, et s'ils souffriraient qu'on les étouffât dans une triple muraille; allaient-ils se croiser les bras et mettre bas les armes , pendant que l'ennemi construisait pour lui-même des retranchements grands comme des villes; allaient-ils tranquillement les regarder faire, comme s'ils s'occupaient d'une œuvre bonne et utile? — Nous ne sommes forts que contre nous-mêmes, s'écriaient-ils, et les Romains, grâce à nos dissensions, s'empareront de la ville, sans verser une goutte de leur sang! — Certes ils avaient grandement raison, et leur parti fut bientôt pris. Courant donc aux armes d'un accord unanime, ils se ruèrent incontinent à travers la vallée du Cédron et fondirent en poussant de grands cris sur la dixième légion occupée à fortifier son camp*.
11 est difficile que des soldats qui ont à faire œuvre de terrassiers restent en même temps sous les armes, cela est certain ; mais les légionnaires répartis sur les lignes à couvrir se livraient avec une confiance véritablement inconcevable à leur travail manuel. Probablement les chefs avaient pensé que les Juifs n'oseraient exécuter une sortie pour venir les attaquer, et que si d'ailleurs l'idée leur en venait, ils en seraient fortement distraits par leurs démêlés intérieurs. Et voilà qu'inopinément on avait l'ennemi sur les bras! Parmi les Romains quelques-uns fuyaient en toute hâte; le plus grand nombre courait aux armes , mais était mis à mort , avant d'avoir pu faire face aux assaillants.
En vérité, qu'une attaque pareille ait pu s'accomplir comme une véritable surprise, sur un sommet très-élevé, dominant la ville entière , plongeant dans les replis les plus