BeU.Jud.,Y, ii
cachés de la profonde vallée qui séparait le carap de cette ville, voyant à merveille toutes les issues par lesquelles les assaillants avaient pu s'écouler hors de l'enceinte, c'est une honte ! Comment ! une légion entière se met tranquillement en face de l'ennemi à remuer la terre, loin de ses armes, et avec la (juiétude de laboureurs (jui manœuvrent la charrue, et pas un poste avancé, pas une vedette n'éclaire, pour le salut de tous , les mouvements de la place contre laquelle on est venu ! Comment ! les assaillants ont environ un kilomètre à parcourir, en descendant le revers à peu près abrupt de la vallée du Cédron , puis en remontant le revers non moins roide du mont des Oliviers, et, parmi les hommes intéressés à savoir ce que fait l'ennemi , pas un ne s'en doute , pas un n'aperçoit ces masses de soldats qui affluent vers eux et qui leur courent sus, comme tombant du ciel! Disons-le, une semblable négligence de la part de la dixième légion peut à bon droit être taxée d'ineptie ; elle implique une de ces fautes impardonnables qui à la guerre doivent être sévèrement punies.
Le nombre des Juifs allait toujours grossissant , précisément parce que le succès des premiers engagés donnait confiance aux retardataires ; mais , il faut le dire , leur succès les faisait paraître plus nombreux non-seulement aux yeux des Romains, mais môme aux leurs. Ce qui donnait aux légionnaires une infériorité marquée dans cette lutte corps à corps et pêle-mêle, c'était leur habitude de combattre en ligne, de conserver leurs rangs et de recevoir les ordres qu'ils avaient à exécuter. Ici, plus rien de cela; tout était confusion. Ils fuyaient, puis parfois revenaient individuellement à la charge, lorsqu'ils étaient serrés de trop près; mais tous ces mouvements exécutés sans cohésion ne pouvaient aboutir, comme ils n'aboutirent en effet, qu'à une déroute. Après une lutte
sans direction, et dans laquelle Romains et Juifs perdirent un grand nombre de combattants , les premiers furent rejetés hors de leurs retranchements ébauchés.
La dixième légion , qui n'avait pas su se garder, semblait ainsi vouée par son incurie à une perte certaine, lorsque Titus prévenu en hâte de ce qui se passait, accourut au secours de la troupe si fatalement compromise. Reprocher en termes sanglants leur lâcheté aux légionnaires, et arrêter leur fuite éperdue, ce fut Taflaire d'un instant. Il fit mieux encore, et prêchant d'exemple, il chargea les Juifs à la tête des hommes d'élite qu'il avait amenés avec lui, en tua bon nombre, en blessa un plus grand nombre encore, et rejeta tout le reste au fond de la vallée. Dans leur fuite désordonnée à travers la pente si roide qu'ils avaient à descendre, ils perdirent beaucoup des lem^, mais aussitôt qu'ils eurent franchi le lit du Cédron et mis le pied sur la pente opposée , ils firent volteface et le combat recommença d'une berge à l'autre du torrent. On se battit ainsi jusqu'au milieu de la journée; mais peu après midi , Titus, après avoir distribué à la troupe de secours qu'il avait amenée avec lui , et à quelques détachements empruntés aux centuries de la dixième légion, des postes convenables pour repousser toute nouvelle attaque, Titus renvoya tout le reste de la légion vers le sommet de la montagne, avec ordre de reprendre le travail de campement, interrompu par la sortie des Juifs ^.
On pouvait croire que tout était fini pour ce jour-là ; il n'en fut rien. Le mouvement rétrograde des Romains fut considéré comme une fuite par les Juifs, et un explorateur qu'ils avaient eu le soin de poster sur le haut des murailles, pour épier les mouvements de l'ennemi (ils savaient placer